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Traductions [30]

Des points doctrinaux à comprendre : 1er récit

Ainsi ai-je entendu : une fois, leBienheureux séjournait au parc d’Anāthapiṇḍika, situé dans le boisde Jeta, situé près de la ville de Sāvatthi.

En ce temps-là, un jour, vers la fin de l’après-midi,l’Āyasamanta Mahā-Koṭṭhita, s’étant levé de son repos solitaire,s’approcha de l’endroit où se trouvait l’Āyasamanta Sāriputta.S’étant approché, il échangea avec l’Āyasamanta Sāriputta descompliments de politesse et des paroles de courtoisie, puis s’assità l’écart sur un côté. S’étant assis à l’écart sur un côté, il dità l’Āyasamanta Sāriputta : « On répète : “un homme non-intelligent,un homme non-intelligent”. Pour quelle raison, ô frère, est-onappelé “un homme non-intelligent” ? »

L’Āyasamanta Sāriputta répondit : « Ô frère, si quelqu’un necomprend pas intelligemment, si quelqu’un ne connaît pasintelligemment, alors il est appelé “un homme non-intelligent.”Qu’est-ce qu’il ne comprend pas ? Il ne comprend pas “ceci estdukkha” ; il ne comprend pas “ceciest le point d’apparition de dukkha” ; il ne comprend pas “ceci est la cessation dedukkha” ; il ne comprend pas “ceciest le chemin conduisant à la cessation de dukkha”. De cette façon, ô frère, puisqu’il ne comprendpas, qu’il ne connaît pas, alors il est appelé “un hommenon-intelligent”. »

« C’est très bien, ô frère », dit l’Āyasamanta Mahā-Koṭṭhita.Tout réjoui des paroles de l’Āyasamanta Sāriputta, il partagea sonopinion, et lui posa une autre question : « On répète : “un hommeintelligent, un homme intelligent”. Pour quelle raison, ô frère,est-on appelé “un homme intelligent” ? »

– Ô frère, si quelqu’un comprend, si quelqu’un connaît, alors ilest appelé “un homme intelligent”. Qu’est-ce qu’il comprend ? Ilcomprend : “ceci est dukkha” ; ilcomprend “ceci est le point d’apparition de dukkha” ; il comprend : “ceci est la cessationde dukkha” ; il comprend : “ceciest le chemin conduisant à la cessation de dukkha”. De cette façon, ô frère, puisqu’il comprend,qu’il connaît, alors il est appelé “un homme intelligent”.

– On répète “la conscience, la conscience”. Pour quelle raison,ô frère, l’appelle-t-on “la conscience” ?

– Elle est appelée “la conscience”, ô frère, parce qu’ellereconnaît. Qu’est-ce qu’elle reconnaît ? Elle reconnaît la joie ;elle reconnaît le chagrin ; elle reconnaît ce qui n’est ni joie nichagrin. C’est pourquoi, ô frère, elle est appelée “laconscience”.

– Ô frère, la connaissance intuitive et la conscience sont-ellesdes états séparés ou associés ? Les ayant analysés profondément,est-il possible de démontrer une différence entre ces deuxétats ?

– La connaissance intuitive et la conscience, ô frère, ne sontpas des états séparés, mais associés. Les ayant analysésprofondément, il n’est pas possible de démontrer qu’elles sont desétats séparés. Ô frère, lorsqu’on connaît une chose, on lareconnaît Lorsqu’on reconnaît une chose, on la connaît. C’estpourquoi ces deux états ne sont pas des états séparés, maisassociés. Les ayant analysés profondément, il n’est pas possible dedémontrer qu’ils sont des états séparés.

– Quelle est alors, ô frère, la différence entre ces deux états,la connaissance intuitive et la conscience, qui ne sont pas desétats séparés, mais associés ?

– De ces deux états qui ne sont pas séparés, mais associés, laconnaissance intuitive doit être développée. Quant à la conscience,elle doit être comprise correctement. Telle est, ô frère, ladifférence entre ces deux états.

– On répète “la sensation, la sensation”. Pour quelle raison, ôfrère, l’appelle-t-on “la sensation” ?

– Elle est appelée “la sensation” parce qu’elle ressent.Qu’est-ce qu’elle ressent ? Elle ressent la joie. Elle ressent lechagrin. Elle ressent ce qui n’est ni joie ni chagrin. Ainsi, ôfrère, puisqu’elle ressent, elle est appelée “la sensation”.

– On répète “la perception, la perception”. Pour quelle raison,ô frère, l’appelle-t-on “la perception” ?

