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Traductions [24]

L’éclaircissement en six domaines

Ainsi ai-je entendu : une fois, leBienheureux séjournait au parc d’Anāthapiṇḍika, situé dans le boisde Jèta, près de la ville de Sāvatthi.

Là-bas, le Bienheureux s’adressa aux bhikkhus, en disant « Ôbhikkhus ».

« Oui, Vénéré », répondirent ces bhikkhus.

Le Bienheureux dit : « Imaginons, Ô bhikkhus, qu’un bhikkhudéclare ici son arrivée à la compréhension parfaite, en disant :“Toute naissance nouvelle est anéantie. La conduite sublime estvécue. Ce qui doit être achevé est achevé ; plus rien ne demeure àaccomplir”. Il ne faut ni se réjouir de la parole de ce bhikkhu, nila rejeter. Sans se réjouir de la parole de ce bhikkhu, sans larejeter, il faut lui poser cette question : “Ô frère, quatre sortesde communications ont été précisément indiquées par le Bienheureuxqui est l’Arahant, l’Éveillé parfait, qui connaît les choses et quivoit les choses. Quelles sont-elles ? Parler des choses vues commeelles sont vues ; parler des choses entendues comme elles sontentendues ; parler des choses senties comme elles sont senties ;parler des choses connues comme elles sont connues. Telles sont, ôfrère, les quatre sortes de communications qui ont été précisémentindiquées par le Bienheureux qui est l’Arahant, l’Éveillé parfait,qui connaît les choses et qui voit les choses. En ce qui concerneces quatre sortes de communications, en sachant comment, en voyantcomment, ô frère, déclarez-vous que votre pensée est libérée desécoulements mentaux toxiques, sans substrats ?” »

Lorsque, ô bhikkhus, le bhikkhu en question est quelqu’un qui aéliminé les écoulements mentaux toxiques, qui a vécu la conduitesublime, qui a laissé le fardeau à terre, qui est arrivé à sonpropre bien, qui a éliminé les liens d’existence, qui est libérépar la compréhension ultime, naturellement sa réponse serait lasuivante : “Ô frères, en ce qui concerne les choses vues, leschoses entendues, les choses senties et les choses connues, jedemeure sans attachement, sans aversion, sans dépendance, sans êtreinfatué, étant libre, affranchi, ayant une pensée dépourvue desobstructions. C’est en sachant de cette façon, en voyant de cettefaçon, ô frères, que ma pensée est libérée des écoulements mentauxtoxiques, sans substrats”.

Ô bhikkhus, il faut se réjouir de la parole de ce bhikkhu, ilfaut l’accepter en disant : “Très bien, ô frère”. Après s’êtreréjoui de la parole de ce bhikkhu et après l’avoir acceptée, ilfaut lui poser cette question : “Ô frère, les cinq agrégatsd’appropriation ont été précisément indiqués par le Bienheureux quiest l’Arahant, l’Éveillé parfait, qui connaît les choses et quivoit les choses. Quels sont-ils ? L’agrégat d’appropriation dit les‘formes matérielles’ ; l’agrégat d’appropriation dit les‘sensations’ ; l’agrégat d’appropriation dit les ‘perceptions’ ;l’agrégat d’appropriation dit les ‘compositions mentales’ ;l’agrégat d’appropriation dit les ‘consciences’. Tels sont, ôfrère, les cinq agrégats d’appropriation qui ont été précisémentindiqués par le Bienheureux qui est l’Arahant, l’Éveillé parfait,qui connaît les choses et qui voit les choses. En ce qui concerneces cinq agrégats d’appropriation, en sachant comment, en voyantcomment, ô frère, déclarez-vous que votre pensée est libérée desécoulements mentaux toxiques, sans substrats ?”

