Ainsi ai-je entendu. En une occasion, le Béni séjournait parmi les Sakyans à Kapilavatthu, dans le Parc des banians. Alors Mahānāma le Sakyan alla vers le Béni et, étant arrivé, s’étant prosterné devant lui, il s’assit sur un côté. Alors qu’il était assis là, il dit au Béni : « Cela fait maintenant longtemps, seigneur, que j’ai compris le Dhamma enseigné par le Béni de cette manière : ‘L’avidité est une souillure de l’esprit ; l’aversion est une souillure de l’esprit ; l’illusion est une souillure de l’esprit.’ Cependant, bien que j’aie compris que selon le Dhamma enseigné par le Béni, l’avidité est une souillure de l’esprit ; l’aversion est une souillure de l’esprit ; l’illusion est une souillure de l’esprit, il y a toutefois des moments où cette qualité de l’avidité envahit mon esprit et y demeure, où cette qualité de l’aversion envahit mon esprit et y demeure, où cette qualité de l’illusion envahit mon esprit et y demeure. La pensée suivante me vient alors à l’esprit : quelle est la qualité qui est non abandonnée en moi qui fait qu’il y a des moments où cette qualité de l’avidité envahit mon esprit et y demeure, où cette qualité de l’aversion envahit mon esprit et y demeure, où cette qualité de l’illusion envahit mon esprit et y demeure ? »
« Mahānāma, cette qualité même – la qualité de l’avidité, la qualité de l’aversion, la qualité de l’illusion – est ce qui est non abandonné en toi, et qui fait qu’il y a des moments où cette qualité envahit ton esprit et y demeure. Car si tu avais abandonné en toi cette qualité, tu ne vivrais pas la vie d’un maître de foyer et tu ne t’adonnerais pas à la sensualité. C’est parce que tu n’as pas abandonné en toi cette qualité que tu vis la vie d’un maître de foyer et que tu t’adonnes à la sensualité.
« Même si un disciple des Êtres nobles a clairement vu, tel que cela est réellement, avec le discernement juste que la sensualité est source de beaucoup de souffrance, de beaucoup de désespoir, et d’inconvénients encore plus grands, cependant – s’il n’est pas parvenu à un ravissement et un plaisir séparés de la sensualité, séparés des qualités malhabiles, ou à quelque chose de plus paisible que cela – il peut être tenté par la sensualité. Mais quand il a clairement vu avec le discernement juste, tel que cela est réellement, que la sensualité est source de beaucoup de souffrance, de beaucoup de désespoir, et d’inconvénients encore plus grands, et qu’il est parvenu à un ravissement et un plaisir séparés de la sensualité, séparés des qualités mentales malhabiles, ou à quelque chose de plus paisible que cela, il ne peut pas être tenté par la sensualité.
« Moi-même, avant mon Éveil par moi-même, quand j’étais encore un bodhisatta non éveillé, je vis, tel que cela est réellement, avec le discernement juste que la sensualité est source de beaucoup de souffrance, de beaucoup de désespoir, et d’inconvénients encore plus grands, mais tant que je ne fus pas parvenu à un ravissement et un plaisir séparés de la sensualité, séparés des qualités mentales malhabiles, ou à quelque chose de plus paisible que cela, je n’ai pas déclaré que je ne pouvais pas être tenté par la sensualité. Mais lorsque je vis, tel que cela est réellement, avec le discernement juste que la sensualité est source de beaucoup de souffrance, de beaucoup de désespoir, et d’inconvénients plus grands, et que je fus parvenu à un ravissement et un plaisir séparés de la sensualité, séparés des qualités mentales malhabiles, ou à quelque chose de plus paisible que cela, c’est à ce moment-là que j’ai déclaré que je ne pouvais pas être tenté par la sensualité.
« Quel est, Mahānāma, l’attrait de la sensualité ? Les cinq cordes de la sensualité. Quelles sont ces cinq cordes ? Les formes qui peuvent être connues via l’œil – agréables, plaisantes, charmantes, attachantes, attirantes, liées au désir sensuel. Les sons qui peuvent être connus via l’oreille… Les arômes qui peuvent être connus via le nez… Les saveurs qui peuvent être connues via la langue… Les sensations tactiles qui peuvent être connues via le corps – agréables, plaisantes, charmantes, attachantes, attirantes, liées au désir sensuel. Quel que soit le plaisir ou la joie qui apparaît en dépendance de ces cinq cordes de la sensualité, c’est là l’attrait de la sensualité.
