Ainsi ai-je entendu : une fois leBienheureux séjournait à l’endroit appelé Kalandaka-nivāpa, situédans le bois de bambous près de la ville de Rājagaha.
En ce temps-là, le novice Aciravata demeurait dans la cabane debois. Un jour, le prince Jayasèna, qui se promenait ici et là,s’approcha du novice Aciravata. S’étant approché, il échangea aveclui des compliments de politesse et des paroles de courtoisie, puisil s’assit à l’écart sur un côté. S’étant assis à l’écart sur uncôté, le prince Jayasèna dit au novice Aciravata : « J’ai entendudire, ô honorable Aggivessana, que, si un bhikkhu demeure ici[dans cette cabane de bois], diligent,ardent et bien déterminé, il peut atteindre la concentrationmentale. »
« C’est vrai, ô prince, c’est vrai. Un bhikkhu qui demeure ici,diligent, ardent et bien déterminé, peut atteindre la concentrationmentale », répondit le novice Aciravata.
Le prince Jayasèna demanda alors : « L’honorable Aggivessanapeut-il m’enseigner la Doctrine comme il l’a apprise, comme il l’apratiquée ? »
« Je ne suis pas capable, ô prince, de vous enseigner laDoctrine comme je l’ai apprise et comme je l’ai pratiquée », dit lenovice Aciravata. « Si je vous enseignais la Doctrine comme je l’aiapprise et comme je l’ai pratiquée et si vous ne compreniez pas levrai sens de ce que je dis, alors, ce serait pour moi fatigant etennuyeux. »
Le prince Jayasèna demanda à nouveau : « Que l’honorableAggivessana m’enseigne la Doctrine comme il l’a apprise, comme ill’a pratiquée. Peut-être pourrai-je comprendre ce qu’il dit. »
– Si je vous enseigne la Doctrine comme je l’ai apprise et commeje l’ai pratiquée, ô prince, si vous pouviez comprendre ce que jedis, ce serait bon. Si vous ne pouviez pas comprendre ce que jedis, vous devriez vous arrêter là. Vous ne devriez pas m’interrogerdavantage sur cette matière.
– Que l’honorable Aggivessana m’enseigne la Doctrine comme ill’a apprise, comme il l’a pratiquée. Si je ne peux comprendre cequ’il me dit, je m’arrêterai là. Je n’interrogerai pas davantagel’honorable Aciravata.
Le novice Aciravata parla alors de la Doctrine comme il l’avaitapprise et comme il l’avait pratiquée. Quand il eut terminé, leprince Jayasèna dit : « C’est impossible, ô honorable Aggivessana.Il est impossible qu’un bhikkhu puisse atteindre la concentrationmentale en demeurant ici, diligent, ardent et résolu. » Disantcela, le prince Jayasèna quitta la place où il était assis et s’enalla.
Dès que le prince Jayasèna fut parti, le novice Aciravatas’approcha du Bienheureux. S’étant approché, il rendit hommage auBienheureux, puis s’assit à l’écart sur un côté. Ensuite, ilraconta au Bienheureux toute la conversation qu’il avait eue avecle prince Jayasèna. L’ayant entendu, le Bienheureux dit au noviceAciravata : « À quoi bon, ô Aggivessana ? Il est impossible que leprince Jayasèna, vivant au milieu des plaisirs sensuels, jouissantdes plaisirs sensuels, consumé par les pensées des plaisirssensuels, brûlé par la fièvre des plaisirs sensuels, passionné parla recherche des plaisirs sensuels, il est impossible qu’il puissesavoir ou voir ou atteindre ou réaliser ce que l’on peut savoir parle renoncement [aux plaisirs sensuels],voir par le renoncement, atteindre par le renoncement, réaliser parle renoncement. Cela ne peut se produire. Supposons, ô Aggivessana,que, parmi les éléphants, ou les chevaux, ou les bœufs qui doiventêtre domptés, il y ait deux éléphants, ou deux chevaux, ou deuxbœufs, bien domptés et bien entraînés, et deux qui soient ni biendomptés ni bien entraînés. Qu’en pensez-vous, ô Aggivessana ?Est-ce que les premiers qui doivent être domptés et qui sont déjàdomptés et bien entraînés ne pourront pas atteindre un haut niveaude domptage et d’entraînement ?
