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Traductions [29]

Ceux qui sont nés de l’affection

Ainsi ai-je entendu : une fois leBienheureux séjournait au parc d’Anāthapiṇḍika, situé dans le boisde Jēta, près de la ville de Sāvatthi.

En ce temps là, un jour, le cher fils unique d’un certain chefde famille mourut. Depuis, ce père n’eut plus aucune envie ni detravailler ni de manger. Venant souvent au cimetière, il selamentait : « Où es-tu, mon unique fils ? Où es-tu mon uniquefils ? » Alors, un jour, le chef de famille s’approcha duBienheureux. S’étant approché, il lui rendit hommage, puis s’assità l’écart sur un côté.

Lorsque le chef de famille se fut assis à l’écart sur un côté,le Bienheureux s’adressa à lui et dit : “Ô chef de famille,n’avez-vous pas des facultés bien contrôlées afin que votre penséesoit en paix ? On voit que vos facultés sont troublées”.

Le chef de famille dit : « Comment, Vénéré, mes facultés neseraient-elles pas troublées, alors que mon cher enfant unique estmort ? Depuis qu’il est mort, je n’ai pas envie de travailler ni demanger. Venant souvent au cimetière, je me lamente « Où es-tu, monunique fils ? Où es-tu, mon unique fils ? »

Le Bienheureux dit : « C’est cela, ô chef de famille. Car, ôchef de famille, le chagrin, la douleur, la souffrance, leslamentations et le désespoir sont nés de l’affection. Ils ont leurorigine dans l’affection. »

– Vénéré, qui peut avoir une idée absurde telle que “le chagrin,la douleur, la souffrance, les lamentations et le désespoir sontnés de l’affection. Ils ont pour origine l’affection” ? En réalité,Vénéré, la joie et le bonheur sont nés de l’affection. Ils ont leurorigine dans l’affection. » Ensuite, s’étant levé de son siège, lechef de famille partit sans se réjouir de la parole du Bienheureuxni la désapprouver.

À ce moment-là, un certain nombre de joueurs étaient en train dejouer aux dés dans un lieu situé non loin de l’endroit où leBienheureux s’était assis. Alors, le chef de famille s’approcha deces joueurs et dit : « Moi, messieurs, je me suis approché deSamana Gōtama. M’étant approché, je lui rendis hommage, m’assis àl’écart sur un côté. Alors il me demanda : “Ô chef de famille,n’avez-vous pas des facultés bien contrôlées afin que votre penséesoit en paix ? […].” Alors j’ai répondu :“Comment, Vénéré, n’y aurait-il pas un changement dans mesfacultés, alors que, Vénéré, mon cher enfant unique est mort.[…]”. Il dit alors : “C’est cela, ô chefde famille. Car, ô chef de famille, le chagrin, la douleur, lasouffrance, les lamentations et le désespoir sont nés del’affection. Ils ont leur origine dans l’affection”. Alors, j’aidit : “Qui peut avoir une idée telle que le chagrin, la douleur, lasouffrance, les lamentations et le désespoir sont nés del’affection. Ils ont leur origine dans l’affection. En réalité,Vénéré, la joie et le bonheur sont nés de l’affection. Ils ont leurorigine dans l’affection”. Ensuite, m’étant levé de mon siège, jesuis parti sans me réjouir de la parole du Samana Gōtama ni ladésapprouver. »

Les joueurs lui dirent : « C’est exactement cela, ô bon chef defamille, c’est exactement cela. En effet, la joie et le bonheursont nés de l’affection. Ils ont leur origine dansl’affection. »

Le chef de famille partit en se disant : « Mon idée est la mêmeque celle des joueurs, nous tous sommes d’accord sur ce point ». Cesujet de conversation alla jusqu’aux oreilles des gens du palaisroyal. Alors, le roi Pasènadi des Kōsalas s’adressa à la reineMallikā : « Voilà [encore] une parole duSamana Gōtama : “le chagrin, la douleur, la souffrance, leslamentations et le désespoir sont nés de l’affection ; ils ont leurorigine dans l’affection” !