Lorsque, ô bhikkhus, le bhikkhu en question est quelqu’un qui aéliminé les écoulements mentaux toxiques, qui a vécu la conduitesublime, qui a laissé le fardeau à terre, qui est arrivé à sonpropre bien, qui a éliminé les liens d’existence, qui est libérépar la compréhension ultime, naturellement sa réponse serait lasuivante : “Moi, ô frères, en sachant que les formes matériellessont fragiles, assujetties à altération, incommodantes, et ayantéliminé, étant détaché, ayant fait cesser, ayant abandonné, ayantdélaissé, cet attachement et cet accrochage concernant les formesmatérielles, et ayant délaissé les positions mentales, l’adhésion,les tendances subliminales, concernant les formes matérielles, jesuis arrivé à la compréhension que ma pensée est libérée. Moi, ôfrères, en sachant que les sensations sont fragiles, assujetties àaltération, incommodantes, […], ayantdélaissé les positions mentales, l’adhésion, les tendancessubliminales concernant les sensations, je suis arrivé à lacompréhension que ma pensée est libérée. Moi, ô frères, en sachantque les perceptions sont fragiles, assujetties à l’altération,incommodantes, […], ayant délaissé lespositions mentales, l’adhésion, les tendances subliminalesconcernant les perceptions, je suis arrivé à la compréhension quema pensée est libérée. Moi, ô frères, en sachant que lescompositions mentales sont fragiles, assujetties à l’altération,incommodantes, […], ayant délaissé lespositions mentales, l’adhésion, les tendances subliminales,concernant les compositions mentales, je suis arrivé à lacompréhension que ma pensée est libérée. Moi, ô frères, en sachantque les consciences sont fragiles, assujetties à l’altération,incommodantes, […], ayant délaissé lespositions mentales, l’adhésion, les tendances subliminales,concernant les consciences, je me sais arrivé à la compréhension,que ma pensée est libérée. C’est en sachant de cette façon, envoyant de cette façon, ô frères, que ma pensée est libérée desécoulements mentaux toxiques, sans substrats”.

Ô bhikkhus, il faut se réjouir de la parole de ce bhikkhu, ilfaut l’accepter en disant : “Très bien, ô frère”. Après s’êtreréjoui de la parole de ce bhikkhu et après l’avoir acceptée, ilfaut lui poser cette question : “Ô frère, les six éléments ont étéprécisément indiqués par le Bienheureux qui est l’Arahant,l’Éveillé parfait, qui connaît les choses et qui voit les choses.Quels sont-ils ? L’élément terre, l’élément eau, l’élément feu,l’élément air, l’élément espace, l’élément conscience. Tels sontles six éléments qui ont été précisément indiqués par leBienheureux qui est l’Arahant, l’Éveillé parfait, qui connaît leschoses et qui voit les choses. En ce qui concerne ces six éléments,en sachant comment, en voyant comment, ô frère, déclarez-vous quevotre pensée est libérée des écoulements mentaux toxiques, sanssubstrats ?”

