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Traductions [24]

Un disciple parle au brāhmane Ghōṭamukha

Ainsi ai-je entendu : une fois,l’Āyasmanta Udèna séjournait dans le bois de manguiers de Khèmiya,près de Bārāṇasi.

Le brāhmane Ghōṭamukha était arrivé à Bārāṇasi pour s’occuperd’une affaire ou d’une autre. Un jour, comme il était en train dese promener graduellement, en train de se balader graduellementpour sa santé physique, il arriva au bois de manguiers de Khèmiya.À ce moment-là, l’Āyasmanta Udèna faisait les cent pas en pleinair. Le brāhmane Ghōṭamukha s’approcha de l’endroit où se trouvaitl’Āyasmanta Udèna. S’étant approché, il échangea avec lui descompliments de politesse et des paroles de courtoisie. Tout enfaisant les cent pas avec lui, il dit : « Ô honorable Samana, iln’existe pas de vie itinérante juste et c’est cela que je pense,peut-être parce que je n’avais pas vu, jusqu’à maintenant, unsamana comme vous, ou bien je n’avais pas compris la doctrineconcernée. »

Cela étant exprimé par le brāhmane Ghōṭamukha, l’Āyasmanta Udènaen sortant du lieu de promenade, entra dans son lieu de séjour ets’assit sur un siège préparé. Le brāhmane Ghōṭamukha également ensortant du lieu de promenade, entra dans le lieu de séjour del’Āyasmanta Udèna et resta debout à l’écart sur un côté.

Comme le brāhmane restait debout à l’écart sur un côté,l’Āyasmanta Udèna lui dit : « O brāhmane, il y a des sièges.Asseyez-vous s’il vous plaît. »

Le brāhmane Ghōṭamukha dit : « Nous n’étions pas assis, car nousattendions que l’honorable Udèna le dise. Comment quelqu’un commemoi peut-il s’asseoir sur un siège sans avoir été invité à lefaire ? »

Ensuite, le brāhmane Ghōṭamukha prit un siège inférieur (plusbas que celui de l’Āyasmanta Udèna) et s’assit à l’écart sur uncôté. S’étant assis à l’écart sur un côté, le brāhmane Ghōṭamukhadit à l’Āyasmanta Udèna : « Ô honorable Samana, il n’existe pas devie itinérante juste et c’est cela que je pense, peut-être parceque je n’avais pas vu, jusqu’à maintenant, un samana comme vous, oubien je n’avais pas compris la doctrine concernée. »

L’Āyasmanta Udèna dit : « Ô brāhmane, sur l’un ou l’autre proposque je vais aborder, si vous le voulez, soyez d’accord avec moi.Sur l’un ou l’autre propos que je vais aborder, si vous ne levoulez pas, ne soyez pas d’accord avec moi. Si vous avez desarguments contre mes propos, présentez-les. Si vous ne comprenezpas le sens d’un propos que je vais aborder, posez vos questionsclairement en disant : “Dans ce cas, ô honorable Udèna, commentcela se peut-il ? Que veut dire cela ?” De cette façon nous pouvonsconverser sur le sujet abordé. »

Le brāhmane Ghōṭamukha dit : « Ô honorable Udèna, sur l’un oul’autre propos que vous alliez aborder, s’il me plaît, je seraid’accord avec vous. Sur l’un ou l’autre propos que vous allezaborder, s’il ne me plaît pas je ne serai pas d’accord avec vous.Si j’ai des arguments contre vos propos, je les présenterai. Si jen’ai pas compris le sens d’un propos que vous avez abordé, je vousposerai la question clairement en disant : “Dans ce cas, ôhonorable Udèna, comment cela se peut-il ? Que veut dire cela ?” Decette façon nous pouvons converser sur le sujet abordé. »

