Ainsi ai-je entendu : une fois, leBienheureux séjournait dans la bourgade nommée Āpaṇa située dans lepays des Aṅguttarāpas.
En ce temps-là, un jour, le Bienheureux s’étant habillé de bonmatin prit son cīvara et son bol àaumône, avant midi, et alla à Āpaṇa pour recevoir sa nourriture.Après avoir terminé sa tournée d’aumônes, après avoir fini lerepas, il entra dans un bosquet afin d’y passer l’après-midi. Étantentré dans ce bosquet, il s’assit au pied d’un arbre.
À ce moment-là, le chef de famille Pōtaliya, tout en étant bienhabillé, portant des sandales et un parasol était en train de sepromener ici et là, il s’approcha de l’endroit où se trouvait cebosquet et finalement il arriva au lieu où le Bienheureux étaitassis. S’étant approché, il échangea avec le Bienheureux descompliments de politesse et des paroles de courtoisie, puis restadebout à l’écart sur un côté. Alors que le chef de famille Pōtaliyaétait resté debout, le Bienheureux lui dit : « Ô chef de famille,il y a des sièges. Si vous voulez, asseyez-vous. » Cela étant dit,le chef de famille Pōtaliya fut en colère, mécontent il resta sansrien dire, mais en se disant : « Le Samana Gōtama m’appelle “chefde famille” ».
Pour la deuxième fois, le Bienheureux lui dit : « Ô chef defamille, il y a des sièges. Si vous voulez, asseyez-vous. » Pour ladeuxième fois, le chef de famille Pōtaliya fut en colère, mécontentil resta sans rien dire, mais se disant : « Le Samana Gōtamam’appelle “chef de famille” ».
Pour la troisième fois, le Bienheureux lui dit : « Ô chef defamille, il y a des sièges. Si vous voulez, asseyez-vous. » Celaétant dit, le chef de famille Pōtaliya fut en colère, mécontent ense disant : « Le Samana Gōtama m’appelle “chef de famille”, etcette fois il dit au Bienheureux : « Ce n’est pas correct niconvenable que l’honorable Gōtama m’appelle “chef defamille” ».
Le Bienheureux dit : « Cependant, ô chef de famille, vous aveztoutes les caractéristiques d’un chef de famille et toutes lesapparences d’un chef de famille. »
– Moi, ô honorable Gōtama, j’ai déjà renoncé à toutes mesaffaires et j’ai éliminé complètement toutes mes transactions.
– De quelle façon, ô chef de famille, avez-vous renoncé à toutesvos affaires et avez-vous éliminé toutes vos transactions ?
– Toute ma richesse, c’est-à-dire, des biens, des céréales et del’or et de l’argent, toute cette richesse en tant que mon héritage,je l’ai conféré à mes fils. Sans faire aucune ingérence etadmonition de ma part sur mes fils, je vis tout simplement avec mesvêtements et ma nourriture. C’est de cette façon, ô honorableGōtama, que j’ai déjà renoncé à toutes mes affaires et j’ai éliminécomplètement toutes mes transactions.
– Ô chef de famille, ce que vous dites sur l’éliminationcomplète de toutes les transactions, est une chose. Cependant,l’élimination complète de toutes les transactions selon ladiscipline noble est une autre chose.
– En quoi, Vénéré, l’élimination complète de toutes lestransactions, selon la discipline noble, est-elle une autre chose ?Vénéré, ce serait bien si le Bienheureux m’expliquait quelle estcette élimination complète de toutes les transactions selon ladiscipline noble.
– Alors, ô chef de famille, écoutez. Fixez bien votre attention.Je vais vous en parler.
« Oui, Vénéré », répondit le chef de famille Pōtaliya auBienheureux.