« Et quel est l’inconvénient de la sensualité ? Il y a le cas où, en raison de l’activité grâce à laquelle le membre d’un clan gagne sa vie – en vérifiant ou en faisant des comptes, ou en calculant, ou en labourant, ou en faisant du commerce, ou en s’occupant de bétail, ou avec le tir à l’arc, ou comme homme du roi, ou en pratiquant toute autre activité – il est confronté au froid, il est confronté à la chaleur, il est harcelé par les moustiques et les mouches, le vent et le soleil, et les choses rampantes, mourant de faim et de soif.
« Cet inconvénient dans le cas de la sensualité, cette masse de souffrance visible ici-et-maintenant, a la sensualité pour raison, la sensualité pour source, la sensualité pour cause, la raison étant simplement la sensualité.
« Si le membre du clan n’obtient pas la richesse alors qu’il travaille, s’évertue et fait un effort ainsi, il éprouve de la peine, est en chagrin et se lamente, frappe sa poitrine, devient désemparé : ‘Mon travail est vain, mes efforts sont stériles !’ Cet inconvénient aussi dans le cas de la sensualité, cette masse de souffrance visible ici-et-maintenant, a la sensualité pour raison, la sensualité pour source, la sensualité pour cause, la raison étant simplement la sensualité.
« Si le membre du clan obtient la richesse alors qu’il travaille, s’évertue et fait un effort ainsi, il fait l’expérience de la douleur et de la détresse en la protégeant : ‘Comment faire pour que ni les rois ni les voleurs ne s’emparent de mon bien, pour que le feu ne le brûle pas, pour que l’eau ne l’emporte pas, pour que des héritiers haineux ne s’en emparent pas ?’ Et alors qu’il garde et surveille ainsi son bien, les rois ou les voleurs s’en emparent, ou le feu le brûle, ou l’eau l’emporte, ou des héritiers haineux s’en emparent. Et il éprouve de la peine, est en chagrin et se lamente, frappe sa poitrine, devient désemparé : ‘Ce qui était mien ne l’est plus !’ Cet inconvénient aussi dans le cas de la sensualité, cette masse de souffrance visible ici-et-maintenant, a la sensualité pour raison, la sensualité pour source, la sensualité pour cause, la raison étant simplement la sensualité.
« De plus, c’est avec la sensualité pour raison, la sensualité pour source, la sensualité pour cause, la raison étant simplement la sensualité, que les rois se querellent avec les rois, les nobles avec les nobles, les brahmanes avec les brahmanes, les maîtres de foyer avec les maîtres de foyer, la mère avec l’enfant, l’enfant avec la mère, le père avec l’enfant, l’enfant avec le père, le frère avec le frère, la sœur avec la sœur, le frère avec la sœur, la sœur avec le frère, l’ami avec l’ami.
« De plus, au cours de leurs querelles, rixes, et disputes, ils s’attaquent les uns les autres avec les poings ou des mottes de terre ou des bâtons ou des couteaux, de sorte qu’ils encourent la mort ou une douleur mortelle. Cet inconvénient aussi dans le cas de la sensualité, cette masse de souffrance visible ici-et-maintenant, a la sensualité pour raison, la sensualité pour source, la sensualité pour cause, la raison étant simplement la sensualité.
« De plus, c’est avec la sensualité pour raison, la sensualité pour source… que [des hommes], prenant des épées et des boucliers, et bouclant arcs et carquois, vont à la charge, massés en double rang tandis que les flèches et les lances volent et que les épées étincellent ; et là ils sont blessés par des flèches et des lances, et leur tête est tranchée par des épées, de sorte qu’ils encourent la mort ou une douleur mortelle. Cet inconvénient aussi dans le cas de la sensualité, cette masse de souffrance visible ici-et-maintenant, a la sensualité pour raison, la sensualité pour source, la sensualité pour cause, la raison étant simplement la sensualité.