L’Āyasmanta Udèna dit : « Ô brāhmane, il existe quatre sortesd’individus. Quels sont-ils ? Ici, il existe un individu qui setourmente lui-même et il continue à infliger des tortures àlui-même. Il existe un autre individu qui tourmente les autres etil continue à infliger des tortures aux autres. Il existe un autreindividu qui se tourmente lui-même, continue à infliger destortures à lui-même, tourmente les autres et continue à infligerdes tortures aux autres. Il existe un autre individu qui ne setourmente pas lui-même, ne continue pas à infliger des tortures àlui-même, ne tourmente pas les autres ni ne continue à infliger destortures aux autres. Quant à celui-ci, puisqu’il ne se tourmentepas lui-même, ni ne continue à infliger des tortures à lui-même, netourmente pas les autres, ni ne continue à infliger des torturesaux autres, il demeure ici et maintenant, dépourvu de faim, étantéteint, étant tranquille [par extinction dufeu], goûtant le bonheur et étant lui-même quelqu’un desublime. Parmi ces quatre, ô brāhmane, quel individu vous plaît ?De quel individu êtes-vous content ? »

– Je ne suis pas content, honorable Udèna, de l’individu qui setourmente lui-même et continue à infliger des tortures à lui-même.Je ne suis pas content, honorable Udèna, de l’individu quitourmente les autres et continue à infliger des tortures auxautres. Je ne suis pas content, honorable Udèna, de l’individu quise tourmente lui-même, continue à infliger des tortures à lui-même,tourmente les autres et continue à infliger des tortures auxautres. Je suis content, honorable Udèna, de l’individu qui ne setourmente pas lui-même, ni ne continue à infliger des tortures àlui-même, ne tourmente pas les autres ni ne continue à infliger destortures aux autres, et par conséquent qui demeure ici etmaintenant, dépourvu de faim, étant éteint, étant tranquille[par extinction du feu], goûtant lebonheur et étant lui-même quelqu’un de sublime. »

– Pour quelle raison, ô brāhmane, n’êtes-vous pas content destrois autres individus ?

– Honorable Udèna, dans le cas de l’individu qui se tourmentelui-même et continue à infliger des tortures à lui-même, bien qu’ilaime le bonheur et qu’il n’aime pas la douleur, il se tourmentelui-même et continue à infliger des tortures à lui-même. C’estpourquoi je ne suis pas content de lui. Honorable Udèna, dans lecas de l’individu qui tourmente les autres et continue à infligerdes tortures aux autres, bien que les autres aiment le bonheur etqu’ils n’aiment pas la douleur, il tourmente les autres et ilcontinue à infliger des tortures aux autres. C’est pourquoi je nesuis pas content de lui. Honorable Udèna, dans le cas de l’individuqui se tourmente lui-même, continue à infliger des tortures àlui-même, tourmente les autres et continue à infliger des torturesaux autres, bien que lui-même et les autres aiment le bonheur etqu’ils n’aiment pas la douleur, il se tourmente lui-même, continueà infliger des tortures à lui-même, tourmente les autres etcontinue à infliger des tortures aux autres. C’est pourquoi je nesuis pas content de lui. Par contre, dans le cas de l’individu quine se tourmente pas lui-même, ne continue pas à infliger destortures à lui-même, ne tourmente pas les autres ni ne continue àinfliger des tortures aux autres, vit ici et maintenant, dépourvude faim, étant éteint, étant tranquille [parextinction du feu], goûtant le bonheur et étant lui-mêmequelqu’un de sublime. C’est pourquoi je suis content de cetindividu.

– Ô brāhmane, il existe deux sortes de groupes : quelssont-ils ? Dans ce cas, ô brāhmane, il existe un groupe qui estenflammé par l’attachement et il recherche des pierres précieuseset des boucles d’oreille, des épouses et des enfants, des esclavesmasculins et féminins, des rizières et des champs, de l’or et del’argent. Il y a un autre groupe qui n’est pas enflamméd’attachement et il abandonne pierres précieuses, bouclesd’oreille, épouses et enfants, esclaves masculins ou féminins,rizières ou champs, or et argent, mais quitte la vie du foyer pourune vie sans foyer. Un individu de ce dernier groupe ne setourmente pas lui-même, ne continue pas à infliger des tortures àlui-même, ne tourmente pas les autres ni ne continue à infliger destortures aux autres. Puisqu’il ne se tourmente pas lui-même, necontinue pas à infliger des tortures à lui-même, ne tourmente pasles autres ni ne continue à infliger des tortures aux autres, ilvit, étant dans cette vie même satisfait, intérieurement éteint,devenu froid, et il demeure en goûtant le bonheur, étant arrivé àl’état parfait. Où voyez-vous souvent, ô brāhmane, l’homme dontnous venons de parler : dans le groupe qui est enflammé parl’attachement et qui recherche des pierres précieuses, et desboucles d’oreille, des épouses et des enfants, des esclavesmasculins et féminins, des rizières et des champs, de l’or et del’argent, ou dans le groupe qui n’est pas enflammé d’attachement etqui abandonne pierres précieuses, boucles d’oreille, épouses etenfants, esclaves masculins ou féminins, rizières ou champs, or etargent, et qui quitte la vie du foyer pour une vie sans foyer ?