– Si, Vénéré.
– Cependant, les deux éléphants, ou les deux chevaux, ou lesdeux bœufs, qui devaient être domptés mais qui n’ont été ni domptésni entraînés, atteindront-ils un haut niveau de domptage etd’entraînement comme ce fut le cas pour les deux éléphants, ou lesdeux chevaux, ou les deux bœufs, bien domptés et bienentraînés ?
– Non, Vénéré.
– De même, ô Aggivessana, il est impossible que le princeJayasèna, vivant au milieu des plaisirs sensuels, jouissant desplaisirs sensuels, consumé par les pensées des plaisirs sensuels,brûlé par la fièvre des plaisirs sensuels, passionné par larecherche des plaisirs sensuels, il est impossible qu’il puissesavoir ou voir ou atteindre ou réaliser ce que l’on peut savoir parle renoncement [aux plaisirs sensuels],voir par le renoncement, atteindre par le renoncement, réaliser parle renoncement. Cela ne peut se produire. Supposons, ô Aggivessana,qu’il y ait un versant de montagne près duquel se trouve unvillage, un bourg. Deux amis arrivent, la main dans la main, dansce village, ou ce bourg et s’approchent du pied de la montagne.Arrivé là, un des amis veut rester au pied de la montagne, tandisque l’autre veut la gravir jusqu’au sommet. Alors, l’ami qui estresté au pied de la montagne dit à celui qui est monté au sommet :“Ô ami, maintenant que vous êtes sur le sommet, que voyez-vous ?”L’autre répond : “Debout sur le sommet de la montagne, mon ami, jevois des jardins ravissants, des bois ravissants, des terrainsravissants”. Cependant l’autre dit : “C’est impossible ! Cela nepeut être, ô ami, que vous voyiez des jardins ravissants, des boisravissants, des terrains ravissants”. L’ami qui était sur le sommetde la montagne, étant redescendu, ayant pris la main de son ami, leconduit alors au sommet et, lui laissant le temps de souffler, luidit : “Ô ami, maintenant que vous êtes debout au sommet de lamontagne, que voyez-vous ?” L’autre répond : “Ô ami, maintenant queje suis debout sur le sommet, je vois des jardins ravissants, desbois ravissants, des terrains ravissants”. L’autre dit : “Tout àl’heure, j’ai entendu ce que vous avez dit : ‘Cela est impossible !Cela ne peut être […]’. Cependant,maintenant, je comprends ce que vous dites : ‘Je vois des jardinsravissants, des bois ravissants, des terrains ravissants’. L’autrerépond : “Ô ami, c’était parce que j’étais au pied de la montagne.Je n’avais pas vu ce qu’il y avait à voir”.