– Elle est appelée “la perception” parce qu’elle perçoit.Qu’est-ce qu’elle perçoit ? Elle perçoit [parexemple] ce qui est bleu profond. Elle perçoit ce qui estjaune. Elle perçoit ce qui est rouge. Elle perçoit ce qui estblanc. Ainsi, ô frère, puisqu’elle perçoit, elle est appelée “laperception”.

– Ô frère, ces trois états, la sensation, la perception et laconscience sont-ils des états séparés ou associés ? Les ayantanalysés profondément, est-il possible de démontrer une différenceentre ces trois états ?

– Ces trois choses, la sensation, la perception et laconscience, ô frère, ne sont pas des états séparés, mais associés.Les ayant analysés profondément, il n’est pas possible de démontrerune différence entre ces trois états. Ô frère, ce qu’on sent, on leperçoit, ce qu’on perçoit, on le connaît. Ainsi ces trois choses nesont pas des états séparés, mais associés. Les ayant analysésprofondément, il n’est pas possible de démontrer qu’ils sont desétats séparés.

– Ô frère, que peut-on connaître par la conscience mentaleséparée des cinq organes sensoriels ?

– Ô frère, s’étant concentré sur l’idée que “l’espace estinfini”, la Sphère de l’espace infini est connaissable par la pureconscience mentale séparée des cinq organes sensoriels. S’étantconcentré sur l’idée que “la conscience est infinie”, la Sphère dela conscience infinie est connaissable par la pure consciencementale séparée des cinq organes sensoriels. S’étant concentré surl’idée que “Il n’y a rien”, la Sphère du néant est connaissable parla pure conscience mentale séparée des cinq organes sensoriels.

– Par quel moyen, ô frère, peut-on savoir qu’un objet mental estconnaissable ?

– Ô frère, c’est par l’œil de la connaissance intuitive qu’onpeut savoir qu’un objet est un objet mental connaissable.

– Cependant, ô frère, quelle est l’utilité de la connaissanceintuitive ?

– La connaissance intuitive, ô frère, sert à atteindre lacompréhension spécifique, à la connaître correctement et à yrenoncer.

– Cependant, ô frère, combien y a-t-il de conditions nécessairespour produire une vue juste ?

– Il y a deux conditions, ô frère, pour produire la vue juste :la prononciation [d’une parole doctrinale]par quelqu’un et le fait de réfléchir avec une bonne attention[sur le sujet doctrinal dont on vient d’entendreparler]. Telles sont, ô frère, deux conditions nécessairespour produire une vue juste.

– La vue juste ayant progressé, ô frère, par combien de facteurssont produits le fruit de la libération de la pensée, le fruit dela libération de la pensée par la haute sagesse et l’avantage dufruit de la libération de la pensée par la haute sagesse ?

– Ayant progressé par cinq facteurs, ô frère, la vue justeproduit le fruit de la libération de la pensée, le fruit de lalibération de la pensée par la haute sagesse et l’avantage du fruitde la libération de la pensée par la haute sagesse. Dans ce cas, ôfrère, la vue juste progresse par la conduite morale, aussi parl’audition, aussi par la discussion, aussi par la concentrationmentale, aussi par la vision analytique. De cette façon, ô frère,ayant progressé par ces cinq facteurs, la vue juste produit lefruit de la libération de la pensée, le fruit de la libération dela pensée par la haute sagesse et l’avantage du fruit de lalibération de la pensée par la haute sagesse.

– Combien y a-t-il de domaines d’existence, ô frère ?

– Il existe, ô frère, trois domaines d’existence : le domaine dela concupiscence, le domaine des formes matérielles subtiles et ledomaine sans formes matérielles.

– Comment, ô frère, le renouvellement de la naissance seproduit-il ?

– Pour les êtres qui sont entravés par l’ignorance, qui sontliés à la ‘soif’ et qui trouvent une nouvelle jouissance tantôtici, tantôt là, se produit un renouvellement de la naissance.

– Cependant, ô frère, comment la cessation du renouvellement dela naissance se produit-elle ?

– Par la disparition de l’ignorance, par l’apparition du savoir,par l’élimination de la ‘soif’, se produit la cessation durenouvellement de la naissance.

– Quel est, ô frère, le premier jhāna ?

– Quant à cela, ô frère, un bhikkhu, s’étant séparé des désirssensuels, s’étant séparé des mauvaises pensées, entre dans lepremier jhāna pourvu deraisonnement et réflexion qui est joie et bonheur nés de laséparation [des choses mauvaises], et il ydemeure. Cela est appelé, ô frère, le premier jhāna.