– Je vois souvent, honorable Udèna, l’homme dont nous venons deparler, plutôt dans le groupe qui n’est pas enflammé d’attachementet qui abandonne pierres précieuses, boucles d’oreille, épouses etenfants, esclaves masculins ou féminins, rizières ou champs, or etargent, et qui quitte la vie du foyer pour une vie sans foyer.

– Cependant, ô brāhmane, tout à l’heure nous avons entendu votreparole : “Ô honorable Samana, il n’existe pas de vie itinérantejuste et c’est cela que je pense, peut-être parce que je n’avaispas vu jusqu’à maintenant un samana comme vous, ou bien je n’avaispas compris la doctrine concernée”.

– Justement, honorable Udèna, si j’ai dit cela, c’est pourcomprendre davantage. Il n’existe pas de vie itinérante juste etc’est cela que je pense. Dès maintenant, que l’honorable Udèna sesouvienne de moi comme de quelqu’un qui dit cela. Il serait bon quel’honorable Udèna m’explique en détails par pitié à mon égard, àpropos des quatre personnes dont il vient de parler brièvement.

– Dans ce cas, ô brāhmane, écoutez, fixez bien votre attention.Je vais vous en parler.

– « Très bien, honorable » répondit le brāhmane Ghōṭamukha.

L’Ayasmanta Udèna dit : « Qui est, ô brāhmane, l’individu qui setourmente lui-même et continue à infliger des tortures à lui-même ?Dans ce cas, ô brāhmane, ici il existe un individu qui pratique lanudité ; il abandonne des coutumes [sociales] ; il suce ses mains ; il refusel’invitation à venir ; il refuse l’invitation à s’arrêter ; ilrefuse les aliments déjà préparés ; […] ilne boit pas d’eau et ainsi, il pratique la vertu de “celui qui neboit pas” ; il descend dans l’eau trois fois par jour et ainsi ilpratique la vertu de « celui qui descend dans l’eau pour latroisième fois et cela pendant la soirée ». De cette façon, ildemeure en infligeant à son corps diverses sortes de tourments. Àpropos de cet individu, ô bhikkhus, on peut dire qu’il se tourmentelui-même et continue à infliger des tortures à lui-même.

Maintenant, ô brāhmane, qui est l’individu qui tourmente lesautres et continue à infliger des tortures aux autres ? Dans cecas, ô brāhmane, il existe un individu qui est un tueur de moutons,un tueur de cochons, un tueur de gibier, quelqu’un qui met despièges pour des bêtes sauvages, un chasseur, un pêcheur, un voleur,un bourreau de voleurs, un bourreau de prisons, ou bien quelqu’unqui occupe une telle occupation sanglante. À propos de cetindividu, ô brāhmane, on peut dire qu’il tourmente les autres etcontinue à infliger des tortures aux autres.

