Discours Connectés 22.85
9. Membres Monastiques Aînés
Avec Yamaka
Une fois Vénérable Sāriputta résidait près de Sāvatthī dans le Petit Bois de Jeta, dans le monastère de Anāthapiṇḍika.
Alors en ce temps un moine appelé Yamaka avait la conception erronée et nuisible suivante :
« Tel que je comprends l’enseignement du Bouddha, un membre monastique qui a mis fin aux souillures est annihilé et détruit quand son corps se désagrège, et n’existe pas après la mort. »
Plusieurs membres monastiques entendirent cette rumeur.
Ils allèrent vers Yamaka et échangèrent les salutations avec lui.
Quand les salutations et la conversation polie prirent fin, ils s’assirent sur le côté et lui dirent,
« Est-ce vraiment vrai, Révérend Yamaka, que tu as une telle conception erronée et nuisible :
‘ Tel que je comprends l’enseignement du Bouddha, un membre monastique qui a mis fin aux souillures est annihilé et détruit quand son corps se désagrège, et n’existe pas après la mort ’ ?
« Oui, révérends, c’est ainsi que je comprends l’enseignement du Bouddha. »
« Ne dis pas cela, Yamaka ! Ne déforme pas les propos du Bouddha, car déformer les propos du Bouddha n’est pas bien. Et le Bouddha ne dirait pas cela. »
Mais même réprimandé par ces membres monastiques, Yamaka resta obstinément attaché à cette conception erronée et insista pour la déclarer.
Quand ces membres monastiques furent incapables de dissuader Yamaka de cette conception erronée, ils se levèrent et allèrent voir Vénérable Sāriputta. Ils lui racontèrent ce qui c’était passé, et dirent,
« Que Vénérable Sāriputta aille s’il lui plait vers le moine Yamaka par compassion. »
Sāriputta consentit en silence.
Alors tard dans l’après-midi, Vénérable Sāriputta sortit de sa retraite, alla vers Vénérable Yamaka et échangea les salutations avec lui. Assis sur le côté il dit à Yamaka :
« Est-ce vraiment vrai, Révérend Yamaka, que tu as une telle conception erronée et nuisible :
‘ Tel que je comprends l’enseignement du Bouddha, un membre monastique qui a mis fin aux souillures est annihilé et détruit quand son corps se désagrège, et n’existe pas après la mort ’ ? »
« Oui, révérend, c’est ainsi que je comprends l’enseignement du Bouddha. »
« Que penses-tu, Yamaka ?
Le corps est permanent ou impermanent ? »
« Impermanent, révérend. »
« La sensation…
la perception…
les choix…
la conscience est permanente ou impermanente ? »
« Impermanente, révérend. »
« Ainsi tu devrais vraiment voir…
Voyant ceci…
Ils comprennent : ‘… il n’y a plus rien pour cet endroit. ’
Que penses-tu, Révérend Yamaka ?
Considères-tu quelqu’un qui a Realisé comme le corps ? »
« Non, révérend. »
« Considères-tu quelqu’un qui a Realisé comme les sensations…
la perception…
les choix…
la conscience… ? »
« Non, révérend. »
« Que penses-tu, Révérend Yamaka ?
Considères-tu quelqu’un qui a Realisé comme dans le corps ? »
« Non, révérend. »
Ou considères-tu quelqu’un qui a Realisé comme distinct du corps ? »
« Non, révérend. »
« Considères-tu quelqu’un qui a Realisé comme dans les sensations…
ou distinct des sensations…
comme dans la perception…
ou distinct de la perception…
comme dans les choix…
ou distinct des choix…
comme dans la conscience ? »
« Non, révérend. »
« Ou considères-tu quelqu’un qui a Realisé comme distinct de la conscience ? »
« Non, révérend. »
« Que penses-tu, Révérend Yamaka ?
Considères-tu quelqu’un qui a Realisé comme possédant un corps… des sensations… des perceptions… des choix… une conscience ? »
« Non, révérend. »
« Que penses-tu, Révérend Yamaka ?