Lorsque, ô bhikkhus, le bhikkhu en question est quelqu’un qui aéliminé les écoulements mentaux toxiques, qui a vécu la conduitesublime, qui a laissé le fardeau à terre, qui est arrivé à sonpropre bien, qui a éliminé les liens d’existence, qui est libérépar la compréhension ultime, naturellement sa réponse serait lasuivante : “Moi, ô frères, j’ai commencé à ne pas considérerl’élément terre comme Soi ou que les autres éléments associés àl’élément terre sont fondés sur Soi. Ayant éliminé, étant détaché,ayant fait cesser, ayant abandonné, ayant délaissé cet attachementet cet accrochage concernant l’élément terre, et ayant délaissé lespositions mentales, l’adhésion, les tendances subliminales,concernant l’élément terre, je suis arrivé à la compréhension quema pensée est libérée. Moi, ô frères, je me suis engagé à ne pasconsidérer l’élément eau comme Soi ou les autres éléments associésà l’élément eau comme fondés sur Soi […]je suis arrivé à la compréhension que ma pensée est libérée. Moi, ôfrères, je me suis engagé à ne pas considérer l’élément feu commeSoi ou que les autres éléments associés à l’élément feu commefondés sur Soi […] je suis arrivé à lacompréhension que ma pensée est libérée. Moi, ô frères, je me suisengagé à ne pas considérer l’élément air comme Soi ou les autreséléments associés à l’élément air sont fondés sur Soi […] je suis arrivé à la compréhension que ma penséeest libérée. Moi, ô frères, je me suis engagé à ne pas considérerl’élément espace comme Soi ou les autres éléments associés àl’élément espace comme fondés sur Soi […]je suis arrivé à la compréhension que ma pensée est libérée. Moi, ôfrères, je me suis engagé à ne pas considérer l’élément consciencecomme Soi ou les autres éléments associés à l’élément consciencecomme fondés sur Soi. Ayant éliminé, étant détaché, ayant faitcesser, ayant abandonné, ayant délaissé, cet attachement et cetaccrochage concernant l’élément terre, et ayant délaissé lespositions mentales, l’adhésion, les tendances subliminales,concernant l’élément conscience, je suis arrivé à la compréhensionque ma pensée est libérée. En ce qui concerne ces six éléments,c’est en sachant ainsi et en voyant ainsi, ô frères, que ma penséeest libérée des écoulements mentaux toxiques, sans substrats”.

Ô bhikkhus, il faut se réjouir de la parole de ce bhikkhu, ilfaut l’accepter en disant “Très bien, ô frère”. Après s’être réjouide la parole de ce bhikkhu et après l’avoir acceptée, il faut luiposer cette question : “Ô frère, les six sphères intérieures etextérieures ont été précisément indiquées par le Bienheureux quiest l’Arahant, l’Éveillé parfait, qui connaît les choses et quivoit les choses. Quelles sont-elles ? L’œil et les formes,l’oreille et les sons, le nez et les odeurs, la langue et lessaveurs, le corps et les choses tactiles, le mental et les objetsmentaux. Telles sont, les six sphères intérieures et extérieuresqui ont été précisément indiquées par le Bienheureux qui estl’Arahant, l’Éveillé parfait, qui connaît les choses et qui voitles choses. En ce qui concerne ces six sphères intérieures etextérieures, en sachant comment, en voyant comment, ô frère,déclarez-vous que votre pensée est libérée des écoulements mentauxtoxiques, sans substrats ?”