Le Bienheureux dit : « Dans la discipline noble, ô chef defamille, il existe huit choses qui mènent à l’élimination complètede toutes les transactions : pour rester sans tuer des êtresvivants, il faut abandonner l’acte de tuer des êtres vivants ; pourrester sans prendre des choses qui n’ont pas été données, il fautabandonner l’acte de prendre des choses qui n’ont pas été données ;pour proférer des paroles vraies, il faut abandonner l’acte deproférer des mensonges ; pour proférer des parolesnon-calomnieuses, il faut abandonner l’acte de proférer des parolescalomnieuses ; pour rester sans convoitise avide, il fautabandonner la convoitise avide ; pour proférer des parolesnon-insultantes, il faut abandonner les paroles insultantes ; pourrester sans colère, il faut abandonner la colère ; pour rester sansorgueil, il faut abandonner l’orgueil. Telles sont, ô chef defamille, les huit choses qui mènent à l’élimination complète detoutes les transactions dans la discipline noble.
– Vénéré, ces huit choses qui mènent à l’élimination complète detoutes les transactions, dans la discipline noble, ont été dites enbref, par le Bienheureux, sans les expliquer en détails. Ce seraitbien si le Bienheureux m’expliquait en détails ces huit choses quimènent à l’élimination complète de toutes les transactions dans ladiscipline noble.
– Alors, ô chef de famille, écoutez. Fixez bien votre attention.Je vais vous en parler.
« Oui, Vénéré », répondit le chef de famille Pōtaliya auBienheureux.
Le Bienheureux dit : « Je dis : “Pour rester sans tuer des êtresvivants, il faut abandonner l’acte de tuer des êtres vivants”.Pourquoi je dis cela ? Je dis cela pour les raisons suivantes :dans ce cas, ô chef de famille, le disciple noble considère ainsi :“Je suis quelqu’un qui suit la méthode d’entraînement afin dedétruire les liens, afin d’éliminer les liens à cause desquels ondevient un tueur d’êtres vivants. Si je deviens un tueur d’êtresvivants, je me reproche à moi-même de tuer des êtres vivants, lesgens intelligents, après avoir examiné les faits, me condamnerontaussi, pour avoir tué des êtres vivants. Après la mort, après ladislocation du corps, je tomberai dans les destinations mauvaises,pour avoir tué des êtres vivants. Sûrement, le fait de tuer desêtres vivants est un lien, sûrement le fait de tuer des êtresvivants est un obstacle. Cependant, pour celui qui s’abstient detuer des êtres vivants, n’existent pas les écoulements mentauxtoxiques et les fièvres destructrices qui se produisent pour avoirtué des êtres vivants.” C’est pour ces raisons, ô chef de famille,que j’ai dit : “Pour rester sans tuer des êtres vivants, il fautabandonner l’acte de tuer des êtres vivants”.
Je dis : “Pour rester sans prendre les choses qui n’ont pas étédonnées, il faut abandonner l’acte de prendre les choses qui n’ontpas été données”. Pourquoi je dis cela ? Je dis cela pour lesraisons suivantes ; dans ce cas, ô chef de famille, le disciplenoble considère ainsi : “Je suis quelqu’un qui suit la méthoded’entraînement afin de détruire les liens, afin d’éliminer lesliens à cause desquels on devient quelqu’un qui prend les chosesqui n’ont pas été données. Si je deviens quelqu’un qui prend leschoses qui n’ont pas été données, je me reproche à moi-même deprendre les choses qui n’ont pas été données, les gensintelligents, après avoir examiné les faits, me condamneront aussi,pour avoir pris les choses qui n’ont pas été données. Après lamort, après la dislocation du corps, je tomberai dans lesdestinations mauvaises, pour avoir pris les choses qui n’ont pasété données. Sûrement, le fait de prendre les choses qui n’ont pasété données est un lien. Sûrement le fait de prendre les choses quin’ont pas été données est un obstacle. Cependant, pour celui quis’abstient de prendre les choses qui n’ont pas été données,n’existent pas les écoulements mentaux toxiques et les fièvresdestructrices qui se produisent pour avoir pris les choses quin’ont pas été données.” C’est pour ces raisons, ô chef de famille,que j’ai dit : “Pour rester sans prendre les choses qui n’ont pasété données, il faut abandonner l’acte de prendre les choses quin’ont pas été données”.