– Combien de facteurs, ô frère, y a-t-il dans le premierjhāna ?

– Le premier jhāna, ô frère, acinq facteurs : chez un bhikkhu qui atteint le premier jhāna, il existe le raisonnement, laréflexion, la joie, le bonheur et la concentration de la pensée. Decette façon, ô frère, le premier jhāna a cinq facteurs.

– En ce qui concerne le premier jhāna, ô frère, combien y a-t-il de choses abandonnées etcombien de choses possédées ?

– En ce qui concerne le premier jhāna, ô frère, il y a cinq choses abandonnées, et cinqchoses possédées. Lorsqu’un bhikkhu est entré dans le premierjhāna, le désir des plaisirssensuels est abandonné, la malveillance est abandonnée, la paresseet la torpeur sont abandonnées, l’agitation et le regret sontabandonnés, les doutes sont abandonnés. En revanche, il y a cinqchoses possédées par ce bhikkhu qui est entré dans le premierjhāna : le raisonnement, laréflexion, la joie, le bonheur et la concentration mentale. Decette façon, ô frère, en ce qui concerne le premier jhāna, cinq choses sont abandonnées et cinqchoses sont possédées.

– Les cinq organes sensoriels, c’est-à-dire, l’œil, l’oreille,le nez, la langue et le corps, ont des champs différents, ont despâturages différents, et ces organes sensoriels n’interviennent pasdans les pâturages ou les champs les uns des autres. Ces organessensoriels ne réagissent pas aux pâturages ou aux champs les unsdes autres. Ô frère, quel est le refuge, quel est l’entrepôt, deces cinq organes sensoriels qui n’interviennent pas dans lespâturages ou les champs les uns des autres ?

– Les cinq organes sensoriels, c’est-à-dire, l’œil, l’oreille,le nez, la langue et le corps, ont des champs différents, ont despâturages différents, et ces organes sensoriels n’interviennent pasdans les pâturages ou les champs les uns des autres. Ces organessensoriels ne réagissent pas aux pâturages ou aux champs les unsdes autres. Le mental est le refuge, le mental est l’entrepôt deces cinq organes sensoriels qui n’interviennent pas dans lespâturages ou les champs les uns des autres, qui ne réagissent pasaux pâturages ou aux champs les uns des autres.

– Les cinq organes sensoriels, c’est-à-dire, l’œil, l’oreille,le nez, la langue et le corps, ont des champs différents, ont despâturages différents, et ces organes sensoriels n’interviennent pasdans les pâturages ou les champs les uns des autres. Ces organessensoriels ne réagissent pas aux pâturages ou aux champs les unsdes autres. Ô frère, de quoi ces cinq organes sensorielsdépendent-ils ?

– Ces cinq organes sensoriels, ô frère, dépendent du cours de lavie.

– Cependant, ô frère, de quoi le cours de la vie dépend-il ?

– Le cours de la vie, ô frère, dépend de la chaleur ducorps.

– Cependant, ô frère, de quoi la chaleur du corpsdépend-elle ?

– La chaleur du corps, ô frère, dépend du cours de la vie.

– Ainsi nous avons entendu la parole de l’Āyasamanta Sāriputtaqui disait : “le cours de la vie dépend de la chaleur du corps.”Nous avons également entendu sa parole qui disait : “la chaleur ducorps dépend du cours de la vie.” Il faut donner, ô frère, le sensprécis de ces paroles !

– Eh bien, ô frère, je vous présenterai une parabole, car parune parabole aussi des personnes intelligentes sont capables decomprendre le sens d’une parole. Lorsqu’une lampe à huile estallumée, la lumière se voit à cause de la flamme et également laflamme se voit à cause de la lumière. De même, ô frère, le cours dela vie dépend de la chaleur et la chaleur du corps dépend du coursde la vie.

– Alors, ô frère, est-ce que les conditions du cours de la viesont des états perceptibles par la sensation ou bien les conditionsdu cours de la vie, d’une part, et les états perceptibles par lasensation, d’autre part, constituent-ils deux cas différents ?

– Les conditions du cours de la vie, ô frère, ne sont pasessentiellement des choses perceptibles par la sensation. Si cesconditions du cours de la vie étaient essentiellement des chosesperceptibles par la sensation, il n’y aurait pas de réveil pour lebhikkhu qui est entré dans la haute concentration mentale où dessensations et des perceptions ont cessé d’exister. Ainsi, ô frère,les conditions du cours de la vie et les choses perceptibles par lasensation constituent deux cas différents.

