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Traductions [35]

Le rugissement du lion : le 1er récit

Ainsi ai-je entendu : une fois le Bienheureux séjournait dans le parc d’Anāthapiṇḍika, au bois de Jeta, près de la ville de Sāvatthi.

En ce temps-là, un jour, le Bienheureux s’adressa aux bhikkhus en disant : « Ô bhikkhus ».

« Oui, Vénéré », répondirent ces bhikkhus au Bienheureux.

Le Bienheureux dit : « Ô bhikkhus, le ‘premier samana’ se trouve uniquement ici, le ‘deuxième samana’ aussi, le ‘troisième samana’ aussi et le ‘quatrième samana’ aussi. Ces quatre sortes de samanas ne se trouvent pas dans les autres traditions. En vous exprimant ainsi vous faites un véritable rugissement de lion. Alors surgirait une situation où les paribbājakas appartenant aux “gués” divers vous demanderaient : “Ô amis, quelle certitude, quelle autorité avez-vous pour dire : “Le ‘premier samana’ se trouve uniquement ici, le ‘deuxième samana’ aussi, le ‘troisième samana’ aussi et le ‘quatrième samana’ aussi. Ces quatre sortes de samanas n’existent pas dans les autres traditions’ ? Voici les mots qu’on doit dire à ces paribbājakas appartenant aux “gués” divers : “Ô amis, si nous disons que le ‘premier samana’ se trouve uniquement ici, le ‘deuxième samana’ aussi, le ‘troisième samana’ aussi et le ‘quatrième samana’ aussi, et ces quatre sortes de samanas n’existent pas dans les autres traditions ?”, c’est parce que le Bienheureux qui est l’Arahant et l’Éveillé parfait, qui comprend les choses et qui voit les choses, a parlé de quatre facteurs existant chez nous. Quels sont ces quatre facteurs ?

Il existe ici un contentement fort à l’égard du Maître ; il existe ici un contentement fort à l’égard de la Doctrine ; il existe ici une maîtrise des sens qui fut complétée ; il existe ici une harmonie forte entre les coreligionnaires, qu’ils soient laïcs ou renonçants. Ô amis, c’est en voyant chez nous ces quatre facteurs que le Bienheureux a indiqué que nous disions : “le ‘premier samana’ se trouve uniquement ici, le ‘deuxième samana’ aussi, le ‘troisième samana’ aussi et le ‘quatrième samana’ aussi. Ces quatre sortes de samanas n’existent pas dans les autres traditions”. »

Alors, ô bhikkhus, surgirait une situation où ces paribbājakas appartenant aux “gués” divers vous diraient : « Ô amis, chez nous aussi il existe le contentement fort à l’égard de notre maître ; il existe le contentement fort à l’égard de notre Doctrine ; nous aussi nous complétons la maîtrise des sens selon nos préceptes ; chez nous aussi il existe une harmonie forte entre les coreligionnaires, qu’ils soient laïcs ou renonçants. Dans ces conditions, quelle est la différence entre vous et nous ? Quel est l’objectif ? Quelle est la divergence entre vous et nous ? » Lorsque les paribbājakas appartenant aux “gués” divers parlent ainsi, voici la question qui doit leur être posée : « Dans votre cas, ô amis, le but est-il unique ou en avez-vous plusieurs ? »

Si les paribbājakas appartenant aux “gués” divers parlent correctement, ils vous répondront : « Ô amis, le but est unique, il n’y en pas plusieurs. » Alors, il faut leur demander : « Ce but est-il fixé pour celui qui est pourvu d’attachement ou bien pour celui qui est dépourvu d’attachement ? »

Si les paribbājakas appartenant aux “gués” divers parlent correctement, ils vous répondront : « Ô amis, le but est fixé pour celui qui est dépourvu d’attachement mais non pour celui qui est pourvu d’attachement. » Alors, il faut leur demander : « Ce but est-il fixé pour celui qui est pourvu d’aversion ou bien pour celui qui est dépourvu d’aversion ? »

Si les paribbājakas appartenant aux “gués” divers parlent correctement, ils vous répondront : « Ô amis, le but est fixé pour celui qui est dépourvu d’aversion mais non pour celui qui est pourvu d’aversion. » Alors, il faut leur demander : « Ce but est-il fixé pour celui qui est pourvu d’illusion ou bien pour celui qui est dépourvu d’illusion ? »

