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Traductions [34]

Les conseils à Māluṅkyāputta : 1er récit

Ainsi ai-je entendu : une fois, leBienheureux séjournait au parc d’Anāthapiṇḍika, situé dans le boisde Jēta, près de la ville de Sāvatthi.

En ce temps-là, un jour, alors que l’Āyasmanta Māluṅkyāputtaétait dans son repos solitaire, l’idée suivante lui vint :« L’univers est-il éternel ou est-il non-éternel ? L’univers a-t-ilune limite ou est-il sans limite ? Le principe vital est-il la mêmechose que le corps ou le principe vital est-il une chose et lecorps une autre chose ? Le Tathāgata existe-t-il après la mort oun’existe-t-il pas après la mort ? ou le Tathāgata n’existe-t-il pasaprès la mort ? Existe-t-il à la fois n’existe-t-il pas après lamort ? Ou bien est-il non-existant et à la fois pas non-existantaprès la mort ? Ces questions sur diverses opinions sontinexplicables, laissées de côté par le Bienheureux, refusant derépondre. Le Bienheureux ne me les explique pas. Le fait qu’il neles explique pas ne me plaît pas. Je n’apprécie pas cela. Alors,moi, j’approcherai du Bienheureux et je l’interrogerai à ce propos.S’il m’explique si l’univers est éternel ou non-éternel, sil’univers a une limite ou s’il est sans limite […], alors je pratiquerai la conduite sublime sous ladirection du Bienheureux. S’il ne m’explique pas si l’univers estéternel ou non éternel, si l’univers a une limite ou s’il est sanslimite […], en rejetant l’entraînement, jeredescendrai dans la vie séculière. »

Dans l’après-midi, s’étant levé de sa méditation solitaire,l’Āyasmanta Māluṅkyāputta s’approcha de l’endroit où se trouvait leBienheureux. S’étant approché, il rendit hommage au Bienheureux,puis s’assit à l’écart sur un côté et dit : « Vénéré, lorsquej’étais dans la méditation solitaire, l’idée suivante me vint :“L’univers est-il éternel ou est-il non-éternel ? L’univers a-t-ilune limite ou est-il sans limite ? […].Ces problèmes sont inexpliqués, laissés de côté et rejetés par leBienheureux. Le Bienheureux ne me les explique pas. Le fait qu’ilne les explique pas ne me plaît pas. Je n’apprécie pas.J’approcherai le Bienheureux et je l’interrogerai à ce propos. S’ilm’explique si l’univers est éternel ou non éternel, si l’univers aune limite ou s’il est sans limite […],alors je pratiquerai la conduite sublime sous la direction duBienheureux. S’il ne m’explique pas si l’univers est éternel ou nonéternel, si l’univers a une limite ou s’il est sans limite[…], en rejetant l’entraînement, jeredescendrai dans la vie séculière”. Vénéré, si le Bienheureux saitque l’univers est éternel, qu’il me le dise ; si le Bienheureuxsait que l’univers n’est pas éternel, qu’il me le dise ; si leBienheureux ne sait pas si l’univers est éternel ou non, alorsquand une personne ne sait pas, ne voit pas, elle doit dire parhonnêteté : “Je ne sais pas, je ne vois pas”. […] ; si le Bienheureux sait que l’univers n’est paséternel, qu’il me le dise ; si le Bienheureux ne sait pas sil’univers est éternel ou non, alors quand une personne ne sait pas,ne voit pas, elle doit dire par honnêteté : “Je ne sais pas, je nevois pas”. Vénéré, si le Bienheureux sait que le principe vital etle corps sont la même chose, qu’il me le dise […] ; Vénéré, si le Bienheureux sait que le Tathāgataexiste après la mort, qu’il me le dise […]. Vénéré, si le Bienheureux sait que le Tathāgatan’existe pas après la mort, qu’il me le dise. […] Si le Bienheureux sait que le Tathāgata n’existepas après la mort et à la fois est non-existant après la mort,alors quand une personne ne sait pas, ne voit pas, elle doit direpar honnêteté : “Je ne sais pas, je ne vois pas”.

[L’ĀyasmantaMāluṅkyāputta répète la même phrase concernant les huit autresopinions].

Le Bienheureux dit : « Ô Māluṅkyāputta, est-ce que je vous aijamais promis : “Venez, Māluṅkyāputta, pratiquez la conduitesublime sous ma direction et je vous expliquerai si l’univers estéternel ou non éternel, si l’univers a une limite ou s’il est sanslimite. […] ?”