Maintenant, ô brāhmane, qui est l’individu qui se tourmentelui-même, continue à infliger des tortures à lui-même, tourmenteles autres et continue à infliger des tortures aux autres ? Dans cecas, ô bhikkhus, il existe un individu comme un souverain Khattiyaqui a été couronné, ou bien un brāhmane riche. Ce souverain, aprèsavoir fait construire une nouvelle salle de fête, dans le quartierest de la ville, ayant rasé ses cheveux et sa barbe, s’étanthabillé d’une peau rude, ayant appliqué l’huile ghee sur son corps,en griffant son dos avec une corne de daim, entre dans la salle defête accompagné de son épouse principale et de sonbrāhmane-conseiller. Dans la salle où les herbes [sacrées] sont étalées partout, il s’allonge parterre. Là-bas, ce souverain est nourri avec du lait du premiertrayon d’une vache dont le veau a la même couleur, tandis quel’épouse principale du souverain est nourrie avec du lait dudeuxième trayon et le brāhmane-conseiller est nourri avec du laitde troisième trayon. Du lait de quatrième trayon est utilisé pourêtre versé sur le feu sacrificiel. Finalement, le veau est nourriavec le reste du lait laissé dans les trayons de la vache.Désormais le souverain donne l’ordre : « Que tel nombre de taureauxsoient tués pour le sacrifice, tel nombre de veaux, tel nombre degénisses, tel nombre de chèvres, tel nombre de béliers, soient tuéspour le sacrifice. Que tel nombre d’arbres soient abattus pourpréparer des poteaux de sacrifice. Que telle quantité des herbesdites dabba ou des pailles soient coupées pour revêtir le toit oupour mettre sur le sol de l’arène du sacrifice. » Les esclaves, lesmessagers, les ouvriers, intimidés par la peur, menacés par lescannes, avec des larmes sur le visage, en pleurant, effectuentleurs devoirs. À propos de cet individu, ô brāhmane, on peut direqu’il se tourmente lui-même, continue à infliger des tortures àlui-même, tourmente les autres et continue à infliger des torturesaux autres.

Maintenant, ô brāhmane, qui est l’individu qui ne se tourmentepas lui-même, ni ne continue à infliger des tortures à lui-même, netourmente pas les autres ni ne continue à infliger des tortures auxautres et qui demeure, ici et maintenant, dépourvu de faim, étantéteint, étant tranquille [par extinction dufeu], demeure en goûtant le bonheur et en étant lui-mêmequelqu’un de sublime ? Dans ce cas, ô brāhmane, il apparaît dans lemonde un Tathāgata qui est l’Arahant, l’Éveillé parfait, parfait enSavoir et parfait en Conduite, bien arrivé à son but, connaisseurdu monde, incomparable guide des êtres qui doivent être guidés,instructeur des dieux et des humains, l’Éveillé, le Bienheureux.Ayant compris le monde constitué des dieux, des Māras, des Brahmāset des humains, des samanas et des brāhmanes, par sa propreconnaissance spécifique, il communique cette compréhension auxautres. Il enseigne une doctrine bonne en son début, bonne en sonmilieu, bonne en sa fin, bonne dans sa lettre et dans son esprit,il exalte la conduite sublime parfaitement pleine et parfaitementpure. Un chef de famille, ou un fils de chef de partout, ils’allonge par terre. Là-bas, ce souverain est nourri avec du laitdu premier trayon d’une vache dont le veau a la même couleur,tandis que l’épouse principale du souverain est nourrie avec dulait du deuxième trayon et le brāhmane-conseiller est nourri avecdu lait de troisième trayon. Du lait de quatrième trayon estutilisé pour être versé sur le feu sacrificiel. Finalement, le veauest nourri avec le reste du lait laissé dans les trayons de lavache. Désormais le souverain donne l’ordre : « Que tel nombre detaureaux soient tués pour le sacrifice, tel nombre de veaux, telnombre de génisses, tel nombre de chèvres, tel nombre de béliers,soient tués pour le sacrifice. Que tel nombre d’arbres soientabattus pour préparer des poteaux de sacrifice. Que telle quantitédes herbes dites dabba ou des pailles soient coupées pour revêtirle toit ou pour mettre sur le sol de l’arène du sacrifice. » Lesesclaves, les messagers, les ouvriers, intimidés par la peur,menacés par les cannes, avec des larmes sur le visage, en pleurant,effectuent leurs devoirs. À propos de cet individu, ô brāhmane, onpeut dire qu’il se tourmente lui-même, continue à infliger destortures à lui-même, tourmente les autres et continue à infligerdes tortures aux autres.