Lorsque, ô bhikkhus, le bhikkhu en question est quelqu’un qui aéliminé les écoulements mentaux toxiques, qui a vécu la conduitesublime, qui a laissé le fardeau à terre, qui est arrivé à sonpropre bien, qui a éliminé les liens d’existence, qui est libérépar la compréhension ultime, sa réponse serait la suivante : “Moi,ô frères, ayant éliminé, étant détaché, ayant fait cesser, ayantabandonné, ayant délaissé, cet attachement et cet accrochageconcernant l’œil, les formes, la conscience visuelle, et ayantdélaissé les positions mentales, l’adhésion, les tendancessubliminales, concernant l’œil, les formes, la conscience visuelle,et les choses connaissables à travers la conscience visuelle, jesuis arrivé à la compréhension que ma pensée est libérée. Moi, ôfrères, ayant éliminé, étant détaché, ayant fait cesser, ayantabandonné, ayant délaissé, cet attachement et cet accrochageconcernant les oreilles, la conscience auditive, et les chosesconnaissables à travers la conscience auditive, et ayant délaisséles positions mentales, l’adhésion, les tendances subliminales,concernant l’oreille, les sons, la conscience auditive, et leschoses connaissables à travers la conscience auditive, je suisarrivé à la compréhension que ma pensée est libérée. Moi, ô frères,ayant éliminé, étant détaché, ayant fait cesser, ayant abandonné,ayant délaissé, cet attachement et cet accrochage concernant lenez, les odeurs, la conscience olfactive, et les chosesconnaissables à travers la conscience olfactive, et ayant délaisséles positions mentales, l’adhésion, les tendances subliminales,concernant le nez, les odeurs, la conscience olfactive, et leschoses connaissables à travers la conscience olfactive, je suisarrivé à la compréhension que ma pensée est libérée. Moi, ô frères,ayant éliminé, étant détaché, ayant fait cesser, ayant abandonné,ayant délaissé, cet attachement et cet accrochage concernant lalangue, les saveurs, la conscience gustative et les chosesconnaissables à travers la conscience gustative, et ayant délaisséles positions mentales, l’adhésion, les tendances subliminales,concernant la langue, les saveurs, la conscience gustative, et leschoses connaissables à travers la conscience gustative, je suisarrivé à la compréhension que ma pensée est libérée. Moi, ô frères,ayant éliminé, étant détaché, ayant fait cesser, ayant abandonné,ayant délaissé, cet attachement et cet accrochage concernant lecorps, les touchers, la conscience tactile, et les chosesconnaissables à travers la conscience tactile, et ayant délaisséles positions mentales, l’adhésion, les tendances subliminales,concernant le corps, les touchers, la conscience tactile, et leschoses connaissables par la conscience tactile, je suis arrivé à lacompréhension que ma pensée est libérée. Moi, ô frères, ayantéliminé, étant détaché, ayant fait cesser, ayant abandonné, ayantdélaissé, cet attachement concernant le mentale, les objetsmentaux, la conscience mentale et les choses connaissables àtravers la conscience mentale et ayant délaissé les positionsmentales, l’adhésion, les tendances subliminales, concernant lemental, les objets mentaux, la conscience mentale, et les chosesconnaissables à travers la conscience mentale, je suis arrivé à lacompréhension que ma pensée est libérée.

En ce qui concerne ces six sphères intérieures et extérieures,en sachant ainsi et en voyant ainsi, ô frères, ma pensée estlibérée des écoulements mentaux toxiques, sans substrats”.

Ô bhikkhus, il faut se réjouir de la parole de ce bhikkhu, ilfaut l’accepter en disant “Très bien, ô frère”. Après s’être réjouide la parole de ce bhikkhu et après l’avoir acceptée, il faut luiposer cette question : “Cependant, ô frère, en sachant comment, envoyant comment, en ce qui concerne ce corps consciencieux et tousses signes extérieurs, avez-vous éradiqué l’orgueil latent qui faitle ‘je’, qui fait le ‘moi’ ?

Lorsque, ô bhikkhus, le bhikkhu en question est quelqu’un qui aéliminé les écoulements mentaux toxiques, qui a vécu la conduitesublime qui a laissé le fardeau à terre, qui est arrivé à sonpropre bien, qui a éliminé les liens d’existence, qui est libérépar la compréhension ultime, naturellement sa réponse serait lasuivante : “Ô frères, autrefois, quand j’étais chez moi, en menantune vie de foyer, j’étais ignorant. Le Tathāgata ou un de sesdisciples a prêché la Doctrine. L’ayant écoutée cette doctrine,j’ai obtenu la confiance sereine en le Tathāgata. En possédantcette confiance sereine, j’ai réfléchi ainsi : ‘Cette vie à lamaison est pleine d’obstacles, elle est un chemin poussiéreux ; lavie sans maison est le plein air. À qui demeure dans la maison, iln’est pas facile de pratiquer la conduite sublime entièrementpleine, entièrement pure, parfaite comme une conque. Il faut doncque, m’étant rasé les cheveux et la barbe, ayant revêtu mon corpsdes vêtements kāsāya [d’un religieux], je quitte ma maison pour mener unevie sans maison !’. Alors, plus tard, un jour, j’ai abandonnél’ensemble de ces biens, quelle qu’en soit la valeur, grande oupetite, j’ai abandonné mes parents et mon entourage, quel qu’ensoit le nombre, beaucoup ou peu, je me suis rasé les cheveux et labarbe, j’ai revêtu les vêtements kāsāya [d’un religieux] et j’aiquitté la vie du foyer pour mener une vie sans foyer.