– Non, Vénéré.

– Alors, ô Māluṅkyāputta, est-ce que vous m’avez jamais promis :“Vénéré, je pratiquerai la conduite sublime sous la direction duBienheureux à condition que le Bienheureux m’explique si l’universest éternel ou non éternel, si l’univers a une limite ou s’il estsans limite. […] ?

– Non, Vénéré.

– Il est donc clair, ô Māluṅkyāputta, que je ne vous ai paspromis : “Venez, ô Māluṅkyāputta, pratiquez la conduite sublimesous ma direction et je vous expliquerai si l’univers est éternelou non éternel, si l’univers a une limite ou s’il est sans limite.[…]” et que vous ne m’avez pas promis nonplus : “Vénéré, je pratiquerai la conduite sublime sous ladirection du Bienheureux à condition que le Bienheureux m’expliquesi l’univers est éternel ou non éternel, si l’univers a une limiteou s’il est sans limite. […]”. En ce cas,ô homme immature, que refusez-vous ? Si quelqu’un dit : “Je nepratiquerai pas la conduite sublime sous la direction duBienheureux, tant qu’il ne m’aura pas expliqué si l’univers estéternel ou non éternel, si l’univers a une limite ou s’il est sanslimite […]”, l’interrogateur pourramourir, sans que ces questions reçoivent de réponses du Tathāgata.C’est tout comme si, ô Māluṅkyāputta, un homme ayant été blessé parune flèche fortement empoisonnée, ses amis et ses proches parentsamenaient un médecin chirurgien, et que l’homme blessé dise : Je nelaisserai pas retirer cette flèche avant de savoir qui m’a blessé :si c’est un Khatṭiya, ou un Brāhmane, ou un Vessya, un Sudda ?”Puis il dirait : “Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant desavoir qui m’a blessé ? Quel est son nom ? Quelle est sa famille ?”Puis il dirait : “Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant desavoir qui m’a blessé : s’il est grand, petit ou de taillemoyenne.” Puis il dirait : “Je ne laisserai pas retirer cetteflèche avant de savoir qui m’a blessé : s’il est noir, ou brun, oude couleur d’or ?” Puis il dirait : “Je ne laisserai pas retirercette flèche avant de savoir d’où vient cet homme qui m’a blessé :de quel village, ou de quelle ville, ou de quelle cité ?” Puis ildirait : “Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant de savoirqui m’a blessé. Je ne laisserai pas retirer cette flèche avant desavoir avec quelle sorte d’arc on a tiré sur moi : était-ce unearbalète ou un autre arc ?” Puis il dirait : “Je ne laisserai pasretirer cette flèche avant de savoir quelle sorte de corde a étéemployée sur l’arc : était-elle en coton ou en roseau, en tendon,en chanvre ou en écorce ?” Puis il dirait : « Je ne laisserai pasretirer cette flèche avant de savoir de quelle matière était faitela pointe de la flèche : était-elle en fer ou d’une autrematière ?” Puis il dirait : “Je ne laisserai pas retirer cetteflèche avant de savoir quelles plumes ont été employées pour laflèche : étaient-ce des plumes de vautour, de héron, de paon oud’un autre oiseau ?” Puis il dirait : “Je ne laisserai pas retirercette flèche avant de savoir avec quelle sorte de tendon la flèchea été enfermée : avec des tendons de vache, ou de bœuf, ou de cerf,ou de singe ?” Puis il dirait : “Je ne laisserai pas retirer cetteflèche avant de savoir si c’était une flèche ordinaire ou une autresorte de flèche ?”

Ô Māluṅkyāputta, cet homme mourrait sans obtenir de réponses àses questions. De même, ô Māluṅkyāputta, si quelqu’un dit : “Je nepratiquerai pas la conduite sublime sous la direction duBienheureux tant qu’il ne m’aura pas expliqué si l’univers estéternel ou non éternel, si l’univers a une limite ou s’il est sanslimite […]”, il mourra avec des questionslaissées sans réponse par le Tathāgata.

La vie dans la conduite sublime, ô Māluṅkyāputta, ne dépend pasde l’opinion : l’univers est éternel. La vie dans la conduitesublime ne dépend pas de l’opinion : l’univers est non éternel.Bien qu’il existe une opinion selon laquelle l’univers est éternelet une opinion selon laquelle l’univers est non éternel, il existeavant tout la naissance, la vieillesse, la mort, le malheur, leslamentations, la douleur, la peine, la détresse. Moi, j’enseigneleur cessation ici-bas, dans cette vie même.