Maintenant, ô brāhmane, qui est l’individu qui ne se tourmentepas lui-même, ni ne continue à infliger des tortures à lui-même, netourmente pas les autres ni ne continue à infliger des tortures auxautres et qui demeure, ici et maintenant, dépourvu de faim, étantéteint, étant tranquille [par extinction dufeu], demeure en goûtant le bonheur et en étant lui-mêmequelqu’un de sublime ? Dans ce cas, ô brāhmane, il apparaît dans lemonde un Tathāgata qui est l’Arahant, l’Éveillé parfait, parfait enSavoir et parfait en Conduite, bien arrivé à son but, connaisseurdu monde, incomparable guide des êtres qui doivent être guidés,instructeur des dieux et des humains, l’Éveillé, le Bienheureux.Ayant compris le monde constitué des dieux, des Māras, des Brahmāset des humains, des samanas et des brāhmanes, par sa propreconnaissance spécifique, il communique cette compréhension auxautres. Il enseigne une doctrine bonne en son début, bonne en sonmilieu, bonne en sa fin, bonne dans sa lettre et dans son esprit,il exalte la conduite sublime parfaitement pleine et parfaitementpure. Un chef de famille, ou un fils de chef de famille, ouquiconque ayant repris la naissance dans telle ou telle famille,entend ladite doctrine. Ayant entendu cette doctrine il atteint uneconfiance sereine en le Tathāgata. Parce qu’il a atteint laconfiance sereine et qu’il en est pourvu, il réfléchit ainsi :“Cette vie à la maison est pleine d’obstacles, elle est un cheminpoussiéreux ; la vie sans maison est le plein air. À qui demeuredans la maison, il n’est pas facile de pratiquer la conduitesublime entièrement pleine, entièrement pure, parfaite comme uneconque. Il faut donc que, m’étant rasé les cheveux et la barbe,ayant revêtu mon corps des vêtements kāsāya [d’un religieux], jequitte ma maison pour mener une vie sans maison !” Alors, plustard, un jour, il abandonne l’ensemble de ses biens, quelle qu’ensoit la valeur, grande ou petite, il abandonne ses parents et sonentourage, quel qu’en soit le nombre, beaucoup ou peu, il se raseles cheveux et la barbe, revêt les vêtements kāsāya [d’un religieux]et quitte la maison pour mener une vie sans maison. […] Il est partisan de la vérité. Il est sûr, digne defoi, il ne trompe pas les autres par ses paroles. Cela constitueune partie de sa vertu. Ne proférant pas de paroles calomnieuses,il s’abstient des paroles calomnieuses. Ce qu’il a entendu ici, ilne le raconte pas là-bas, pour séparer ceux-là de ceux-ci ; cequ’il a entendu là-bas, il ne le raconte pas ici, pour séparerceux-ci de ceux-là. Il ne parle qu’en vue de réconcilier ceux quisont désunis ou d’accroître l’harmonie de ceux qui sont unis. Il seplaît en l’harmonie, il a son plaisir en l’harmonie, il trouve sajoie dans l’harmonie. Il ne parle que pour créer l’harmonie. Neproférant pas de paroles grossières, il s’abstient des parolesgrossières. Il ne prononce que des paroles irréprochables,agréables à l’oreille, affectueuses, allant au cœur, courtoises,aimables à beaucoup de gens, plaisantes à beaucoup de gens. Neproférant pas de paroles frivoles, il s’abstient des parolesfrivoles. Il prononce des paroles en temps voulu, des parolesvéridiques, des paroles sensées, des paroles conformes à ladoctrine et à la discipline, des paroles formant un trésor, desparoles munies de raison, opportunes, bien circonscrites,accompagnées d’un sens.

Il s’abstient d’endommager graines et plantes de toutes sortes ;il fait un seul repas, il jeûne le soir et s’abstient de mangerhors du temps ; […] il s’abstient depratiquer la corruption, la ruse, la fraude ; il s’abstient defaire des blessures, des meurtres, des incarcérations, desbrigandages, des pillages, des actes violents.