Ayant ainsi quitté la vie du foyer, j’ai vécu, m’étant maîtrisémoi-même selon les règles du code de la discipline, en évitant dedétruire les êtres vivants, je me suis abstenu de tuer les êtresvivants, j’étais dépourvu de bâtons et d’armes, j’étais modeste, jesuis demeuré compatissant, bienveillant et j’avais pleine pitié àl’égard de tous les êtres vivants. Ne prenant pas ce qu’on nem’avait pas donné, je me suis abstenu de prendre ce qu’on nem’avait pas donné. Avec patience j’ai accepté seulement ce qu’on medonnait. Par conséquent, j’ai demeuré ayant une pensée pure. Ayantrenoncé à l’incontinence, j’étais continent. Je restais écarté del’incontinence. J’étais détaché de cette habitude de masse dite« copulation ».

Ne proférant pas de mensonges, je me suis abstenu des parolesmensongères. J’étais partisan de la vérité. J’étais sûr, digne defoi, je ne trompais pas les autres par mes paroles. Cela constitueune partie de ma vertu. Ne proférant pas de paroles calomnieuses,je me suis abstenu des paroles calomnieuses. Ce que j’avais entenduici, je ne le racontais pas là-bas, pour séparer ceux-là deceux-ci ; ce que j’avais entendu là-bas, je ne le racontais pasici, pour séparer ceux-ci de ceux-là. Je n’ai parlé qu’en vue deréconcilier ceux qui étaient désunis ou d’accroître l’harmonie deceux qui étaient unis. Je me plus en l’harmonie, j’avais monplaisir en l’harmonie, j’ai trouvé ma joie dans l’harmonie. Je neparlais que pour créer l’harmonie.

Ne proférant pas de paroles grossières, je me suis abstenu desparoles grossières. Je ne prononçais que des parolesirréprochables, agréables à l’oreille, affectueuses, allant aucœur, courtoises, aimables pour beaucoup de gens, plaisantes pourbeaucoup de gens. Ne proférant pas de paroles frivoles, je me suisabstenu des paroles frivoles. Je prononçais des paroles en tempsvoulu, des paroles véridiques, des paroles sensées, des parolesconformes à la doctrine et à la discipline, des paroles formant untrésor, des paroles munies de raison, opportunes, biencirconscrites, accompagnées d’un sens.

Je me suis abstenu d’endommager graines et plantes de toutessortes ; j’ai fait un seul repas, je jeûnais le soir et je me suisabstenu de manger hors du temps ; je me suis abstenu de danses, dechants, de musiques, de spectacles amusants ; je me suis abstenu deporter des guirlandes, des parfums, des onguents, des ornements etdes embellissements ; je me suis abstenu d’utiliser des meubles devaleur, de hauts meubles ; je me suis abstenu d’accepter de l’or etde l’argent ; je me suis abstenu d’accepter des grains crus ; je mesuis abstenu d’accepter de la viande crue ; je me suis abstenud’accepter des femmes et des jeunes filles ; je me suis abstenud’accepter des esclaves mâles ou femelles ; je me suis abstenud’accepter des chèvres et des brebis ; je me suis abstenud’accepter des coqs et des porcs ; je me suis abstenu d’accepterdes éléphants, des bœufs, des chevaux et des juments ; je me suisabstenu d’accepter des rizières et de la richesse ; je me suisabstenu d’envoyer des messagers ou d’aller moi-même [portant des messages] ; je me suis abstenu de l’achatet de la vente ; je me suis abstenu de tromper les autres par lesbalances, par des pièces de monnaie, par des mesures ; je me suisabstenu de pratiquer la corruption, la ruse, la fraude ; je me suisabstenu de faire des blessures, des meurtres, des incarcérations,des brigandages, des pillages, des actes violents.