Je dis : “Pour proférer des paroles vraies, il faut abandonnerl’acte de proférer des mensonges”. Pourquoi je dis cela ? Je discela pour les raisons suivantes : dans ce cas, ô chef de famille,le disciple noble considère ainsi : “Je suis quelqu’un qui suit laméthode d’entraînement afin de détruire les liens, afin d’éliminerles liens à cause desquels on devient quelqu’un qui profère desmensonges. Si je deviens quelqu’un qui profère des mensonges, je mereproche à moi-même de proférer des mensonges, les gensintelligents, après avoir examiné les faits, me condamneront aussi,pour avoir proféré des mensonges. Après la mort, après ladislocation du corps, je tomberai dans les destinations mauvaises,pour avoir proféré des mensonges. Sûrement, le fait de proférer desmensonges est un lien, sûrement le fait de proférer des mensongesest un obstacle. Cependant, pour celui qui s’abstient de proférerdes mensonges, n’existent pas les écoulements mentaux toxiques etles fièvres destructrices qui se produisent pour avoir proféré desmensonges.” C’est pour ces raisons, ô chef de famille, que j’aidit : “Pour proférer des paroles vraies, il faut abandonner l’actede proférer des mensonges”.
Je dis : “Pour proférer des paroles non-calomnieuses, il fautabandonner l’acte de proférer des paroles calomnieuses”. Pourquoije dis cela ? Je dis cela pour les raisons suivantes : dans ce cas,ô chef de famille, le disciple noble considère ainsi : “Je suisquelqu’un qui suit la méthode d’entraînement afin de détruire lesliens, afin d’éliminer les liens à cause desquels on devientquelqu’un qui profère des paroles calomnieuses. Si je deviensquelqu’un qui profère des paroles calomnieuses, je me reproche àmoi-même de proférer des paroles calomnieuses, les gensintelligents, après avoir examiné les faits, me condamneront aussi,pour avoir proféré des paroles calomnieuses. Après la mort, aprèsla dislocation du corps, je tomberai dans les destinationsmauvaises, pour avoir proféré des paroles calomnieuses. Sûrement,le fait de proférer des paroles calomnieuses est un lien, sûrementle fait de proférer des paroles calomnieuses est un obstacle.Cependant, pour celui qui s’abstient de proférer des parolescalomnieuses, n’existent pas les écoulements mentaux toxiques etles fièvres destructrices qui se produisent pour avoir proféré desparoles calomnieuses.” C’est pour ces raisons, ô chef de famille,que j’ai dit : “Pour proférer des paroles non-calomnieuses, il fautabandonner l’acte de proférer des paroles calomnieuses”.
Je dis : “Pour rester sans convoitise avide, il faut abandonnerla convoitise avide”. Pourquoi je dis cela ? Je dis cela pour lesraisons suivantes : dans ce cas, ô chef de famille, le disciplenoble considère ainsi : “Je suis quelqu’un qui suit la méthoded’entraînement afin de détruire les liens, afin d’éliminer lesliens à cause desquels on devient quelqu’un qui est pourvu deconvoitise avide. Si je deviens quelqu’un qui est pourvu deconvoitise avide, je me reproche à moi-même d’avoir de laconvoitise avide, les gens intelligents, après avoir examiné lesfaits, me condamneront aussi, pour avoir de la convoitise avide.Après la mort, après la dislocation du corps, je tomberai dans lesdestinations mauvaises, pour être pourvu de la convoitise avide.Sûrement, le fait d’avoir de la convoitise avide est un lien,sûrement le fait d’avoir de la convoitise avide est un obstacle.Cependant, pour celui qui s’abstient d’avoir de la convoitiseavide, n’existent pas les écoulements mentaux toxiques et lesfièvres destructrices qui se produisent à cause de la convoitiseavide.” C’est pour ces raisons, ô chef de famille, que j’ai dit :“Pour rester sans convoitise avide, il faut abandonner laconvoitise avide”.