Ce bhikkhu est pleinement satisfait d’un cīvara qui lui préserve le corps et d’une boule[de riz qu’il a reçue dans son bol àaumônes] dont il sustente son ventre ; partout où il va, ilva avec son vêtement [religieux] et avecson bol à aumônes. Tout comme un oiseau emporte ses ailes partoutoù il vole, de même, le bhikkhu qui est pleinement satisfaitemporte seulement, partout où il va, le vêtement [religieux] dont il protège son corps et le bol àaumônes dont il sustente son ventre. Pourvu de ce noble corps devertus, il éprouve en lui-même une joie irréprochable.

Lorsque ce bhikkhu voit une forme matérielle au moyen de sonœil, il n’en saisit ni les apparences générales ni les détails car,en conséquence de ce que l’organe de l’œil demeure non-maîtrisé,les choses mauvaises et vicieuses, la convoitise et la frustrationpeuvent s’y introduire ; alors, il se garde contre l’organe del’œil ; il se met en état de défense contre l’organe de l’œil.Lorsqu’il entend un son au moyen de son oreille, […]. Lorsqu’il reconnaît une notion au moyen del’organe mental, il n’en saisit ni les apparences générales ni lesdétails car, en conséquence de ce que le mental demeurenon-maîtrisé, les choses mauvaises et vicieuses, la convoitise etla frustration peuvent s’y introduire ; alors, il se garde contrel’organe mental ; il se met en état de défense contre l’organemental. Pourvu de cette noble protection des organes sensoriels, iléprouve en lui-même une joie non-touchée par les souillures.

Ce bhikkhu, allant ou revenant, en est parfaitement attentif etconscient ; regardant devant ou autour de lui, il en estparfaitement attentif et conscient ; étendant ou repliant sesmembres, il en est parfaitement attentif et conscient ; portant lesaṅghāṭi, le bol à aumônes, et lescīvaras, il en est parfaitementattentif et conscient ; mangeant, buvant, mastiquant, goûtant, ilen est parfaitement attentif et conscient ; déféquant, urinant,goûtant, il en est parfaitement attentif et conscient ; marchant,étant debout, s’asseyant, s’endormant, s’éveillant, parlant, setaisant, il en est parfaitement attentif et conscient.

Ainsi, pourvu de ce noble corps de vertus, pourvu de cette noblemaîtrise des facultés sensorielles, pourvu de cette noble attentionet compréhension, il fréquente une résidence à l’écart, dans unbois, au pied d’un arbre, dans une montagne, une grotte, unecaverne, un cimetière, un plateau boisé, un lieu en plein air, unemeule de paille. Après avoir terminé sa tournée d’aumônes, aprèsson repas, il s’assied en repliant et croisant ses jambes, posantson corps bien droit, fixant son attention.

Ayant abandonné l’attachement avide pour ce monde, il demeureavec une pensée sans attachement avide, il purifie entièrement sapensée de l’attachement avide. Ayant abandonné la haine et lacolère, il demeure avec une pensée sans haine et sans colère etayant pitié et bienveillance à l’égard de tous les êtres vivants,il purifie sa pensée de la haine et de la colère. Ayant abandonnéla torpeur physique et mentale et la langueur, il demeure sans latorpeur physique, sans la torpeur mentale et sans la langueur,ayant la perception de la lumière, étant attentif et conscient, ilpurifie sa pensée de la torpeur physique, de la torpeur mentale etde la langueur. Ayant abandonné l’inquiétude et le remords, ildemeure intérieurement pacifié, avec une pensée sans inquiétude etsans remords, il se purifie entièrement de l’inquiétude et duremords. Ayant abandonné le doute, il demeure ayant surpassé ledoute, sans perplexité touchant les choses bonnes, il purifieentièrement sa pensée du doute.

Ainsi, s’étant séparé de ces cinq entraves que sont lessouillures mentales sous-jacentes, qui affaiblissent la sagesse,s’étant séparé du désir, s’étant séparé des pensées inefficaces, ilentre dans le premier jhāna pourvude raisonnement et de réflexion, qui est joie et bonheur, né de laséparation [des choses mauvaises] et il ydemeure. Ensuite, ayant mis fin au raisonnement et à la réflexion,il entre et demeure dans le deuxième jhāna qui est apaisement intérieur, unification de lapensée, qui est dépourvu de raisonnement et de réflexion, né de laconcentration et qui consiste en bonheur.