J’étais pleinement satisfait d’un vêtement [religieux] qui me préservait le corps et de lanourriture que j’ai reçue dans mon bol à aumônes dont j’ai sustentémon ventre ; partout où je suis allé, je suis allé avec monvêtement [religieux] et avec mon bol àaumônes. Tout comme un oiseau emporte ses ailes partout où il vole,de même, moi, qui étais pleinement satisfait j’ai emportéseulement, partout où je suis allé, le vêtement [religieux] qui protégeait mon corps et la nourritureque j’avais reçue dans mon bol à aumônes dont je sustentais monventre. Pourvu de ce noble corps de vertus, j’ai éprouvé enmoi-même une joie irréprochable.

Lorsque je voyais une forme matérielle au moyen de mon œil, jen’en saisissais ni les apparences générales ni les détails car, enconséquence de ce que l’organe de l’œil demeure non-maîtrisé, leschoses mauvaises et vicieuses, la convoitise et la frustrationpeuvent s’y introduire ; alors, je me gardais contre l’organe del’œil ; je me mis en état de défense contre l’organe de l’œil.Lorsque j’entendais un son au moyen de mon oreille, […]. Lorsque je reconnaissais une notion au moyen del’organe mental, je n’en saisissais ni les apparences générales niles détails car, en conséquence de ce que le mental demeurenon-maîtrisé, les choses mauvaises et vicieuses, la convoitise etla frustration peuvent s’y introduire ; alors, je me gardais contrel’organe mental ; je me mis en état de défense contre l’organemental. Pourvu de cette noble protection des organes sensoriels,j’ai éprouvé en moi-même une joie non-touchée par lessouillures.

En allant ou revenant, j’en étais parfaitement attentif etconscient ; regardant devant ou autour de moi, j’en étaisparfaitement attentif et conscient ; étendant ou repliant mesmembres, j’en étais parfaitement attentif et conscient ; portant lesaṅghāṭi, le bol à aumônes, et lescīvaras, j’en étais parfaitementattentif et conscient ; mangeant, buvant, mastiquant, goûtant, j’enétais parfaitement attentif et conscient ; déféquant, urinant,goûtant, j’en étais parfaitement attentif et conscient ; marchant,étant debout, m’asseyant, m’endormant, m’éveillant, parlant, metaisant, j’en étais parfaitement attentif et conscient.

Ainsi, pourvu de ce noble corps de vertus, pourvu de cette noblemaîtrise des facultés sensorielles, pourvu de cette noble attentionet compréhension je fréquentais une résidence à l’écart, dans unbois, au pied d’un arbre, sur une montagne, dans une grotte, unecaverne, un cimetière, sur un plateau boisé, un lieu en plein air,une meule de paille. Après avoir terminé ma tournée d’aumônes,après mon repas, je m’asseyais en repliant et croisant mes jambes,posant mon corps bien droit, fixant mon attention.

Ayant abandonné l’attachement avide pour ce monde, je demeuraisavec une pensée sans attachement avide, je purifiais entièrement mapensée de l’attachement avide. Ayant abandonné la haine et lacolère, je demeurais avec une pensée sans haine et sans colère etayant pitié et bienveillance à l’égard de tous les êtres vivants,je purifiais ma pensée de la haine et de la colère. Ayant abandonnéla torpeur physique et mentale et la langueur, je demeurais sans latorpeur physique, sans la torpeur mentale et sans la langueur,ayant la perception de la lumière, étant attentif et conscient, jepurifiais ma pensée de la torpeur physique, de la torpeur mentaleet de la langueur. Ayant abandonné l’inquiétude et le remords, jedemeurais intérieurement pacifié, avec une pensée sans inquiétudeet sans remords, je me purifiais entièrement de l’inquiétude et duremords. Ayant abandonné le doute, je demeurais ayant surpassé ledoute, sans perplexité touchant les choses bonnes, je purifiaisentièrement ma pensée de doute.