Considères-tu quelqu’un qui a Realisé comme sans corps… sensations… perception… choix… conscience ? »
« Non, révérend. »
« Dans ce cas, Révérend Yamaka, puisque tu ne considères pas quelqu’un qui a Réalisé comme un fait réel dans cette vie même, est-ce cohérent pour toi de déclarer :
‘ Tel que je comprends l’enseignement du Bouddha, un membre monastique qui a mis fin aux souillures est annihilé et détruit quand son corps se désagrège, et n’existe pas après la mort ’ ? »
« Révérend Sāriputta, dans mon ignorance, j’avais cette conception erronée.
Mais maintenant que j’ai entendu l’enseignement de Vénérable Sāriputta, j’ai abandonné cette conception erronée, et j’ai compris l’enseignement. »
« Révérend Yamaka, suppose qu’on te demande :
‘ Quand son corps se désagrège, après la mort, qu’arrive-t-il à Celui qui est Parfait, qui a mis fin aux souillures ’ ?
Comment répondrais-tu ? »
« Révérend, si on me demandait ceci,
Je répondrais ainsi :
‘ Révérend, le corps est impermanent.
Ce qui est impermanent est souffrance.
Ce qui était souffrance a cessé et disparu.
La sensation…
la perception…
les choix…
la conscience est impermanente.
Ce qui est impermanent est souffrance.
Ce qui était souffrance a cessé et disparu. ’
C’est ainsi que je répondrais à une telle question. »
« Bien, bien, Révérend Yamaka !
Bon alors, je vais te donner une comparaison pour rendre le sens encore plus clair.
Suppose qu’il y ait un propriétaire ou fils de propriétaire qui soit riche, avec beaucoup d’argent et une grande fortune,
et un garde du corps pour le protéger.
Ensuite arrive une personne qui veut lui nuire, le blesser, le menacer, et prendre sa vie.
Il penserait :
‘ Ce propriétaire ou fils de propriétaire est riche, avec beaucoup d’argent et une grande fortune,
et un garde du corps pour le protéger.
Ce ne sera pas facile de lui ôter la vie par force.
Pourquoi ne pas m’approcher de lui, puis lui ôter la vie ? ’
Alors il va voir ce propriétaire ou fils de propriétaire et lui dit :
‘ Sire, je voudrais vous servir. ’
Il servirait ce propriétaire ou fils de propriétaire.
Il se lèverait avant lui et irait se coucher après lui, serait serviable, se comportant gentiment et parlant poliment.
Le propriétaire ou fils de propriétaire le considèrerait comme un ami
et un compagnion,
et finirait par lui faire confiance.
Mais quand cette personne réalise qu’
il a obtenu la confiance du propriétaire ou fils de propriétaire, alors, quand il sait qu’il est seul, il lui ôterait la vie avec un couteau aiguisé.
Que penses-tu, Yamaka ?
Quand cette personne alla vers ce propriétaire ou fils de propriétaire et offrit de
le servir, n’était-il pas un assassin alors,
bien qu’il ne sache pas que
c’était son assassin ?
Et quand il se levait avant lui et allait se coucher après lui, étant serviable, se comportant gentiment et parlant poliment, n’était-il pas un assassin alors,
bien qu’il ne sache pas que
c’était son assassin ?
Et quand, sachant qu’il était seul, il lui ôta la vie avec un couteau aiguisé, n’était-il pas un assassin alors,
bien qu’il ne sache pas que
c’était son assassin ? »
« Oui, révérend. »
« De la même façon, une personne ordinaire non instruite n’a pas vu les personnes nobles, et n’a ni pratiqué ni bien développé l’enseignement des personnes nobles. Ils n’ont ni vu des personnes vraies, et n’ont ni pratiqué ni bien développé l’enseignement des personnes vraies.
Ils considèrent le corps comme soi, soi comme ayant un corps, le corps dans soi, ou soi dans le corps.