« De plus, c’est avec la sensualité pour raison, la sensualité pour source… que [des hommes], prenant des épées et des boucliers, et bouclant arcs et carquois, chargent des bastions aux parois glissantes tandis que les flèches et les lances volent et que les épées étincellent ; et là ils sont éclaboussés par de la bouse de vache bouillante et écrasés sous de lourds poids, et leur tête est tranchée par des épées, de sorte qu’ils encourent la mort ou une douleur mortelle. Cet inconvénient aussi dans le cas de la sensualité, cette masse de souffrance visible ici-et-maintenant, a la sensualité pour raison, la sensualité pour source, la sensualité pour cause, la raison étant simplement la sensualité.
« De plus, c’est avec la sensualité pour raison, la sensualité pour source… que [des hommes] s’introduisent par les fenêtres, pillent et font du butin, commettent des vols, tendent des embuscades sur les routes, commettent l’adultère, et quand ils sont capturés, les rois les font torturer de diverses manières. Ils les font fouetter avec des fouets, frapper avec des cannes, frapper avec des bâtons ; ils leur font couper les mains, couper les pieds, couper les mains et les pieds ; ils leur font couper les oreilles, couper le nez, couper les oreilles et le nez ; ils les soumettent au ‘pot à porridge,’ au ‘polissage du coquillage,’ à la ‘bouche de Rāhu’, à la ‘guirlande enflammée,’ à la ‘main embrasée,’ au ‘devoir de l’herbe,’ à l’‘habit d’écorce,’ à l’‘antilope en feu,’ aux ‘crochets à viande,’ au ‘gougeage des pièces de monnaie,’ à la ‘marinade dans la soude,’ au ‘pivot sur un pieu,’ au ‘lit roulé’ ; ils les font éclabousser avec de l’huile bouillante, dévorer par des chiens, empaler vivants sur des pieux ; ils leur font couper la tête avec des épées, de sorte qu’ils encourent la mort ou une douleur mortelle. Cet inconvénient aussi dans le cas de la sensualité, cette masse de souffrance visible ici-et-maintenant, a la sensualité pour raison, la sensualité pour source, la sensualité pour cause, la raison étant simplement la sensualité.
« De plus, c’est avec la sensualité pour raison, la sensualité pour source… que [des hommes] s’engagent dans l’inconduite corporelle, l’inconduite verbale, l’inconduite mentale. S’étant engagés dans l’inconduite corporelle, verbale, et mentale, à la brisure du corps, après la mort, ils réapparaissent sur le plan d’existence de la privation, dans la mauvaise destination, sur les plans d’existence inférieurs, en enfer. Cet inconvénient aussi dans le cas de la sensualité, cette masse de souffrance visible ici-et-maintenant, a la sensualité pour raison, la sensualité pour source, la sensualité pour cause, la raison étant simplement la sensualité.
« Autrefois, Mahānāma, alors que je demeurais près de Rājagaha, au Pic du vautour, un certain nombre de nigaṇṭhas se trouvaient au Rocher noir sur les pentes de Isigili, pratiquant la station debout continue : rejetant les sièges, éprouvant des douleurs féroces, aiguës, intenses, dues à leurs efforts. Et donc, émergeant le soir de mon isolement, j’allai vers les nigaṇṭhas au Rocher noir sur les pentes de Isigili et, étant arrivé, je leur demandai : ‘Pourquoi pratiquez-vous la station debout continue : rejetant les sièges, éprouvant des douleurs féroces, aiguës, intenses, dues à vos efforts ?’ Lorsque j’eus dit ceci, les nigaṇṭhas me dirent : ‘Ami, le nigaṇṭha Nāṭaputta est omniscient, omnivoyant, et déclare avoir la connaissance et la vision totales de la façon suivante : « Que je marche ou que je reste debout immobile, que je dorme ou que je sois éveillé, la connaissance et la vision sont constamment et continuellement établies en moi. » Il nous a dit : « Nigaṇṭhas, vous avez fait des actions mauvaises dans le passé. Épuisez-les avec ces austérités douloureuses. Et lorsque, dans le présent, vous vous retenez de telles actions en corps, en paroles, et en esprit, vous ne faites pas d’action mauvaise pour le futur. Ainsi, avec la destruction des vieilles actions à travers la mortification, et en ne faisant pas de nouvelles actions, rien ne sera projeté dans le futur. Sans projection dans le futur, l’action arrive à son terme. Avec la fin de l’action, la souffrance arrive à son terme. Avec la fin de la souffrance, la sensation arrive à son terme. Et avec le terme de la sensation, toute la souffrance sera épuisée. » Nous approuvons cela [cet enseignement], nous l’acceptons, et il nous satisfait.’