Ainsi, m’étant séparé de ces cinq entraves que sont lessouillures mentales sous-jacentes, qui affaiblissent la sagesse,m’étant séparé du désir, m’étant séparé des pensées inefficaces, jesuis entré dans le premier jhānapourvu de raisonnement et de réflexion, qui est joie et bonheur, néde la séparation [des choses mauvaises] etj’y demeurai. Ensuite, ayant mis fin au raisonnement et à laréflexion, je suis entré et demeurai dans le deuxième jhāna qui est apaisement intérieur, unificationde la pensée, qui est dépourvu de raisonnement et de réflexion, néde la concentration et qui consiste en bonheur. Ensuite, medétournant du bonheur, j’ai vécu dans l’indifférence, conscient etvigilant, je ressentis dans mon corps le bonheur pur, de sorte queles êtres nobles désignent cela « Celui qui, indifférent etattentif, demeure heureux » ; je suis entré dans le troisièmejhāna et j’y demeurais. Ensuite,m’étant débarrassé du bonheur et m’étant débarrassé de la peine,ayant supprimé la gaieté et la tristesse antérieures, je suis entréet demeurai dans le quatrième jhāna où ne sont ni plaisir ni douleur, mais qui estpureté parfaite d’attention et d’indifférence.

Enfin, lorsque ma pensée fut ainsi réglée, ainsi purifiée, sansdéfaut, sans souillure, bien souple, maniable, stable, arrivée àl’impassibilité, j’ai dirigé ma pensée et je l’ai orientée vers lesavoir-faire dit « la connaissance qui permet d’éliminer lesécoulements mentaux toxiques ». Ainsi j’ai reconnu selon laréalité : “Ceci est dukkha” ; j’aireconnu selon la réalité : “Ceci est l’apparition de dukkha” ; j’ai reconnu selon la réalité : “Ceciest la cessation de dukkha” ; j’aireconnu selon la réalité : “Ceci est la voie vers la cessation dedukkha”. J’ai reconnu selon laréalité : “Ceci sont les écoulements mentaux toxiques” ; j’aireconnu selon la réalité : “Ceci est l’origine des écoulementsmentaux toxiques” ; j’ai reconnu selon la réalité : “Ceci est lacessation des écoulements mentaux toxiques” ; j’ai reconnu selon laréalité : Ceci est la voie vers la cessation des écoulementsmentaux toxiques”. Lorsque j’ai reconnu lesdits éléments, lorsqueje les ai vus, ma pensée fut libérée de l’écoulement mental toxiquedit “désir sensuel” ; de même ma pensée est libérée de l’écoulementmental toxique dit “volonté de devenir” ; ma pensée est libérée del’écoulement mental toxique dit “ignorance”. Lorsque la pensée estlibérée, la connaissance se produit : “Voici la libération” ; j’aireconnu : “Toute naissance nouvelle est anéantie. La conduitesublime est vécue. Ce qui doit être achevé est achevé ; plus rienne demeure à accomplir”. En ce qui concerne ce corps consciencieuxet tous ses signes extérieurs, c’est en sachant ainsi et en voyantainsi, ô frères, que j’ai éradiqué « l’orgueil latent qui fait le‘je’, qui fait le ‘moi’. »

Ô bhikkhus, il faut se réjouir de la parole de ce bhikkhu, ilfaut l’accepter en disant : “Très bien, ô frère”. Après s’êtreréjoui de la parole de ce bhikkhu et après l’avoir acceptée, ilfaut lui dire ces mots : “C’est un avantage pour nous, ô frère.C’est un grand profit pour nous, ô frère, que nous ayons obtenul’occasion de voir quelqu’un comme vous qui a suivi la conduitesublime”.

Ainsi parla le Bienheureux. Les bhikkhus, heureux, se réjouirentdes paroles du Bienheureux.

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