Je dis : “Pour proférer des paroles non-insultantes, il fautabandonner les paroles insultantes”. Pourquoi je dis cela ? Je discela pour les raisons suivantes : dans ce cas, ô chef de famille,le disciple noble considère ainsi : Je suis quelqu’un qui suit laméthode d’entraînement afin de détruire les liens, afin d’éliminerles liens à cause desquels on devient quelqu’un qui profère desparoles insultantes. Si je deviens quelqu’un qui profère desparoles insultantes, je me reproche à moi-même de proférer desparoles insultantes, les gens intelligents, après avoir examiné lesfaits, me condamneront aussi, pour avoir proféré des parolesinsultantes. Après la mort, après la dislocation du corps, jetomberai dans les destinations mauvaises, pour avoir proféré desparoles insultantes. Sûrement, le fait de proférer des parolesinsultantes est un lien, sûrement le fait de proférer des parolesinsultantes est un obstacle. Cependant, pour celui qui s’abstientde proférer des paroles insultantes, n’existent pas les écoulementsmentaux toxiques et les fièvres destructrices qui se produisentpour avoir proféré des paroles insultantes.” C’est pour cesraisons, ô chef de famille, que j’ai dit : “Pour proférer desparoles non-insultantes, il faut abandonner l’acte de proférer desparoles insultantes”.
Je dis : “Pour rester sans colère, il faut abandonner lacolère”. Pourquoi je dis cela ? Je dis cela pour les raisonssuivantes : dans ce cas, ô chef de famille, le disciple nobleconsidère ainsi : “Je suis quelqu’un qui suit la méthoded’entraînement afin de détruire les liens, afin d’éliminer lesliens à cause desquels on devient quelqu’un qui est pourvu de lacolère. Si je deviens quelqu’un qui est pourvu de la colère, je mereproche à moi-même d’être pourvu de la colère, les gensintelligents, après avoir examiné les faits, me condamneront aussi,pour être pourvu de la colère. Après la mort, après la dislocationdu corps, je tomberai dans les destinations mauvaises, pour êtrepourvu de la colère. Sûrement, le fait d’avoir la colère est unlien, sûrement le fait d’avoir la colère est un obstacle.Cependant, pour celui qui s’abstient de la colère, n’existent pasles écoulements mentaux toxiques et les fièvres destructrices quise produisent à cause de la colère.” C’est pour ces raisons, ô chefde famille, que j’ai dit : “Pour rester sans colère, il fautabandonner la colère”.
Je dis : “Pour rester humble, il faut abandonner l’orgueil”.Pourquoi je dis cela ? Je dis cela pour les raisons suivantes :dans ce cas, ô chef de famille, le disciple noble considère ainsi :Je suis quelqu’un qui suit la méthode d’entraînement afin dedétruire les liens, afin d’éliminer les liens à cause desquels ondevient quelqu’un qui est pourvu de l’orgueil. Si je deviensquelqu’un qui est pourvu de l’orgueil, je me reproche à moi-mêmed’être pourvu de l’orgueil ; les gens intelligents, après avoirexaminé les faits, me condamneront aussi, pour être pourvu del’orgueil. Après la mort, après la dislocation du corps, jetomberai dans les destinations mauvaises, pour être pourvu del’orgueil. Sûrement, le fait d’être pourvu de l’orgueil est unlien, sûrement le fait d’être pourvu de l’orgueil est un obstacle.Cependant, pour celui qui s’abstient de l’orgueil, n’existent pasles écoulements mentaux toxiques et les fièvres destructrices quise produisent à cause de l’orgueil.” C’est pour ces raisons, ô chefde famille, que j’ai dit : “Pour rester humble, il faut abandonnerl’orgueil”.
Telles sont, ô chef de famille, les huit choses qui mènent àl’élimination totale de toutes les transactions, dans la disciplinenoble, qui ont été déjà présentées en bref et qui sont présentéesici en détails. Or, pour autant, du point de vue de la disciplinenoble, l’élimination complète de toutes les transactions, n’est pasachevée complètement, à tous les niveaux, et partout.