Si les paribbājakas appartenant aux “gués” divers parlent correctement, ils vous répondront : « Ô amis, le but est fixé pour celui qui est dépourvu d’illusion mais non pour celui qui est pourvu d’illusion. » Alors, il faut leur demander : « Ce but est-il fixé pour celui qui est pourvu de la ‘soif’ ou bien pour celui qui est dépourvu de la ‘soif’ ? »

Si les paribbājakas appartenant aux “gués” divers parlent correctement, ils vous répondront : « Ô amis, ce but est fixé pour celui qui est dépourvu de la ‘soif’, mais non pour celui qui est pourvu de la ‘soif’. » Alors, il faut leur demander : « Ce but est-il fixé pour celui qui est pourvu d’appropriation ou bien pour celui qui est dépourvu d’appropriation ? »

Si les paribbājakas appartenant aux “gués” divers parlent correctement, ils vous répondront : « Ô amis, ce but est pour celui qui est dépourvu d’appropriation, mais non pour celui qui est pourvu d’appropriation. » Alors, il faut leur demander : « Ce but est-il fixé pour celui qui est pourvu d’une vue pénétrante ou bien pour celui qui est dépourvu d’une vue pénétrante ? »

Si les paribbājakas appartenant aux “gués” divers parlent correctement, ils vous répondront : « Ô amis, ce but est fixé pour celui qui est pourvu d’une vue pénétrante, mais non pour celui qui est dépourvu d’une vue pénétrante. » Alors, il faut leur demander : « Ce but est-il fixé pour celui qui est pourvu d’une tendance à concéder et à contester ou bien pour celui qui est pourvu de l’absence d’une tendance à concéder et à contester ? »

Si les paribbājakas appartenant aux “gués” divers parlent correctement, ils vous répondront : « Ô amis, le but est fixé pour celui qui est pourvu de l’absence d’une tendance à concéder et à contester, mais non pour celui qui est pourvu de la présence d’une tendance à concéder et à contester. » Alors, il faut leur demander : « Ce but est-il fixé pour celui qui demeure dans les obsessions, qui se réjouit des obsessions, ou bien pour celui qui ne demeure pas dans les obsessions, qui ne se réjouit pas des obsessions ? »

Si les paribbājakas appartenant aux “gués” divers parlent correctement, ils vous répondront : « Ô amis, ce but est fixé pour celui qui ne demeure pas dans les obsessions, qui ne se réjouit pas des obsessions, mais non pour celui qui demeure dans les obsessions, qui se réjouit des obsessions. »

Il existe, ô bhikkhus, deux vues fausses : la vue de l’existence et la vue de la non-existence. Si certains samanas ou brāhmanes se sont attachés à la vue d’existence, s’ils sont parvenus à la vue d’existence, s’ils sont plongés dans la vue d’existence, ils se situent tous en opposition à la vue de non-existence. Si certains samanas ou brāhmanes se sont attachés à la vue de non-existence, s’ils sont parvenus à la vue de non-existence, s’ils sont plongés dans la vue de non-existence, ils se situent en opposition à la vue d’existence. Ô bhikkhus, si certains samanas ou brāhmanes ne savent pas selon la réalité comment ces deux vues fausses se produisent, comment elles se dispersent, quelle est la satisfaction donnée par elles, quel est le désavantage qui vient d’elles et quel est le moyen pour s’évader d’elles, alors ils sont pourvus d’attachement, d’aversion, d’illusion, de la ‘soif’, d’appropriation, sans vue pénétrante, ils sont tantôt en accord, tantôt en désaccord et ils se contentent de l’élaboration subjective et ainsi ne se libèrent pas de la naissance, de la décrépitude, de la mort, des lamentations, des peines, du chagrin, des afflictions et des désespoirs. Je dis qu’ils ne se libèrent pas de dukkha. »

Ô bhikkhus, si certains samanas ou brāhmanes savent selon la réalité comment ces deux vues fausses se produisent, comment elles se dispersent, quelle est la satisfaction donnée par elles, quel est le désavantage qui vient d’elles et quel est le moyen pour s’évader d’elles, alors ils sont dépourvus d’attachement, d’aversion, d’illusion, de la ‘soif’, d’appropriation, ayant une vue pénétrante, et ils ne sont ni en accord ni en désaccord et ils ne se contentent pas de l’élaboration subjective et ainsi ils se libèrent de la naissance, de la décrépitude, de la mort, des lamentations, des peines, du chagrin, des afflictions et des désespoirs. Je dis qu’ils se libèrent de dukkha.