Ensuite, se détournant du bonheur, il vit dans l’indifférence,conscient et vigilant, il ressent dans son corps le bonheur pur, desorte que les êtres nobles désignent cela « Celui qui, indifférentet attentif, demeure heureux » ; il entre et demeure dans letroisième jhāna. Ensuite, s’étantdébarrassé du bonheur et s’étant débarrassé de la peine, ayantsupprimé la gaieté et la tristesse antérieures, ce bhikkhu entre etdemeure dans le quatrième jhāna oùne sont ni plaisir ni douleur, mais qui est pureté parfaited’attention et d’indifférence.

En outre, lorsque sa pensée est ainsi réglée, ainsi purifiée,sans défaut, sans souillure, bien souple, maniable, stable, arrivéeà l’impassibilité, ce bhikkhu dirige sa pensée et l’oriente vers lesavoir-faire dit « la connaissance qui permet de se rappeler sesdemeures antérieures ». Ainsi, il se rappelle ses demeuresantérieures, à savoir : une naissance, deux naissances,[…] j’éprouvais tel plaisir et tellesouffrance, j’atteignis tel âge. Alors étant sorti de cetteexistence-là, j’accédai à cette autre. Là encore j’avais tel nom,telle famille, telle caste, tel mode de nourriture, j’éprouvais telplaisir et telle souffrance, j’atteignis tel âge. Alors étant sortide cette existence-là, j’accédai à cette autre, et ainsi de suite”.De cette façon, il se rappelle ses diverses demeuresantérieures.

En outre, lorsque sa pensée est ainsi réglée, ainsi purifiée,sans défauts, sans souillures, bien souple, maniable, stable,arrivée à l’impassibilité, ce bhikkhu dirige sa pensée et l’orientevers le savoir-faire dit : « La connaissance qui permet de voir ladisparition et l’apparition des êtres ». Ainsi, avec son œilsurhumain purifié qui dépasse la qualité humaine, il voit[…] après la mort, ils sont nés dans desdestinations bonnes, dans des états célestes”. De cette façon, ilreconnaît par l’œil surhumain purifié qui dépasse la qualitéhumaine, comment les êtres sont bas ou élevés, beaux ou laids,heureux ou malheureux, d’après les actes qu’ils ont commis.

En outre, lorsque sa pensée est ainsi réglée, ainsi purifiée,sans défaut, sans souillure, bien souple, maniable, stable, arrivéeà l’impassibilité, ce bhikkhu dirige sa pensée et l’oriente vers lesavoir-faire dit « La connaissance qui permet d’éliminer lesécoulements mentaux toxiques ». Ainsi il reconnaît selon laréalité : “Ceci est dukkha” ; ilreconnaît selon la réalité : “Ceci est l’apparition de dukkha” ; il reconnaît selon la réalité :“Ceci est la cessation de dukkha” ; il reconnaît selon la réalité : “Ceci est lavoie vers la cessation de dukkha”.Il reconnaît selon la réalité : “Ceci sont les écoulements mentauxtoxiques” ; il reconnaît selon la réalité : “Ceci est l’origine desécoulements mentaux toxiques” ; il reconnaît selon la réalité :“Ceci est la cessation des écoulements mentaux toxiques” ; ilreconnaît selon la réalité : “Ceci est la voie vers la cessationdes écoulements mentaux toxiques”.