– Cependant, Vénéré, comment l’élimination totale de toutes lestransactions peut-elle être achevée complètement, à tous lesniveaux, et pour toujours, du point de vue de la discipline noble ?Ce serait bien si le Bienheureux m’expliquait comment l’éliminationcomplète de toutes les transactions peut être achevée complètement,à tous les niveaux, et pour toujours, du point de vue de ladiscipline noble.
– Alors, ô chef de famille, écoutez. Fixez bien votre attention.Je vais vous en parler.
« Oui, Vénéré », répondit le chef de famille Pōtaliya auBienheureux.
Le Bienheureux dit : Supposons, ô chef de famille qu’il y ait unchien, éprouvant fatigue et faiblesse à cause de la faim, quiattende devant la boucherie. Le boucher expérimenté ou l’apprentiboucher coupe une carcasse bien grattée et donc sans chair, maisseulement tachée de sang, et il la jette devant le chien. Qu’enpensez-vous, ô chef de famille ? Ce chien peut-il satisfaire safaim et sa fatigue en tenaillant la carcasse bien grattée et doncsans chair, mais seulement tachée de sang ?
– Non, Vénéré. Pourquoi ? Parce que, Vénéré, cette carcasse estbien grattée et donc sans chair, mais seulement tachée de sang. Engrattant le chien aura faim et fatigue encore davantage.
– De même, ô chef de famille, le disciple noble réfléchit : “LeBienheureux a comparé les plaisirs sensuels à une carcasse. Eneffet, ces plaisirs sensuels donnent beaucoup de peines, beaucoupde turbulences. Dans les plaisirs sensuels les désavantages sontnombreux.” De cette façon, le disciple noble voit ces plaisirssensuels tels qu’ils sont, avec la sagesse correcte. Ainsi il évitel’équanimité diversifiée, fondée sur la diversité, mais ildéveloppe l’équanimité unifiée, fondée sur l’unicité dans laquelletoutes les appropriations aux choses matérielles du monde ont cesséd’exister sans résidus.
Supposons, ô chef de famille, qu’un vautour ou un corbeau ou unfaucon saisisse un morceau de viande et s’envole. Alors, les autresvautours, corbeaux ou faucons, s’envolent et l’attaquent et legriffent. Qu’en pensez-vous, ô chef de famille ? Si ce vautour ouce corbeau ou ce faucon, ne laisse pas tomber rapidement ce morceaude viande, ne subira-t-il pas la mort ou bien une souffrancemortelle à cause de ce morceau de viande ?
– Si, Vénéré.
– De même, ô chef de famille, le disciple noble réfléchit : “LeBienheureux a comparé les plaisirs sensuels à un morceau de viandequi donne beaucoup de peines, beaucoup de turbulences. En effet,les plaisirs sensuels donnent beaucoup de peines, beaucoup deturbulences. Dans les plaisirs sensuels les désavantages sontnombreux.” De cette façon, le disciple noble voit ces plaisirssensuels tels qu’ils sont, avec la sagesse correcte. Ainsi il évitel’équanimité diversifiée, fondée sur la diversité, mais ildéveloppe l’équanimité unifiée, fondée sur l’unicité dans laquelletoutes les appropriations aux choses matérielles du monde ont cesséd’exister sans résidus.
Supposons, ô chef de famille, qu’un homme portant un flambeau depaille, parte contre le vent. Qu’en pensez-vous, ô chef defamille ? Si cet homme ne laisse pas tomber rapidement ce flambeaude paille, celui-ci ne brûlera-t-il pas sa main ou son bras ou uneautre partie de son corps à tel point que la mort ou bien unedouleur mortelle lui arrive ?
– Si, Vénéré.
– De même, ô chef de famille, le disciple noble réfléchit : “LeBienheureux a comparé les plaisirs sensuels à un flambeau depaille. En effet, ces plaisirs sensuels donnent beaucoup de peines,beaucoup de turbulences. Dans les plaisirs sensuels lesdésavantages sont nombreux.” De cette façon, le disciple noble voitces plaisirs sensuels tels qu’ils sont, avec la sagesse correcte.Ainsi il évite l’équanimité diversifiée, fondée sur la diversité,mais il développe l’équanimité unifiée, fondée sur l’unicité danslaquelle toutes les appropriations aux choses matérielles du mondeont cessé d’exister sans résidus.
