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Traductions [32]

Au prince Abhaya

Ainsi ai-je entendu. En une occasion,le Béni séjournait près de Rājagaha, dans la Forêt de bambous, làoù se nourrissent les écureuils.

Le prince Abhaya alla auprès du nigaṇṭha Nāṭaputta et, étant arrivé, s’étant prosternédevant lui, il s’assit sur un côté. Alors qu’il était assis là, lenigaṇṭha Nāṭaputta lui dit :« Allez, prince. Réfutez les paroles de Gotama le contemplatif, eton chantera votre renommée en ces termes : ‘Les paroles de Gotamale contemplatif – si fort, si puissant – ont été réfutées par leprince Abhaya !’ »

« Mais seigneur, comment puis-je réfuter les paroles de Gotamale contemplatif – si fort, si puissant ? »

« Allez, prince. Allez auprès de Gotama le contemplatif et,étant arrivé, dites ceci : ‘Seigneur, le Tathāgata prononcerait-il des paroles qui ne sont pasattachantes, et qui sont désagréables aux autres ?’ Si Gotama lecontemplatif, ainsi interrogé, répond : ‘Le Tathāgata prononcerait des paroles qui ne sontpas attachantes, et qui sont désagréables aux autres,’ alors vousdevriez dire : ‘Alors quelle différence y a-t-il entre vous,seigneur, et les gens ordinaires ? Car même les gens ordinairesprononcent des paroles qui ne sont pas attachantes, et qui sontdésagréables aux autres.’ Mais si Gotama le contemplatif, ainsiinterrogé, répond : ‘Le Tathāgatane prononcerait pas des paroles qui ne sont pas attachantes, et quisont désagréables aux autres,’ alors vous devriez dire : ‘Dans cecas, seigneur, comment avez-vous pu dire à propos de Devadatta:« Devadatta est voué à la privation, Devadatta est voué à l’enfer,Devadatta y restera pendant un éon, Devadatta est incurable » ? CarDevadatta a été en colère et mécontent à cause de vos paroles.’Lorsque vous poserez cette question à double détente à Gotama lecontemplatif, il sera incapable de l’avaler ou de la recracher.Tout comme si une châtaigne d’eau à double corne était coincée dansla gorge d’un homme, celui-ci serait incapable de l’avaler ou de larecracher ; de la même manière, lorsque vous poserez cette questionà double détente à Gotama le contemplatif, il sera incapable del’avaler ou de la recracher. »

Répondant : « Oui, seigneur, » au nigaṇṭha Nāṭaputta, le prince Abhaya se leva, fit unecircumambulation en le laissant sur la droite, et alla ensuiteauprès du Béni. Étant arrivé, s’étant prosterné devant le Béni, ils’assit sur un côté. Alors qu’il était assis là, il leva les yeuxen direction du soleil et pensa : « Aujourd’hui, ce n’est pas lebon jour pour réfuter les paroles du Béni. Demain, dans ma propremaison, je réfuterai les paroles du Béni. » Et donc il dit auBéni : « Seigneur, puisse le Béni, accompagné de trois autres[moines], consentir à ce que je lui offrele repas de demain. »

Le Béni accepta en demeurant silencieux.

Alors le prince Abhaya, comprenant que le Béni avait accepté, seleva, se prosterna devant le Béni, fit une circumambulation en lelaissant sur la droite, et partit. Plus tard, une fois la nuitpassée, tôt le matin, le Béni ajusta sa robe du bas et, prenant sonbol et sa robe extérieure, alla à la maison du prince Abhaya. Étantarrivé, il s’assit à un endroit qui avait été préparé. Le princeAbhaya, de sa propre main, servit et satisfit le Béni avec de lanourriture de base et complémentaire raffinée. Ensuite, lorsque leBéni eut fini de manger et eut rincé son bol et ses mains, leprince Abhaya s’assit plus bas sur un côté. Alors qu’il était assislà, il dit au Béni : « Seigneur, le Tathāgata prononcerait-il des paroles qui ne sont pasattachantes, et qui sont désagréables aux autres ? »

« Prince, on ne peut pas répondre de façon catégorique à cettequestion. »

« Alors dans ce cas, seigneur, les nigaṇṭhas sont détruits. »

« Mais prince, pourquoi dites-vous : ‘Alors dans ce cas,seigneur, les nigaṇṭhas sontdétruits’ ? »

« Juste hier, seigneur, je suis allé auprès du nigaṇṭha Nāṭaputta et… il m’a dit… ‘Prince.Allez auprès de Gotama le contemplatif et, étant arrivé, ditesceci : « Seigneur, le Tathāgataprononcerait-il des paroles qui ne sont pas attachantes, et quisont désagréables aux autres ? » … Tout comme si une châtaigned’eau à double corne était coincée dans la gorge d’un homme,celui-ci serait incapable de l’avaler ou de la recracher ; de lamême manière, lorsque vous poserez cette question à double détenteà Gotama le contemplatif, il sera incapable de l’avaler ou de larecracher.’ »