Il existe, ô bhikkhus, quatre appropriations : Quelles sont-elles ? L’appropriation des objets sensuels, l’appropriation des vues, l’appropriation des préceptes et des vœux et pratiques rituelles, l’appropriation des théories concernant le “Soi”. Il y a, ô bhikkhus, certains samanas et brāhmanes qui affirment qu’ils font connaître l’éradication de toutes les appropriations. Cependant, ils ne font pas bien connaître l’éradication de toutes les appropriations. Par exemple, certains font connaître l’éradication de l’appropriation des objets sensuels. Cependant, ils ne font connaître ni l’éradication de l’appropriation des vues fausses, ni l’appropriation des préceptes, des vœux et des pratiques rituelles, ni l’appropriation des théories concernant le “Soi”. Pourquoi ? Parce que ces samanas et brāhmanes, ne connaissent pas ces trois cas, selon la réalité. Ainsi, ces honorables samanas et brāhmanes ne font connaître ni l’éradication de l’appropriation des vues fausses, ni l’éradication de l’appropriation des préceptes et des vœux et des pratiques rituelles, ni l’éradication de l’appropriation des théories concernant le “Soi”, bien qu’ils affirment faire connaître l’éradication de toutes les appropriations.

Il y a, ô bhikkhus, certains samanas et brāhmanes qui affirment qu’ils font connaître l’éradication de toutes les appropriations. Cependant, ils ne font pas connaître bien l’éradication de toutes les appropriations. Par exemple, certains font connaître l’éradication de l’appropriation des vues. Cependant, ils ne font connaître ni l’éradication de l’appropriation des objets sensuels, ni l’éradication de l’appropriation des préceptes et des vœux et des pratiques rituelles, ni l’éradication de l’appropriation des vues concernant le “Soi”. Pourquoi ? Parce que ces samanas et brāhmanes, ne connaissent pas ces deux cas, selon la réalité. Ainsi, ces honorables samanas et brāhmanes font connaître l’éradication de l’appropriation concernant les objets sensuels et l’éradication de l’appropriation des vues. Cependant, ils ne font connaître ni l’éradication de l’appropriation des préceptes, des vœux et des pratiques rituelles, ni l’éradication de l’appropriation des théories concernant le “Soi”, bien qu’ils affirment faire connaître l’éradication de toutes les appropriations.

Il y a, ô bhikkhus, certains samanas et brāhmanes qui affirment qu’ils font connaître l’éradication de toutes les appropriations. Cependant, ils ne font pas connaître bien l’éradication de toutes les appropriations. Par exemple, certains font connaître l’éradication de l’appropriation concernant les objets sensuels, l’éradication de l’appropriation des vues, et l’éradication de l’appropriation des préceptes, des vœux et des pratiques rituelles. Cependant, ils ne font pas connaître l’éradication de l’appropriation des théories concernant le “Soi”. Pourquoi ? Parce que ces samanas et brāhmanes ne connaissent pas selon la réalité ce seul cas. Ainsi, ces honorables samanas et brāhmanes font connaître l’éradication de l’appropriation concernant les objets sensuels, l’éradication de l’appropriation des vues, et l’éradication de l’appropriation des préceptes, des vœux et des pratiques rituelles. Cependant, ils ne font pas connaître l’éradication de l’appropriation des théories concernant le “Soi”, bien qu’ils affirment faire connaître l’éradication de toutes les appropriations.

Dans un tel système religieux, s’il existe un contentement fort à l’égard de son maître, on peut dire que ce contentement n’est pas bien parti. S’il existe un contentement fort à l’égard de sa doctrine, on peut dire que ce contentement n’est pas bien parti. S’il existe une maîtrise des sens qui est en train de se compléter, on peut dire que cette maîtrise des sens qui est en train de se compléter n’est pas bien partie. S’il existe une harmonie entre les coreligionnaires, on peut dire que cette harmonie n’est pas bien partie. Pourquoi ? Parce que cela ne peut arriver comme cela naturellement dans un système doctrino-disciplinaire mal expliqué, mal déclaré, qui n’amène pas au but noble, qui ne constitue pas une voie vers l’apaisement des souillures mentales, et qui est enseigné par un maître qui n’est pas un Éveillé parfait.