Ils considèrent la sensation…
la perception…
les choix…
Ils considèrent la conscience comme soi, soi comme ayant une conscience, la conscience dans soi, ou soi dans la conscience.
Ils ne comprennent pas vraiment le corps -qui est impermanent- comme impermanent.
Ils ne comprennent pas vraiment la sensation…
la perception…
les choix…
la conscience -qui est impermanente- comme impermanente.
Ils ne comprennent pas vraiment le corps -qui est souffrance- comme souffrance.
Ils ne comprennent pas vraiment la sensation…
la perception…
les choix…
la conscience -qui est souffrance- comme souffrance.
Ils ne comprennent pas vraiment le corps -qui est non soi- comme non soi.
Ils ne comprennent pas vraiment la sensation…
la perception…
les choix…
la conscience -qui est non soi- comme non soi.
Ils ne comprennent pas vraiment le corps -qui est conditioné- comme conditioné.
Ils ne comprennent pas vraiment la sensation…
la perception…
les choix…
la conscience -qui est conditionée- comme conditionée.
Ils ne comprennent pas vraiment le corps -qui est un assassin- comme un assassin.
Ils ne comprennent pas vraiment la sensation…
la perception…
les choix…
la conscience -qui est un assassin- comme un assassin.
Ils sont attirés par le corps, le saisissent, et se fixent sur la pensée, ‘ moi ’.
Ils sont attirés par la sensation…
la perception…
les choix…
la conscience, la saisissent, et se fixent sur la pensée, ‘ moi ’.
Et quand on se trouve impliqué dans et qu’on saisit ces cinq aggrégats, ils vous entraînent dans de longs dommages et souffrances.
Un disciple noble et instruit a vu les personnes nobles, et a pratiqué et bien développé l’enseignement des personnes nobles. Ils ont vu des personnes vraies, et ont pratiqué et bien développé l’enseignement des personnes vraies.
Ils ne considèrent pas le corps comme soi, soi comme ayant un corps, le corps dans soi, ou soi dans le corps.
Ils ne considèrent pas la sensation…
la perception…
les choix…
la conscience comme soi, soi comme ayant une conscience,
la conscience dans soi, ou soi dans la conscience.
Ils comprennent vraiment le corps -qui est impermanent- comme impermanent.
Ils comprennent vraiment la sensation…
la perception…
les choix…
la conscience -qui est impermanente- comme impermanente.
Ils comprennent vraiment le corps -qui est souffrance- comme souffrance.
Ils comprennent vraiment la sensation…
la perception…
les choix…
la conscience -qui est souffrance- comme souffrance.
Ils comprennent vraiment le corps -qui est non soi- comme non soi.
Ils comprennent vraiment la sensation…
la perception…
les choix…
la conscience -qui est non soi- comme non soi.
Ils comprennent vraiment le corps -qui est conditioné- comme conditioné.
Ils comprennent vraiment la sensation…
la perception…
les choix…
la conscience -qui est conditionée- comme conditionée.
Ils comprennent vraiment le corps -qui est un assassin- comme un assassin.
Ils comprennent vraiment la sensation…
la perception…
les choix…
la conscience -qui est un assassin- comme un assassin.
N’étant pas attirés par le corps, ils ne le saisissent pas, et ne se fixent pas sur la pensée, ‘ moi ’.
N’étant pas attirés par la sensation…
la perception…
les choix…
la conscience, ils ne la saisissent pas, et ne se fixent pas sur la pensée, ‘ moi ’.
Et quand on ne se trouve pas impliqué dans et qu’on ne saisit pas ces cinq aggrégats, ils vous entraînent vers un bien-être et bonheur qui durent. »
« Révérend Sāriputta, voilà comme cela se passe quand on a de tels vénérables comme compagnons spirituels pour nous conseiller et nous instruire par gentillesse et par compassion.
Et après avoir entendu ces enseignements de Vénérable Sāriputta, mon esprit est libéré des souillures dû au fait de ne pas saisir. »
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