Supposons, ô chef de famille, qu’il y ait un puits plein decharbon qui ait la profondeur de la taille d’un homme, avec descharbons brûlants, mais sans flamme ni fumée. Un homme qui veutvivre, mais qui ne veut pas mourir, qui a besoin de plaisirs, maisqui ne veut pas de douleurs, y arrive. Or, deux hommes fortsattrapent cet homme par les bras et ils le traînent de force versce puits plein de charbon qui a la profondeur de la taille d’unhomme, avec des charbons brûlants, mais sans flamme ni fumée. Qu’enpensez-vous, ô chef de famille ? cet homme ne balance-t-il pas soncorps d’un côté à l’autre ?
– Si, Vénéré. Pourquoi cela ? Parce que, Vénéré, cet hommecomprend sûrement ceci : « Si je tombe dans ce puits de charbon, àcause de cela je trouverai la mort ou bien une douleurmortelle. »
– De même, ô chef de famille, le disciple noble réfléchit : “LeBienheureux a comparé les plaisirs sensuels à un puits de charbon.En effet, ces plaisirs sensuels donnent beaucoup de peines,beaucoup de turbulences. Dans les plaisirs sensuels lesdésavantages sont nombreux.” De cette façon, le disciple noble voitces plaisirs sensuels tels qu’ils sont, avec la sagesse correcte.Ainsi il évite l’équanimité diversifiée, fondée sur la diversité,mais il développe l’équanimité unifiée, fondée sur l’unicité danslaquelle toutes les appropriations aux choses matérielles du mondeont cessé d’exister sans résidus.
Supposons, ô chef de famille, qu’un homme rêve de parcsravissants, de bois ravissants, de paysages ravissants, d’étangs delotus ravissants. Mais en se réveillant, il ne voit plus rien. Demême, ô chef de famille, le disciple noble réfléchit : “LeBienheureux a comparé les plaisirs sensuels à un rêve. En effet,ces plaisirs sensuels donnent beaucoup de peines, beaucoup deturbulences. Dans les plaisirs sensuels les désavantages sontnombreux.” De cette façon, le disciple noble voit ces plaisirssensuels tels qu’ils sont, avec la sagesse correcte. Ainsi il évitel’équanimité diversifiée, fondée sur la diversité, mais ildéveloppe l’équanimité unifiée, fondée sur l’unicité dans laquelletoutes les appropriations aux choses matérielles du monde ont cesséd’exister sans résidus.
Supposons, ô chef de famille, qu’un homme emprunte des bienstels qu’un véhicule extravagant et de beaux bijoux et ornementspour les oreilles, puis il entre dans le marché de la ville.L’ayant vu, les gens diront : “Eh bien, ô honorables, voilà unhomme riche. Voilà comment les riches profitent de leurs biens.”Tandis que les véritables propriétaires le voient, et aussitôtrécupèrent leurs biens. Qu’en pensez-vous, ô chef de famille ? Celane suffit-il pas pour que cet homme soit déprimé ?
– Si, Vénéré. Pourquoi ? Parce que les véritables propriétairesrécupèrent leurs biens.
– De même, ô chef de famille, le disciple noble réfléchit : “LeBienheureux a comparé les plaisirs sensuels aux biens empruntés. Eneffet, ces plaisirs sensuels donnent beaucoup de peines, beaucoupde turbulences. Dans les plaisirs sensuels les désavantages sontnombreux.” De cette façon, le disciple noble voit ces plaisirssensuels tels qu’ils sont, avec la sagesse correcte. Ainsi il évitel’équanimité diversifiée, fondée sur la diversité, mais ildéveloppe l’équanimité unifiée, fondée sur l’unicité dans laquelletoutes les appropriations aux choses matérielles du monde ont cesséd’exister sans résidus.