Lorsqu’un Tathāgata, ô bhikkhus, qui est l’Arahant, Éveillé parfait, affirme qu’il fait connaître l’éradication de toutes les appropriations, et il explique l’éradication de toutes les appropriations. Il explique l’éradication de l’appropriation des objets sensuels ; il explique l’éradication de l’appropriation des vues erronées ; il explique l’éradication de l’appropriation des préceptes et des pratiques ; il explique l’éradication de l’appropriation des théories concernant le Soi. Dans un tel système religieux, s’il existe un contentement fort à l’égard de son maître, on peut dire que ce contentement est bien parti. S’il existe un contentement fort à l’égard de sa doctrine, on peut dire que ce contentement est bien parti. S’il existe une maîtrise des sens qui est en train de se compléter, on peut dire que cette maîtrise des sens qui est en train de se compléter est bien partie. S’il existe une harmonie entre les coreligionnaires, on peut dire que cette harmonie est bien partie. Pourquoi ? Parce que cela peut arriver naturellement dans un système doctrino-disciplinaire bien expliqué, bien déclaré, qui amène au but noble, qui constitue une voie vers l’apaisement des souillures mentales, et qui est enseigné par un maître qui est un Éveillé parfait.

Quelle est, ô bhikkhus, l’origine desdites quatre appropriations ? Quelle est la raison de leur apparition ? De quoi naissent-elles ? D’où commencent-elles ? Ces quatre appropriations ont la ‘soif’ pour origine. Elles ont la ‘soif’ pour raison de leur apparition. Elles naissent de la ‘soif’. Elles viennent de la ‘soif’.

Quelle est, ô bhikkhus, l’origine de cette ‘soif’ ? Quelle est la raison de son apparition ? De quoi naît-elle ? D’où commence-t-elle ? Elle a la sensation pour origine ; elle a la sensation pour raison de son apparition ; elle naît de la sensation ; elle commence à partir de la sensation. Quelle est, ô bhikkhus, l’origine de cette sensation ?

Quelle est la raison de son apparition ? De quoi naît-elle ? D’où commence-t-elle ? La sensation a le contact pour origine ; elle a le contact pour raison de son apparition ; elle naît du contact ; elle commence à partir du contact. Quelle est, ô bhikkhus, l’origine de ce contact ?

Quelle est la raison de son apparition ? De quoi naît-elle ? D’où commence-t-elle ? Le contact a les six sphères pour origine ; il a les six sphères pour raison d’apparition ; il naît des six sphères ; il commence à partir des six sphères.

Quelle est, ô bhikkhus, l’origine de ces six sphères ? Quelle est la raison de leur apparition ? De quoi naissent-elles ? D’où commencent-elles ? Les six sphères ont les phénomènes mentaux et physiques pour origine ; elles ont les phénomènes mentaux et physiques pour raison de leur apparition ; elles naissent des phénomènes mentaux et physiques ; elles commencent à partir des phénomènes mentaux et physiques.

Quelle est, ô bhikkhus, l’origine de ces phénomènes mentaux et physiques ? Quelle est la raison de leur apparition ? De quoi naissent-ils ? D’où commencent-ils ? Les phénomènes mentaux et physiques ont la conscience pour origine. Ils ont la conscience pour raison de leur apparition. Ils naissent de la conscience. Ils commencent à partir de la conscience.

Quelle est, ô bhikkhus, l’origine de cette conscience ? Quelle est la raison de son apparition ? De quoi naît-elle ? D’où commence-t-elle ? La conscience a les compositions mentales pour origine. Elle a les compositions mentales pour raison de son apparition. Elle naît des compositions mentales. Elle commence à partir des compositions mentales.

Quelle est, ô bhikkhus, l’origine de ces compositions mentales ? Quelle est la raison de leur apparition ? De quoi naissent-elles ? D’où commencent-elles ? Les compositions mentales ont l’ignorance pour origine. Elles ont l’ignorance pour raison de leur apparition. Elles naissent de l’ignorance. Elles commencent à partir de l’ignorance.

Ô bhikkhus, lorsque l’ignorance est éradiquée chez le bhikkhu, lorsque la science est née chez lui, par détachement de l’ignorance et par la naissance de la science, chez lui ne se produit plus l’appropriation des objets sensuels, ni l’appropriation des préceptes et pratiques, ni l’appropriation des théories concernant le Soi. Ne s’étant rien approprié, il n’est plus troublé. Ne s’appropriant rien, il éprouve lui-même la cessation complète. Alors, la connaissance se produit chez lui : “Voici la libération”. Il reconnaît : “Toute naissance nouvelle est anéantie. La conduite sublime est vécue. Ce qui doit être achevé est achevé ; plus rien ne demeure à accomplir” ».

Ainsi parla le Bienheureux. Les bhikkhus, heureux, se réjouirent des paroles du Bienheureux.

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