De même, ô Aggivessana, mais encore plus, le prince Jayasèna estenserré, bloqué, entravé, enveloppé par ce tas d’ignorance. Envérité, ce prince Jayasèna, vivant au milieu des plaisirs sensuels,jouissant des plaisirs sensuels, […] ilest impossible que ce prince Jayasèna puisse savoir ou voir ouatteindre ou réaliser ce qu’on peut savoir par le renoncement,réaliser par le renoncement. Cela ne peut être. Si vous aviezraconté, ô Aggivessana, ces deux paraboles au prince Jayasèna,alors il aurait pu mettre sa confiance en vous ; ayant confiance,il aurait pu agir à la façon de quelqu’un qui aurait confiance envous. »
Le novice Aciravata répondit : « Vénéré, comment aurais-je puraconter ces deux paraboles au prince Jayasèna ? Je vois que cesdeux paraboles sont spontanées chez vous et, d’ailleurs, je n’avaisjamais entendu ces deux paraboles. »
– Ô Aggivessana, imaginons qu’un roi khattiya qui a été sacrés’adresse à l’homme qui est responsable de la forêt d’éléphants :“Ô bon homme responsable de la forêt d’éléphants, allez à la forêtoù se trouvent des éléphants. Allez-y sur l’éléphant royal. Lorsquevous y verrez un éléphant sauvage, attachez-le au cou de l’éléphantroyal”. L’homme responsable de la forêt d’éléphants ayant réponduen disant “Bien, Sire”, se rend dans la forêt des éléphantssauvages. Y ayant trouvé un éléphant sauvage, il l’attache au coude l’éléphant royal. Ensuite, l’éléphant royal amène l’éléphantsauvage hors de la forêt. Cependant, celui-ci a une seule envie :retourner à la forêt des éléphants sauvages. L’homme responsable dela forêt d’éléphants informe le roi qu’il a amené l’éléphantsauvage hors de la forêt. Le roi demande alors à un dompteurd’éléphants : “Venez, ô bon dompteur d’éléphants. Domptez cetéléphant sauvage afin de réduire sa conduite sauvage, afin deréduire ses souvenirs sauvages, afin de réduire ses aspirationssauvages, afin de réduire ses angoisses, afin de réduire son désirpour la forêt sauvage, en lui faisant aimer la vie dans lesvillages, en l’habituant aux méthodes des êtres humains”.
Le dompteur d’éléphants répond alors : “Bien, sire” et il planteun grand piquet dans la cour, y attache l’éléphant sauvage, puis ille dompte afin de réduire sa conduite sauvage […], pour qu’il aime la vie dans les villages, qu’ils’habitue aux méthodes des êtres humains. Après cela, le dompteurs’adresse à cet éléphant avec des mots gentils, agréables auxoreilles, affectueux, cordiaux, des mots urbains, agréables à toutle monde. Le dompteur, ô Aggivessana, s’étant adressé avec des motsgentils, agréables aux oreilles, l’éléphant sauvage se met àécouter, à ouvrir ses oreilles, et il commence à apprendre.Désormais, le dompteur d’éléphants lui donne à manger et à boire.Lorsque l’éléphant est prêt à manger et à boire, le dompteur arriveà la conclusion que l’éléphant du roi va vivre. Puis il lui donnedes ordres en disant : “Prends ceci” et “Dépose cela”. Lorsquel’éléphant est obéissant et lorsqu’il prend et dépose selon lesordres du dompteur, celui-ci donne d’autres ordres en disant :“Avance” et “Recule”. Lorsque l’éléphant est obéissant et lorsqu’ilavance et recule selon les ordres du dompteur, celui-ci donned’autres ordres en disant : “Lève-toi” et “Assieds-toi”. Lorsquel’éléphant est obéissant et lorsqu’il se lève et s’assied selon lesordres du dompteur, celui-ci fait un autre essai appelé‘immobilité’. Pour cela, le dompteur attache un bouclier à latrompe de l’éléphant. Un homme portant une lance se tient assis surson cou, et des hommes qui portent des lances se tiennent deboutautour de lui, de tous les côtés, et le dompteur lui-même prend unelance avec un long manche et se tient debout devant l’éléphant.Pendant ce temps, l’animal reste immobile, il ne bouge ni sesantérieurs ni ses postérieurs ; il ne bouge ni son avant-train nison arrière-train ; il ne bouge ni la tête, ni une oreille, ni unedéfense, ni la queue, ni la trompe. Cet éléphant du roi, désormais,supporte les attaques des épées, des haches, des flèches, deshachettes et il supporte le tapage retentissant des tambours, destimbales, des conques et des tam-tams. Comme l’or purifié, lavé detoutes ses impuretés et scories, cet éléphant convient désormaispour un roi, pour une procession royale ; il est égalementconsidéré comme un symbole royal.