« Lorsqu’ils eurent dit ceci, je leur demandai : ‘Mais, amis, savez-vous que vous avez existé dans le passé, que ce n’est pas le cas que vous n’avez pas existé dans le passé ?’
« ‘Non, ami.’
« ‘Et savez-vous que vous avez fait de mauvaises actions dans le passé, que ce n’est pas le cas que vous n’avez pas fait de mauvaises actions dans le passé ?’
« ‘Non, ami.’
« ‘Et savez-vous que vous avez fait telles et telles mauvaises actions dans le passé ?’
« ‘Non, ami.’
« ‘Et savez-vous que tant et tant de souffrance a été épuisée, ou que tant et tant de souffrance reste à épuiser, ou qu’avec l’épuisement de tant et tant de souffrance, toute souffrance sera épuisée ?’
« ‘Non, ami.’
« Mais savez-vous ce qu’est l’abandon des qualités malhabiles et le fait de parvenir à des qualités habiles dans l’ici-et-maintenant ?’
« ‘Non, ami.’
« ‘Donc, amis, il me semble que vous ne savez pas que vous avez existé dans le passé, que ce n’est pas le cas que vous n’avez pas existé dans le passé ; vous ne savez pas que vous avez fait de mauvaises actions dans le passé, que ce n’est pas le cas que vous ne les avez pas faites ; vous ne savez pas que vous avez fait telles et telles mauvaises actions dans le passé ; vous ne savez pas que tant et tant de souffrance a été épuisée ; ou qu’il reste tant et tant de souffrance à épuiser, ou qu’avec l’épuisement de tant et tant de souffrance, toute souffrance sera épuisée ; vous ne savez pas ce qu’est l’abandon des qualités malhabiles et le fait de parvenir à des qualités habiles dans l’ici-et-maintenant. Ceci étant le cas, ceux qui dans le monde sont des meurtriers, des personnes aux mains couvertes de sang qui font des choses cruelles, lorsqu’elles renaissent plus tard parmi les êtres humains, quittent la vie de foyer pour la vie sans foyer avec les nigaṇṭhas.’
« ‘Mais, ami Gotama, il n’est pas possible de parvenir au plaisir à travers le plaisir. On parvient au plaisir à travers la douleur. Car s’il était possible de parvenir au plaisir à travers le plaisir, alors le roi Seniya Bimbisāra de Magadha parviendrait au plaisir, étant donné qu’il vit dans un plaisir plus grand que vous, ami Gotama.’
« ‘Les vénérables nigaṇṭhas ont certainement dit cela inconsidérément et sans réfléchir… car à la place de ceci, il aurait fallu me demander : « Qui vit dans un plaisir plus grand : le roi Seniya Bimbisāra de Magadha ou maître Gotama ? »’
« ‘Oui, ami Gotama, nous avons dit cela inconsidérément et sans réfléchir… mais laissons cela de côté. Nous vous demandons maintenant, maître Gotama : qui vit dans le plaisir le plus grand : le roi Seniya Bimbisāra de Magadha ou le maître Gotama ?’
« ‘Dans ce cas, nigaṇṭhas, je vais vous interroger en retour. Répondez comme vous le souhaitez. Que pensez-vous ? Le roi Seniya Bimbisāra de Magadha peut-il – sans bouger son corps, sans prononcer un mot – demeurer sensible au plaisir sans mélange pendant sept jours et sept nuits ?’
« ‘Non, ami. »
« ‘… pendant six jours et six nuits… pendant cinq jours et cinq nuits… pendant un jour et une nuit ?’
« ‘Non, ami. »
« ‘Moi – sans bouger mon corps, sans prononcer un mot – je peux demeurer sensible au plaisir sans mélange pendant un jour et une nuit… pendant deux jours et deux nuits… pendant trois… quatre… cinq… six… sept jours et sept nuits. Donc, que pensez-vous ? Ceci étant le cas, qui demeure dans le plus grand plaisir : le roi Seniya Bimbisāra de Magadha ou moi ?’
« ‘Ceci étant le cas, maître Gotama demeure dans un plus grand plaisir que le roi Seniya Bimbisāra de Magadha.’ »
Voilà ce que dit le Béni. Satisfait, Mahānāma le Sakyan se délecta des paroles du Béni.
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