La reine Mallikā répondit : « Ô Sire, si cela est dit par leBienheureux, cela doit être vrai. »

Le roi dit : « À propos de la parole de Samana Gōtama, l’opinionde Mallikā telle que “si cela est dit par le Bienheureux, cela doitêtre vrai”, montre à quel point elle est contente de lui. C’estcomme si lorsqu’un maître parle à son élève, cet élève est contentde lui et s’exprime [par la foi] : “sicela est dit par le maître, cela doit être vrai”. De même, ôMallikā, à propos de la parole de Samana Gōtama, votre opiniontelle que “ô Sire, si cela est dit par le Bienheureux, cela doitêtre vrai”, montre à quel point vous êtes contente de lui. Allez,allez, Mallikā, dégagez-vous ! »

Alors la reine Mallikā convoqua le brāhmane Nāḷijaṅgha et dit :« Écoutez brāhmane. Allez voir le Bienheureux, et rendez-luihommage en mon nom. Ensuite, en mon nom demandez-lui s’il va bien,s’il est en bonne santé et s’il n’a aucun ennui, puisdemandez-lui : “Vénéré, est-il vrai que vous avez dit : “lechagrin, la douleur, la souffrance, les lamentations et ledésespoir sont nés de l’affection. Ils ont leur origine dansl’affection”. Ensuite, écoutez bien et gardez en mémoirel’explication donnée par le Bienheureux, et dites moi tout ce qu’ilaura dit. En effet, les Tathāgatas ne disent pas de chosesinsensées. »

« Oui, madame », répondit le brāhmane Nāḷijaṅgha à la reineMallikā, puis tout de suite il s’approcha du Bienheureux. S’étantapproché, il échangea avec lui des compliments de politesse et desparoles de courtoisie, puis s’assit à l’écart sur un côté. S’étantassis à l’écart sur un côté, le brāhmane Nāḷijaṅgha dit auBienheureux : “Honorable Gōtama, la reine Mallikā rend hommage aupied de l’honorable Gōtama. La reine demande si l’honorable Gōtamava bien, et s’il est en bonne santé et s’il n’a aucun ennui. Etelle pose cette question : “Est-il vrai que le Bienheureux a dit :‘le chagrin, la douleur, la souffrance, les lamentations et ledésespoir sont nés de l’affection. Ils ont leur origine dansl’affection’ ?”

Le Bienheureux dit : « C’est exact, ô brāhmane, c’est exact. Lechagrin, la douleur, la souffrance, les lamentations et ledésespoir sont nés de l’affection ; ils ont leur origine dansl’affection. Voilà pourquoi, on peut dire que le chagrin, ladouleur, la souffrance, les lamentations et le désespoir sont nésde l’affection. Ils ont leur origine dans l’affection : une fois, ôbrāhmane, dans cette ville même, la mère d’une certaine femmemourut. Lorsqu’elle fut morte, sa fille perdit l’équilibre de sapensée, alla de ruelle en ruelle, de carrefour en carrefour encriant : “N’avez-vous pas vu ma mère ? N’avez-vous pas vu mamère ?” »

« Et encore, ô brāhmane, voici un autre exemple qui permet dedire que le chagrin, la douleur, la souffrance, les lamentations etle désespoir sont nés de l’affection. Ils ont leur origine dansl’affection : Une fois, ô brāhmane, dans cette ville de Sāvatthi,le père d’une certaine femme mourut. […].Une autre fois, ô brāhmane, le frère d’une certaine femme mourut.[…]. Une fois, ô brāhmane, la sœur d’unecertaine femme mourut. […]. Une autrefois, ô brāhmane, le fils d’une certaine femme mourut. […]. Une autre fois, ô brāhmane, la fille d’unecertaine femme mourut. […]. Une autrefois, ô brāhmane, l’époux d’une certaine femme mourut. Lorsqu’ilfut mort, elle, ayant perdu l’équilibre de sa pensée, alla deruelle en ruelle, de carrefour en carrefour en criant :“N’avez-vous pas vu mon mari ? N’avez-vous pas vu mon mari ?” »