Lorsqu’il reconnaît lesdits éléments, lorsqu’il les voit, sapensée est libérée de l’écoulement mental toxique dit “désirsensuel” ; de même sa pensée est libérée de l’écoulement mentaltoxique dit “volonté de devenir” ; sa pensée est libérée del’écoulement mental toxique dit “ignorance”. Lorsque la pensée estlibérée, la connaissance se produit : “Voici la libération ”. Ilreconnaît : “Toute naissance nouvelle est anéantie. La conduitesublime est vécue. Ce qui doit être achevé est achevé ; plus rienne demeure à accomplir”. À propos de cet individu, ô bhikkhus, onpeut dire qu’il est celui qui ne se tourmente pas lui-même, necontinue pas à infliger des tortures à lui-même, ne tourmente pasles autres ni ne continue à infliger des tortures aux autres et ilvit ici et maintenant, dépourvu de faim, étant éteint, étanttranquille[par extinction du feu], ildemeure en goûtant le bonheur et étant soi-même quelqu’un desublime. »

Cela fut exprimé par l’Āyasmanta Udèna, le brāhmane Ghōṭamukhadit : « C’est merveilleux, honorable Udèna, c’est sans précédent,honorable Udèna. Comme si l’on redressait ce qui a été renversé,comme si l’on montrait ce qui a été caché, comme si l’on montraitle chemin à l’égaré ou comme si l’on apportait une lampe dansl’obscurité en pensant : “Que ceux qui ont des yeux voient lesformes”, de même, l’honorable Udèna a rendu claire la Doctrine denombreuses façons. Alors nous, nous prenons refuge en l’honorableUdèna, en sa doctrine et en sa communauté de bhikkhus. Quel’honorable Udèna nous admette comme des disciples associés àpartir d’aujourd’hui jusqu’à la fin de la vie, nous qui avons prisrefuge en lui »

L’Āyasmanta Udèna dit : « Ô brāhmane, ne prenez pas refugeauprès de moi. Prenez refuge en le Bienheureux auprès duquelmoi-même j’ai pris refuge.

– Honorable Udèna, où vit maintenant ce Bienheureux qui estl’Arahant et l’Éveillé parfait ?

– Ô brāhmane, ce Bienheureux qui est l’Arahant et l’Éveilléparfait a atteint le parinibbāna.

– Oh, Honorable Udèna, si nous avions appris que le Bienheureuxvivait dix lieux loin d’ici, nous aurions marché dix lieux pourvoir ce Bienheureux qui est l’Arahant et l’Éveillé parfait. Si nousavions appris que le Bienheureux vivait à vingt lieux, trentelieux, quarante lieux, cinquante lieux loin d’ici, nous aurionsmarché pour voir ce Bienheureux qui est l’Arahant et l’Éveilléparfait. Si nous avions appris que le Bienheureux vivait cent lieuxloin d’ici, nous aurions marché pour voir ce Bienheureux qui estl’Arahant et l’Éveillé parfait. Honorable Udèna, bien que leBienheureux ait déjà atteint le parinibbāna, nous prenons refuge en le Bienheureux qui estl’Arahant et l’Éveillé parfait, en la Doctrine et en la communautéde bhikkhus. Que l’honorable Udèna nous admette comme un discipleassocié à partir d’aujourd’hui jusqu’à la fin de la vie, nous quiavons pris refuge en le Bienheureux. En outre, honorable Udèna, leroi du pays des Aṅgas m’a conféré un don que je reçoisrégulièrement. À partir de cela, je vous ferai une donationrégulière.

– Quelle sorte de donation régulière avez-vous reçue de la partdu roi du pays des Aṅgas, ô brāhmane ?

– Cinq cent kahāpanas, honorable Udèna.

– Ô brāhmane, nous n’avons pas le droit d’accepter d’or nid’argent.

– Si l’or et l’argent sont interdits à l’honorable Udèna, jevous ferai construire une résidence.

– Ô brāhmane, si vous faites construire une résidence pour moi,je veux plutôt que vous construisiez une salle de réunion pour lacommunauté de bhikkhus à Pāṭaliputta.

– Je suis satisfait et davantage content de vous, honorableUdèna puisque vous me demandez plutôt de construire une salle deréunion pour la communauté de bhikkhus à Pāṭaliputta. Je feraiconstruire alors une salle de réunion pour la communauté debhikkhus à Pāṭaliputta en utilisant ladite donation et aussi en yajoutant une donation supplémentaire.

Le brāhmane Ghōṭamukha alors fit construire une salle de réunionpour la communauté de bhikkhus à Pāṭaliputta en utilisant laditedonation et aussi en y ajoutant une donation supplémentaire.Actuellement cette salle est appelée Ghōṭamukhī.

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