De même, ô Aggivessana, il apparaît [de tempsen temps dans le monde] un Tathāgata, qui est un Arahant,Éveillé parfait, parfait en Savoir et parfait en Conduite,[…], il enseigne la Doctrine, bonne en sondébut, bonne en son milieu, bonne en sa fin, bonne dans sa lettreet dans son esprit, il exalte la Conduite pure parfaitement pleineet parfaitement pure. Un chef de famille ou un fils de chef defamille ou une personne née dans une quelconque famille, entendcette Doctrine. L’ayant entendue, il atteint la confiance sereinedans le Tathāgata. Parce qu’il a atteint la confiance sereine etqu’il en est pourvu, il réfléchit ainsi : “Cette vie à la maisonest pleine d’obstacles, elle est un domaine poussiéreux ; la viesans foyer est comparable au plein air. Il n’est pas aisé depratiquer la conduite pure entièrement pleine, entièrement pure,parfaite comme une conque gravée, en demeurant dans la vie defoyer. Il faut donc que, m’étant rasé la barbe et les cheveux,ayant couvert mon corps de vêtements kāsāya, je quitte mon foyerpour mener une vie sans foyer”. Plus tard, ayant abandonnél’ensemble de ses biens, quelle qu’en soit la valeur, ayantabandonné ses parents et son entourage, quel qu’en soit le nombre,s’étant rasé la barbe et les cheveux, ayant couvert son corps desvêtements kāsāya, il quitte son foyer pour mener une vie sansfoyer. À ce point ce bhikkhu est parvenu à l’espace libre.
Pourtant, ô Aggivessana, les dieux et les êtres humains sontavides de plaisirs ; c’est-à-dire des cinq sortes de plaisirssensuels. Le Tathāgata alors entraîne le bhikkhu : “Venez, ôbhikkhu, soyez vertueux, pourvu d’un bon comportement ; vivez envoyant du danger même dans les moindres fautes ; vivez en vousentraînant dans le code de la discipline du Pātimokkha. Lorsque ce bhikkhu est vertueux,étant pourvu d’un bon comportement, en voyant du danger même dansles moindres fautes, en suivant bien le code de la discipline, leTathāgata alors l’entraîne à nouveau, en disant : “Venez, ôbhikkhu, soyez vigilant à propos de vos organes sensoriels. Parexemple, ayant vu une forme physique au moyen de votre œil, nesoyez pas plongé dans ses apparences générales ni dans ses détailscar, en conséquence de ce que cet organe de l’œil demeure nonmaîtrisé, les choses mauvaises et vicieuses, la convoitise et latristesse, peuvent s’introduire dans votre pensée. Maîtrisez doncbien l’organe de l’œil et achevez le domptage de l’organe de l’œil.Également, ayant écouté un son au moyen de l’oreille. […]. Maîtrisez donc bien l’organe de l’oreille etachevez le domptage de l’organe de l’oreille. Ayant senti une odeurau moyen du nez. […]. Maîtrisez donc bienl’organe du nez et achevez le domptage de l’organe du nez. Ayantsenti une saveur au moyen de la langue. […]. Maîtrisez donc bien l’organe de la langue etachevez le domptage de l’organe de la langue. Ayant senti unesensation tactile au moyen du corps. […].Maîtrisez donc bien l’organe du corps et achevez le domptage del’organe du corps. Ayant reconnu un objet mental au moyen de lapensée, ne soyez pas plongé dans ses apparences générales ni dansses détails car, en conséquence de ce que cet organe de la penséedemeure non maîtrisé, les choses mauvaises et vicieuses, laconvoitise et la tristesse, peuvent s’introduire dans votre pensée.Maîtrisez donc bien l’organe de la pensée et achevez le domptage del’organe de la pensée”.