« Et encore, ô brāhmane, voici un autre exemple qui permet dedire que le chagrin, la douleur, la souffrance, les lamentations etle désespoir sont nés de l’affection. Ils ont leur origine dansl’affection : une fois, ô brāhmane, ici même, dans cette ville deSāvatthi, la mère d’un certain homme mourut. […]. Une autre fois, ô brāhmane, dans cette ville deSāvatthi, le père d’un certain homme mourut […]. Une autre fois, ô brāhmane, dans cette ville deSāvatthi, le frère d’un certain homme mourut. […]. Une autre fois, ô brāhmane, dans cette ville deSāvatthi, la sœur d’un certain homme mourut. […]. Une autre fois, ô brāhmane, dans cette ville deSāvatthi, le fils d’un certain homme mourut […]. Une autre fois, ô brāhmane, la fille d’un certainhomme mourut. […]. Une autre fois, ôbrāhmane, dans cette ville de Sāvatthi, l’épouse d’un certain hommemourut. Lorsqu’elle fut morte, lui, ayant perdu l’équilibre de sapensée, alla de ruelle en ruelle, de carrefour en carrefour encriant : “N’avez-vous pas vu ma femme ? N’avez-vous pas vu mafemme ?” »

« Et encore, ô brāhmane, voici un autre exemple qui permet dedire que le chagrin, la douleur, la souffrance, les lamentations etle désespoir sont nés de l’affection. Ils ont leur origine dansl’affection : une fois, ô brāhmane, dans cette ville de Sāvatthi,une certaine femme alla voir une famille parente. Ces parents quiont retenu par force cette femme, malgré son époux, ont voulul’unir à un autre homme, mais elle n’en était pas d’accord. Alorselle informa son époux : “Ces parents à moi, qui me retiennent parforce et malgré vous, veulent m’unir à un autre homme, mais je nesuis pas d’accord”. Alors cet homme découpa la femme en deux, et sesuicida, en disant : “Ainsi, tous deux nous renaîtrons ensemble”.Cela aussi est une raison, ô brāhmane, pour que l’on puisse direque “le chagrin, la douleur, la souffrance, les lamentations et ledésespoir sont nés de l’affection. Ils ont leur origine dansl’affection”. »

Le brāhmane Nāḷijaṅgha se réjouit de ce que dit le Bienheureux.Puis, s’étant levé de son siège il partit et s’approcha de la reineMallikā. S’étant approché, il raconta tout ce que le Bienheureuxavait dit. Alors, la reine Mallikā s’approcha du roi Pasènadi etdit : “Qu’en pensez-vous, ô Sire ? Est-ce que votre fille Vajirāvous est chère ?”

Le roi répondit : “Oui, Mallikā. Ma fille Vajirā m’est trèschère.”

– Qu’en pensez-vous, ô Sire ? Si un changement de Vajirā seproduit et si elle devient autrement, le chagrin, la douleur, lasouffrance, les lamentations et le désespoir se produiront-ils envous ?

– Si un changement se produit en ma fille Vajirā et si elledevient autrement cela fera une grande différence pour moi. Ma viesera complètement bouleversée. Comment le chagrin, la douleur, lasouffrance, les lamentations et le désespoir ne se produiraient-ilspas en moi ?

– C’est justement en ce qui concerne cela que le Bienheureuxdit : “le chagrin, la douleur, la souffrance, les lamentations etle désespoir sont nés de l’affection. Ils ont leur origine dansl’affection. Maintenant, qu’en pensez-vous, ô Sire ? Est-ce que lanoble dame Vāsabhā vous est chère ?

– Oui, Mallikā. La noble dame Vāsabhā m’est très chère.

– Qu’en pensez-vous, ô Sire ? Si un changement se produit en lanoble dame Vāsabhā et si elle devient autrement, le chagrin, ladouleur, la souffrance, les lamentations et le désespoir seproduiront-ils en vous ?

– Si un changement de la noble dame Vāsabhā se produit et sielle devient autrement cela fera une grande différence pour moi. Mavie sera complètement bouleversée. Comment le chagrin, la douleur,la souffrance, les lamentations et le désespoir ne seproduiraient-ils pas en moi !