Supposons, ô chef de famille, qu’il y ait un bosquet dense situédans un endroit non loin d’un village ou d’une ville, dans lequelse trouve un arbre plein de fruits, mais aucun de ces fruits n’esttombé par terre. Un homme qui a besoin de fruits, qui cherche desfruits, qui est parti pour chercher des fruits, y arrive et envoyant des fruits, entre dans ce bosquet et il y voit cet arbreplein de fruits. Il pense : “Cet arbre est plein de fruits, maisaucun de ces fruits n’est tombé par terre. Je sais comment monterdans un arbre fruitier. Que je monte dans cet arbre et mange desfruits autant que je veux et remplisse mon sac avec des fruits.” Ilmonte dans l’arbre. Un autre homme arrive et il pense : “Cet arbreest plein de fruits, mais aucun de ces fruits n’est tombé parterre. Je ne sais pas comment monter dans un arbre fruitier. Sibien que je vais abattre cet arbre à son pied et je mangerai desfruits autant que je veux et je remplirai mon sac avec des fruits.”Il le fait comme il pense. Qu’en pensez-vous, ô chef de famille ?Si le premier homme qui est sur l’arbre ne descend pas rapidement,lorsque l’arbre tombe, ne va-t-il pas se casser une main, ou unpied ou un autre membre du corps à tel point que la mort ou bienune douleur mortelle lui arrive ?
– Si, vénéré.
– De même, ô chef de famille, le disciple noble réfléchit : “LeBienheureux a comparé les plaisirs sensuels à un arbre fruitier. Eneffet, ces plaisirs sensuels donnent beaucoup de peines, beaucoupde turbulences. Dans les plaisirs sensuels les désavantages sontnombreux.” De cette façon, le disciple noble voit ces plaisirssensuels tels qu’ils sont, avec la sagesse correcte. Ainsi il évitel’équanimité diversifiée, fondée sur la diversité, mais ildéveloppe l’équanimité unifiée, fondée sur l’unicité dans laquelletoutes les appropriations aux choses matérielles du monde ont cesséd’exister sans résidus.
Alors, ô chef de famille, étant parvenu à l’attention pure del’équanimité incomparable, le disciple noble se rappelle sesdemeures antérieures, à savoir : une naissance, deux naissances,trois naissances, quatre naissances, cinq naissances, dixnaissances, vingt naissances, trente naissances, quarantenaissances, cinquante naissances, cent naissances, millenaissances, cent mille naissances [et il serappelle] diverses périodes d’intégration, diverses périodesde désintégration et il peut se rappeler ses propres demeuresantérieures avec leurs traits, avec le détail de faits de lamanière suivante : “En ce temps-là, j’avais tel nom, telle famille,telle caste, tel mode de nourriture, j’éprouvais tel plaisir ettelle souffrance, j’atteignis tel âge. Alors étant sorti de cetteexistence-là, j’accédai à cette autre. Là encore j’avais tel nom,telle famille, telle caste, tel mode de nourriture, j’éprouvais telplaisir et telle souffrance, j’atteignis tel âge. Alors étant sortide cette existence-là, j’accédai à cette autre, et ainsi de suite.”De cette façon, il se rappelle ses diverses demeuresantérieures.
Ensuite, ô chef de famille, étant parvenu à l’attention pure del’équanimité incomparable, le disciple noble, avec son œilsurhumain purifié qui dépasse la qualité humaine, il voit les êtresqui sortent d’ici et qui renaissent ailleurs, et il reconnaîtcomment les êtres sont bas ou élevés, beaux ou laids, heureux oumalheureux, d’après les actes qu’ils ont commis : “Ces honorablesêtres vivants ayant une mauvaise conduite par le corps, ayant unemauvaise conduite par la parole, ayant une mauvaise conduite par lapensée, ont insulté les êtres nobles, ont eu des opinions fausses,ont pratiqué des actes suivant ces opinions fausses et, parconséquent, après la dislocation du corps, après la mort, ils sontnés dans la déchéance, dans les destinations mauvaises, dans lesétats ruinés, dans l’état infernal. Cependant, ces honorables êtresayant une bonne conduite par le corps, ayant une bonne conduite parla parole, ayant une bonne conduite par la pensée, n’ont pasinsulté les êtres nobles, ont eu des opinions correctes, ontpratiqué des actes suivant ces opinions correctes et, parconséquent, après la dislocation du corps, après la mort, ils sontnés dans des destinations bonnes, dans des états célestes.” Decette façon, il reconnaît par l’œil surhumain purifié qui dépassela qualité humaine, comment les êtres sont bas ou élevés, beaux oulaids, heureux ou malheureux, d’après les actes qu’ils ontcommis.