La vie dans la conduite sublime, ô Māluṅkyāputta, ne dépend pasde l’opinion : l’univers a une limite. La vie dans la conduitesublime ne dépend pas de l’opinion : l’univers est sans limite.Bien qu’il existe une opinion selon laquelle l’univers a une limiteet une opinion selon laquelle l’univers est sans limite, il existeavant tout la naissance, la vieillesse, la mort, le malheur, leslamentations, la douleur, la peine, la détresse. Moi, j’enseigneleur cessation ici-bas, dans cette vie même.

La vie dans la conduite sublime, ô Māluṅkyāputta, ne dépend pasde l’opinion : le principe vital est la même chose que le corps. Lavie dans la conduite sublime ne dépend pas de l’opinion : leprincipe vital est une chose et le corps une autre chose. Bienqu’il existe une opinion selon laquelle le principe vital est lamême chose que le corps et une opinion selon laquelle le principevital est une chose et le corps une autre chose, il existe avanttout la naissance, la vieillesse, la mort, le malheur, leslamentations, la douleur, la peine, la détresse. Moi, j’enseigneleur cessation ici-bas, dans cette vie même.

La vie dans la conduite sublime, ô Māluṅkyāputta, ne dépend pasde l’opinion : le Tathāgata existe après la mort. La vie dans laconduite sublime ne dépend pas de l’opinion : le Tathāgata n’existepas après la mort. Bien qu’il existe une opinion selon laquelle leTathāgata existe après la mort et une opinion selon laquelle leTathāgata n’existe pas après la mort, il existe avant tout lanaissance, la vieillesse, la mort, le malheur, les lamentations, ladouleur, la peine, la détresse. Moi, j’enseigne leur cessationici-bas, dans cette vie même.

La vie dans la conduite sublime, ô Māluṅkyāputta, ne dépend pasde l’opinion : le Tathāgata existe et à la fois n’existe pas aprèsla mort. La vie dans la conduite sublime ne dépend pas del’opinion : le Tathāgata est non existant et à la fois pas nonexistant après la mort. Bien qu’il existe une opinion selonlaquelle le Tathāgata existe et à la fois n’existe pas après lamort et une opinion selon laquelle le Tathāgata est non existant età la fois pas non existant après la mort, il existe avant tout lanaissance, la vieillesse, la mort, le malheur, les lamentations, ladouleur, la peine, la détresse. Moi, j’enseigne leur cessationici-bas, dans cette vie même.

Par conséquent, ô Māluṅkyāputta, gardez dans votre pensée ce quej’ai expliqué comme expliqué et ce que je n’ai pas expliqué commenon expliqué. Quelles sont les choses que je n’ai pas expliquées ?Je n’ai pas expliqué si cet univers est éternel ou s’il n’est paséternel. Je n’ai pas expliqué si cet univers a une limite ou s’ilest sans limite. Je n’ai pas expliqué si le principe vital est lamême chose que le corps ou si le principe vital est une chose et lecorps une autre chose. Je n’ai pas expliqué si le Tathāgata existeaprès la mort ou si le Tathāgata n’existe pas après la mort. Jen’ai pas expliqué si le Tathāgata existe et à la fois existant et àla fois pas non existant après la mort. Pourquoi ne l’ai-je pasexpliqué ? Parce que ce n’est pas utile, que ce n’est pasfondamentalement lié à la conduite sublime et que cela ne conduitpas au désenchantement, au détachement, à la cessation, à latranquillité, à la pénétration profonde, à la réalisation complète,au nibbāna. C’est pourquoi je nel’ai pas expliqué.

Quelles sont, ô Māluṅkyāputta, les choses que j’ai expliquées ?J’ai expliqué dukkha. J’aiexpliqué l’apparition de dukkha.J’ai expliqué la cessation de dukkha. J’ai expliqué le chemin qui conduit à la cessationde dukkha. Pourquoi, ôMāluṅkyāputta, ai-je expliqué ces choses ? Parce que c’est utile,fondamentalement lié au but de la conduite sublime, que celaconduit au désenchantement, au détachement, à la cessation, à latranquillité, à la compréhension directe, à la réalisationcomplète, au nibbāna. C’est pourcela que je les ai expliquées. Par conséquent, ô Māluṅkyāputta,gardez dans votre pensée ce que je n’ai pas expliqué comme nonexpliqué et ce que j’ai expliqué comme expliqué.

Ainsi parla le Bienheureux. L’Āyasmanta Māluṅkyāputta, heureux,se réjouit des paroles du Bienheureux.

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