– C’est en ce qui concerne une telle situation que leBienheureux dit : “le chagrin, la douleur, la souffrance, leslamentations et le désespoir sont nés de l’affection. Ils ont leurorigine dans l’affection”. Maintenant, qu’en pensez-vous, ô Sire ?Est-ce que le Général Viḍūḍabha vous est cher ?

– Oui, Mallikā. Le Général Viḍūḍabha m’est très cher.

– Qu’en pensez-vous, ô Sire ? Si un changement se produit chezle Général Viḍūḍabha s’il devient autrement, le chagrin, ladouleur, la souffrance, les lamentations et le désespoir seproduiront-ils en vous ?

– Si un changement du Général Viḍūḍabha se produit et s’ildevient autrement cela fera une grande différence pour moi. Ma viesera complètement bouleversée. Comment le chagrin, la douleur, lasouffrance, les lamentations et le désespoir ne se produiraient-ilspas en moi !

– C’est justement en ce qui concerne une telle situation que leBienheureux dit : “le chagrin, la douleur, la souffrance, leslamentations et le désespoir sont nés de l’affection. Ils ont leurorigine dans l’affection”. Maintenant, qu’en pensez-vous, ô Sire ?Est-ce que je vous suis moi-même chère ?

– Oui, Mallikā. Vous m’êtes très chère.

– Qu’en pensez-vous, ô Sire ? Si un changement se produit en moiet si je deviens autrement, le chagrin, la douleur, la souffrance,les lamentations et le désespoir se produiront-ils en vous ?

– Si un changement se produit chez vous et si vous devenezautrement cela fera une grande différence pour moi. Ma vie seracomplètement bouleversée. Comment le chagrin, la douleur, lasouffrance, les lamentations et le désespoir ne se produiraient-ilspas en moi !

– C’est justement en ce qui concerne une telle situation que leBienheureux dit : “le chagrin, la douleur, la souffrance, leslamentations et le désespoir sont nés de l’affection. Ils ont leurorigine dans l’affection”. Maintenant, qu’en pensez-vous, ô Sire ?Est-ce que les Kāsis et les Kōsalas vous sont chers ?

– Oui, Mallikā. Les Kāsis et les Kōsalas me sont très chers.C’est à cause d’eux que nous obtenons les bois de santal de Kāsis,et c’est à cause d’eux que nous utilisons des guirlandes et desparfums.

– Qu’en pensez-vous, ô Sire ? Si un changement se produit chezles Kāsis et les Kōsalas et s’ils deviennent autrement, le chagrin,la douleur, la souffrance, les lamentations et le désespoir seproduiront-ils en vous ?

– Si un changement des Kāsis et des Kōsalas se produit et s’ilsdeviennent autrement cela fera une grande différence pour moi. Mavie sera complètement bouleversée. Comment le chagrin, la douleur,la souffrance, les lamentations et le désespoir ne seproduiraient-ils pas en moi !

– C’est justement en ce qui concerne une telle situation que leBienheureux qui connaît tout et qui voit tout, qui est l’Arahant,l’Éveillé parfait dit : « le chagrin, la douleur, la souffrance,les lamentations et le désespoir sont nés de l’affection. Ils ontleur origine dans l’affection ».

– C’est merveilleux, ô Mallikā. C’est sans précédent, ô Mallikā.À quel point le Bienheureux voit les choses par la sagessepénétrante, par le moyen de la haute sagesse. Venez, ô Mallikā.Donnez-moi l’eau purificatrice !

Enfin, le roi Pasènadi des Kōsalas, se leva de son siège, etayant arrangé son vêtement de dessus sur une seule épaule, rendithommage dans la direction où se trouvait le Bienheureux, et dittrois fois : « Hommage au Bienheureux qui est l’Arahant etl’Éveillé parfait ! Hommage au Bienheureux qui est l’Arahant etl’Éveillé parfait ! Hommage au Bienheureux qui est l’Arahant etl’Éveillé parfait ! »

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