Lorsque, ô Aggivessana, ce disciple noble a maîtrisé ses organessensoriels, le Tathāgata alors l’entraîne à nouveau, en disant :“Venez, ô bhikkhu, soyez modéré lorsque vous mangez. Mangezattentivement en réfléchissant : “Je me sers de cette nourriturenon pas pour le plaisir, non pas pour l’exagération de la vigueur,non pas pour l’esthétique, non pas pour la beauté, mais uniquementpour maintenir l’existence de ce corps, pour supprimer dukkha, pour favoriser la conduite sublimecar, ainsi, à cause de cette nourriture je mettrai fin auxsensations désagréables anciennes, je ne produirai pas desensations désagréables nouvelles et, de cette façon, mon existencesera irréprochable et confortable”. »
Lorsque, ô Aggivessana, ce disciple noble est devenu modéré dansses repas, le Tathāgata l’entraîne à nouveau, en disant : “Venez, ôbhikkhu, vivez en vigilance. Pendant la journée, lorsque vousmarchez, lorsque vous restez immobile, purifiez votre pensée desétats mentaux qui constituent des éléments qui dissimulent. Pendantla première partie de la nuit, couchez-vous en la posture de lion,consciemment, en réfléchissant à l’intention de vous lever, lelendemain matin. Puis dans la dernière partie de la nuit, lorsquevous vous levez, lorsque vous marchez, lorsque vous restezimmobile, lorsque vous restez assis, purifiez votre pensée desétats mentaux qui constituent des éléments qui dissimulent”.
Lorsque, ô Aggivessana, ce disciple noble est tout entiervigilant, le Tathāgata l’entraîne à nouveau, en disant : “Venez, ôbhikkhu, vous possédez l’attention et la conscience. Soyezquelqu’un qui agit avec pleine conscience. Soyez attentif etconscient. Allant ou revenant, soyez parfaitement conscient.Regardant devant ou autour de vous, soyez parfaitement conscient.Étant debout ou repliant vos membres, soyez parfaitement conscient.Portant le bol à aumône et les cīvaras, soyez parfaitement conscient. Mangeant, buvant,mâchant, soyez parfaitement conscient. Déféquant, urinant, soyezparfaitement conscient. Marchant, étant debout, vous asseyant, vousendormant, vous éveillant, parlant, vous taisant, soyezparfaitement conscient”.
Lorsque, ô Aggivessana, ce disciple noble est pourvu del’attention et de la conscience dans ses actes quotidiens, leTathāgata alors l’entraîne à nouveau, en disant : “Vous, ô bhikkhu,choisissez un logement solitaire, dans la forêt, au pied d’unarbre, dans la montagne, une grotte, une caverne, un cimetière, unplateau boisé, un endroit découvert, une meule de paille”. Lebhikkhu choisit alors un logement solitaire, […]. Étant revenu de sa tournée d’aumône, après sonrepas, il s’assied en repliant et croisant les jambes, posant soncorps bien droit, fixant son attention devant lui : ayant abandonnél’attachement avide pour ce monde, il demeure avec une pensée sansattachement avide, il purifie entièrement sa pensée del’attachement avide. Ayant abandonné la haine et la colère, ildemeure avec une pensée sans haine et sans colère et ayant pitié etbienveillance à l’égard de tous les êtres vivants, il purifie sapensée de la haine et de la colère. Ayant abandonné la torpeurphysique et mentale et la langueur, il demeure sans la torpeurphysique, sans la torpeur mentale et sans la langueur, ayant laperception de la lumière, étant attentif et conscient, il purifiesa pensée de la torpeur physique, de la torpeur mentale et de lalangueur. Ayant abandonné l’inquiétude et le remords, il demeureintérieurement pacifié, avec une pensée sans inquiétude et sansremords, il se purifie entièrement de l’inquiétude et du remords.Ayant abandonné le doute, il demeure ayant surpassé le doute, sansperplexité touchant les choses bonnes, il purifie entièrement sapensée du doute. Ainsi, s’étant séparé de ces cinq obstacles quesont les souillures mentales sous-jacentes, qui affaiblissent lasagesse, il demeure en observant le corps selon le fonctionnementdu corps, d’une façon ardente, consciencieuse, afin de pouvoirmaîtriser la convoitise et la tristesse ; il demeure en observantles sensations selon le fonctionnement des sensations, d’une façonardente, consciencieuse, afin de pouvoir maîtriser la convoitise etla tristesse ; il demeure en observant la pensée selon lefonctionnement de la pensée, d’une façon ardente, consciencieuse,afin de pouvoir maîtriser la convoitise et la tristesse ; ildemeure en observant les objets mentaux selon le fonctionnement desobjets mentaux, d’une façon ardente, consciencieuse, afin depouvoir maîtriser la convoitise et la tristesse.