– En ce qui concerne ce corps, ô frère, par l’abandon de combiende choses, ce corps tombe-t-il de tout son long comme un tronc debois insensible ?

– En ce qui concerne ce corps, ô frère, lorsqu’il y a un abandonde trois choses, c’est-à-dire, le cours de la vie, la chaleur ducorps et la conscience, alors ce corps tombe de tout son long commeun tronc de bois insensible.

– Quelle est la différence, ô frère, entre le corps mort quis’est éteint et le bhikkhu qui est dans “la haute concentrationmentale où des sensations et des perceptions ont cesséd’exister” ?

– Ô frère, les activités corporelles du corps mort se sontarrêtées et elles se sont calmées. Les activités vocales du corpsmort se sont arrêtées et elles se sont calmées. Les activitésmentales du corps mort se sont arrêtées et elles se sont calmées.Le cours de la vie est complètement épuisé, la chaleur du corps estapaisée, les organes sensoriels sont complètement détruits.Cependant, chez le bhikkhu qui est entré dans la concentrationmentale dite “la cessation des sensations et des perceptions”, bienque les activités corporelles se soient arrêtées, se soientcalmées, bien que les activités vocales se soient arrêtées, sesoient calmées, bien que les activités mentales se soient arrêtées,se soient calmées, le cours de la vie n’est pas entièrement épuisé,la chaleur du corps n’est pas apaisée, les organes sensoriels nesont pas détruits, mais ils sont bien purifiés. Telle est, ôfrères, la différence entre le corps mort qui s’est éteint et lebhikkhu qui est entré dans “la haute concentration mentale où dessensations et des perceptions ont cessé d’exister”.

– Combien y a-t-il de conditions, ô frère, pour atteindre lalibération de la pensée où il n’y a ni joie ni chagrin ?

– Il y a quatre conditions, ô frère, pour atteindre lalibération de la pensée où il n’y a ni joie ni chagrin. S’étantdébarrassé du bonheur et s’étant débarrassé de la peine, ayanteffacé la gaieté et la tristesse antérieures, un bhikkhu entre etdemeure dans le quatrième jhāna oùne sont ni plaisir ni douleur, mais qui est pureté parfaited’attention et d’indifférence. Telles sont, ô frère, les quatreconditions pour atteindre la libération de la pensée où il n’y a nijoie ni chagrin.

– Combien y a-t-il de conditions, ô frère, pour atteindre lalibération de la pensée dépourvue de tout signe indicatif ?

– Il y a deux conditions, ô frère, pour atteindre la libérationde la pensée dépourvue de tout signe indicatif : d’une part,n’attacher nulle attention à aucun signe indicatif et, d’autrepart, porter toute attention sur l’élément sans signe indicatif.Telles sont, ô frère, les deux conditions pour atteindre lalibération de la pensée dépourvue de tout signe indicatif.

– Combien y a-t-il de conditions, ô frère, pour maintenir lacontinuité de la libération de la pensée dépourvue de tout signeindicatif ?

– Il y a trois conditions, ô frère, : n’attacher nulle attentionà aucun signe indicatif, attacher toute attention à l’élément sanssigne indicatif et avoir la détermination préalable [en ce qui concerne la durée]. Telles sont, ô frère,les trois conditions pour maintenir la continuité de la libérationde la pensée dépourvue de tout signe indicatif.

– Combien y a-t-il de conditions, ô frère, pour sortir de lalibération de la pensée dépourvue de tout signe indicatif ?

– Il y a deux conditions, ô frère, pour sortir de la libérationde la pensée dépourvue de tout signe indicatif : d’une part, porterl’attention sur tous les signes indicatifs et, d’autre part, ne pasporter l’attention sur l’élément sans signe indicatif. Telles sont,ô frère, les deux conditions pour sortir de la libération de lapensée dépourvue de tout signe indicatif.

– Il existe, ô frère, une libération de la pensée dite “nonmesurable”, une libération de la pensée dite “néant”, unelibération de la pensée dite “vide” et une libération de la penséedite “sans signes indicatifs”. Ô frère, ces libérations sont-ellesdes états différents en ce qui concerne leur signification et leurdésignation, ou bien sont-elles identiques en ce qui concerne leursignification, avec seulement une désignation différente ?

– Ô frère, en ce qui concerne la libération de la pensée dite“non mesurable”, la libération de la pensée dite “néant”, lalibération de la pensée dite “vide” et la libération de la penséedite “sans signes indicatifs”, il y a une méthode selon laquelleces états ont des significations différentes et des désignationsdifférentes. Également, ô frère, il y a une méthode selon laquelleces états ont des significations identiques, mais seulement desdésignations différentes.