Ensuite ô chef de famille, ce disciple noble étant parvenu àl’attention pure de l’équanimité incomparable, ayant atteint lalibération de la pensée et la libération par la haute sagesse, à lasuite de la destruction des écoulements mentaux toxiques et aumoyen de sa propre connaissance surhumaine, est en mesure, ici etmaintenant, d’entrer et de demeurer dans ces états mentaux.
À ce point, ô chef de famille, l’élimination complète de toutesles transactions, est achevée complètement, par tous les moyenspossibles, du point de vue de la discipline noble. Qu’enpensez-vous, ô chef de famille ? Ainsi l’élimination complète detoutes les transactions est achevée complètement, à tous lesniveaux, et pour toujours, du point de vue de la discipline noble ;est-ce que vous voyez que chez vous cette élimination totale detoutes les transactions est achevée complètement, à tous lesniveaux, et pour toujours, du point de vue de la disciplinenoble ?
– Vénéré, qui suis-je pour achever cette élimination complète detoutes les transactions, par tous les moyens possibles, du point devue de la discipline noble ! Moi, Vénéré, je suis très loin decette élimination complète de toutes les transactions, qui doitêtre achevée complètement, à tous les niveaux, et pour toujours, dupoint de vue de la discipline noble ! En outre, jusqu’à maintenant,nous avons pensé que les paribbājakas appartenant aux « gués »divers, étaient des ājānīyas, bien qu’ils ne soient pas en réalitédes ājānīyas. Nous leur avons offert de la nourriture dans lesplaces des ājānīyas en pensant qu’ils étaient des ājānīyas. Nousles avons placés dans les places des ājānīyas, bien qu’ils nesoient pas des ājānīyas. Cependant, bien que les bhikkhus soientdes ājānīyas, nous avons pensé qu’ils n’étaient pas des ājānīyas.Bien qu’ils soient des ājānīyas, nous leur avons offert de lanourriture conçue pour les non-ājānīyas. Bien qu’ils soient desājānīyas, nous leur avons donné des places conçues pour lesnon-ājānīyas. Cependant, dès maintenant, nous comprenons que lesparibbājakas appartenant aux « gués » divers, ne sont pas desājānīyas, puisqu’ils ne sont pas des ājānīyas. Nous leur offrironsla nourriture des non-ājānīyas, puisqu’ils ne sont pas desājānīyas. Nous les mettrons dans les places des non-ājānīyas,puisqu’ils ne sont pas des ājānīyas. Cependant, nous comprenons queles bhikkhus sont ājānīyas, parce qu’ils sont des ājānīyas. Nousleur offrirons la nourritures des ājānīyas, parce qu’ils sont desājānīyas. Nous les mettrons dans des places d’ājānīyas, parcequ’ils sont des ājānīyas. Vénéré, le Bienheureux a déclenché chezmoi l’admiration à l’égard des samanas, le contentement à l’égarddes samanas, le respect à l’égard des samanas.
C’est merveilleux, Vénéré. C’est merveilleux, Vénéré. Comme sil’on redressait ce qui a été renversé, comme si l’on montrait cequi a été caché, comme si l’on montrait le chemin à l’égaré oucomme si l’on apportait une lampe dans l’obscurité en pensant :“Que ceux qui ont des yeux voient les formes”, de même, leBienheureux a rendu claire la Doctrine de nombreuses façons. Alorsmoi, je prends refuge en le Bienheureux, en la Doctrine et en legroupe des bhikkhus. Que le Bienheureux m’accepte comme l’un desdisciples associés à partir d’aujourd’hui jusqu’à la fin de ma vie,moi qui ai pris refuge en lui. »
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