Il se trouve qu’à ce moment-là, un bébé de sexe masculin étaitcouché sur le dos, sur les cuisses du prince. Et donc le Béni ditau prince : « Que pensez-vous, prince ? Si ce jeune garçon, à causede votre négligence ou de celle de la nourrice, mettait un morceaude bois ou du gravier dans sa bouche, que feriez-vous ? »

« Je le retirerais, seigneur. Si je ne pouvais pas le retirerimmédiatement, alors, maintenant sa tête dans ma main gauche etrecourbant un doigt de ma main droite, je le retirerais, même sicela pouvait le faire saigner. Pourquoi ? Parce que j’aurais de lasympathie pour le jeune garçon. »

« De la même manière, prince :

[1] Dans le cas où le Tathāgata sait que des paroles sont nonfactuelles, non vraies, non bénéfiques, non attachantes, etdésagréables aux autres, il ne les dit pas.

[2] Dans le cas où le Tathāgata sait que des paroles sont factuelles,vraies, non bénéfiques, non attachantes et désagréables aux autres,il ne les dit pas.

[3] Dans le cas où le Tathāgata sait que des paroles sont factuelles,vraies, bénéfiques, mais non attachantes et désagréables auxautres, il sait quel est le moment approprié pour les dire.

[4] Dans le cas où le Tathāgata sait que des paroles sont nonfactuelles, non vraies, non bénéfiques, mais attachantes etagréables aux autres, il ne les dit pas.

[5] Dans le cas où le Tathāgata sait que des paroles sont factuelles,vraies, non bénéfiques, mais attachantes et agréables aux autres,il ne les dit pas.

[6] Dans le cas où le Tathāgata sait que des paroles sont factuelles,vraies, bénéfiques, attachantes et agréables aux autres, il saitquel est le moment approprié pour les dire. Pourquoi ? Parce que leTathāgata a de la sympathie pourles êtres vivants. »

« Seigneur, lorsque des nobles ou des brahmanes sages, desmaîtres de foyer ou des contemplatifs, ayant formulé des questions,viennent auprès du Tathāgata etl’interrogent, ce raisonnement apparaît-il dans sa conscience àl’avance – ‘Si ceux qui s’approchent de moi me demandent ceci, jeleur répondrai de cette manière,’ – ou le Tathāgata trouve-t-il la réponse sur-le-champ ? »

« Dans ce cas, prince, je vais vous contre-questionner. Répondezcomme vous le souhaitez. Que pensez-vous ? Êtes-vous un expert ence qui concerne les différentes parties d’un char ? »

« Oui, seigneur. Je suis un expert en ce qui concerne lesdifférentes parties d’un char. »

« Et que pensez-vous ? Lorsque des gens viennent vous demander :‘Quel est le nom de cette partie du char ?’ ce raisonnementapparaît-il dans votre conscience à l’avance – ‘Si ceux quis’approchent de moi me demandent ceci, je leur répondrai de cettemanière,’ – ou trouvez-vous la réponse sur-le-champ ? »

« Seigneur, je suis renommé pour être un expert en ce quiconcerne les différentes parties d’un char. Je connais bien toutesles parties d’un char. Je trouve la réponse sur-le-champ. »

« De la même manière, prince, lorsque des nobles ou desbrahmanes sages, des maîtres de foyer ou des contemplatifs, ayantformulé des questions, viennent auprès du Tathāgata et l’interrogent, il trouve la réponsesur-le-champ. Pourquoi ? Parce que le Tathāgata a pleinement pénétré la propriété du Dhamma. Grâce à cette pleine pénétrationde la propriété du Dhamma, iltrouve la réponse sur-le-champ. »

Lorsque le Béni eut dit ceci, le prince Abhaya lui dit :« Magnifique, seigneur ! Magnifique ! Tout comme si l’on remettaità l’endroit ce qui était retourné, que l’on révélait ce qui étaitcaché, que l’on montrait le chemin à celui qui est égaré, ou quel’on plaçait une lampe dans l’obscurité afin que ceux qui ont desyeux puissent voir les formes ; de la même manière le Béni a – àtravers plusieurs raisonnements – rendu le Dhamma clair. Je vais prendre refuge auprès de maîtreGotama, du Dhamma, et du Saṅgha des moines. Puisse le Béni sesouvenir de moi comme d’un disciple laïc qui est allé prendrerefuge, à compter de ce jour, pour la vie. »

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