– Quelle est la méthode, ô frère, selon laquelle ces états ontdes significations différentes et des désignationsdifférentes ?

– Dans ce cas, ô frère, un bhikkhu demeure en faisant rayonnerla pensée de bienveillance dans une direction (de l’univers), et demême dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrième,au-dessus, au-dessous, au travers en faisant rayonner la pensée debienveillance, large, profonde, sans limite, sans haine et libéréed’inimitié. Également, il demeure en faisant rayonner la pensée decompassion […] Également il demeure enfaisant rayonner la pensée de sympathie joyeuse […].

Également, il demeure en faisant rayonner la pensée d’équanimitédans une direction (de l’univers), et de même dans une deuxième,dans une troisième, dans une quatrième, au-dessus, au-dessous, autravers en faisant rayonner la pensée de bienveillance, large,profonde, sans limite, sans haine et libérée d’inimitié. Demeurerainsi [dans ces quatre états nonmesurables] est appelé la libération de la pensée dite “nonmesurable”.

– Quelle est, ô frère, la libération de la pensée dite“néant” ?

– Pour cela, ô frère, un bhikkhu, en dépassant “la Sphère de laconscience infinie”, en se concentrant sur l’idée qu’il n’y a rien,entre et demeure dans “la Sphère du néant”. Cela est appelé, ôfrère, la libération de la pensée dite “néant”.

– Quelle est, ô frère, la libération de la pensée dite“vide” ?

– Pour cela, ô frère, un bhikkhu qui est allé dans la forêt ouau pied d’un arbre, ou dans un endroit isolé, réfléchit ainsi :“Ceci est vide d’un Soi, ceci est vide d’une appartenance à un Soiquelconque.” Cela est appelé, ô frère, la libération de la penséedite “vide”.

– Quelle est, ô frère, la libération de la pensée dite “sanssignes indicatifs” ?

– Pour cela, ô frère, un bhikkhu, n’attachant nulle attention àaucun signe indicatif, ne se concentrant sur aucun signe indicatif,entre et demeure dans la concentration de la pensée où ne se trouveaucun signe indicatif. Cela est appelé, ô frère, la libération dela pensée dite “sans signes indicatifs”. Telle est la méthode selonlaquelle ces états mentaux ont des significations différentes etdes désignations différentes.

– Cependant, ô frère, quelle est la méthode selon laquelle cesétats mentaux ont des significations identiques et des désignationsdifférentes ?

– Ô frère, le désir produit la limite, la haine produit lalimite, l’illusion produit la limite. Pour un bhikkhu qui a éliminéles écoulements mentaux toxiques, les éléments produisant la limitesont des choses écartées, tranchées à la racine, rendues pareillesà la souche d’un palmier qui ne saurait revenir à la vie. À cepoint, ô frère, la libération de la pensée de ce bhikkhu est sanslimite. Cette libération de la pensée non mesurable est déclaréecomme le point final. Une telle libération de la pensée sans limiteest vide de désir, elle est vide de haine, elle est vided’illusion.

Le désir, ô frère, est une chose obstructive, la haine est unechose obstructive, l’illusion est une chose obstructive. Pour unbhikkhu qui a éliminé les écoulements mentaux toxiques, les chosesobstructives sont des choses écartées, tranchées à la racine,rendues pareilles à la souche d’un palmier qui ne saurait revenir àla vie. À ce point, ô frère, la libération de la pensée de cebhikkhu est appelée “néant”. Cette libération de la pensée ditenéant est déclarée comme le point final. Une telle libération de lapensée dite néant est vide de désir, elle est vide de haine, elleest vide d’illusion.

Le désir, ô frère, produit des signes indicatifs, la haineproduit des signes indicatifs, l’illusion produit des signesindicatifs. Pour un bhikkhu qui a éliminé les écoulements mentauxtoxiques, les signes indicatifs sont des choses écartées, tranchéesà la racine, rendues pareilles à la souche de palmier qui nesaurait revenir à la vie. À ce point, ô frère, la libération de lapensée de ce bhikkhu est appelée “sans signes indicatifs”. Cettelibération de la pensée sans signes indicatifs est déclarée commele point final. Une telle libération de la pensée dite néant estvide de désir, elle est vide de haine, elle est vide d’illusion.Telle est, ô frère, la méthode selon laquelle ces états mentaux ontdes significations identiques et des désignations différentes.

Ainsi parla l’Āyasamanta Sāriputta. L’Āyasamanta Mahā-Koṭṭhita,heureux, se réjouit des paroles de l’Āyasamanta Sāriputta.

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