Tout comme, ô Aggivessana, un dompteur d’éléphants, ayant plantéun grand pilier dans la cour, y attache un éléphant sauvage par lecou afin de réduire sa conduite sauvage, ses souvenirs sauvages[…] et afin de l’habituer aux méthodes desêtres humains ; de même, ô Aggivessana, ces quatre bases del’attention sont des moyens de la pensée, chez un disciple noble,pour réduire les manières propres aux chefs de famille, réduire lesaspirations propres aux chefs de famille, réduire l’angoisse propreaux chefs de famille, réduire l’agitation, la fièvre des chefs defamille. Elles sont les moyens qui conduisent le disciple noble àatteindre la connaissance, à réaliser le nibbāna.
Le Tathāgata l’entraîne alors, en disant : “Venez, ô bhikkhu,demeurez en observant le corps selon le fonctionnement du corps,mais ne vous appliquez pas vous-même à une série de penséesconcernant le corps. Demeurez en observant les sensations selon lefonctionnement des sensations, mais ne vous appliquez pas vous-mêmeà une série de pensées concernant les sensations. Demeurez enobservant le mental selon le fonctionnement du mental, mais ne vousappliquez pas vous-même à une série de pensées concernant lemental. Demeurez en observant les objets mentaux selon lefonctionnement des objets mentaux, mais ne vous appliquez pasvous-même à une série de pensées concernant les objets mentaux.
Ensuite, s’étant séparé du désir, s’étant séparé des penséesinefficaces, il entre dans le premier jhāna pourvu de raisonnement et de réflexion, qui est joieet bonheur, né de la séparation [des chosesmauvaises] et il y demeure. Ensuite, ayant mis fin auraisonnement et à la réflexion, il entre et demeure dans ledeuxième jhāna qui est apaisementintérieur, unification de la pensée, qui est dépourvu deraisonnement et de réflexion, né de la concentration et quiconsiste en bonheur. Ensuite, se détournant du bonheur, il vit dansl’indifférence, conscient et vigilant, il ressent dans son corps lebonheur pur, de sorte que les êtres nobles désignent cela « Celuiqui, indifférent et attentif, demeure heureux » ; il entre etdemeure dans le troisième jhāna.Ensuite, s’étant débarrassé du bonheur et s’étant débarrassé de lapeine, ayant supprimé la gaieté et la tristesse antérieures, cebhikkhu entre et demeure dans le quatrième jhāna où ne sont ni plaisir ni douleur, mais qui estpureté parfaite d’attention et d’indifférence.
En outre, lorsque sa pensée est ainsi réglée, ainsi purifiée,sans défaut, sans souillure, bien souple, maniable, stable, arrivéeà l’impassibilité, ce bhikkhu dirige sa pensée et l’oriente vers lesavoir-faire dit ‘la connaissance qui permet de se rappeler sesdemeures antérieures’. Ainsi, il se rappelle ses demeuresantérieures, à savoir : une naissance, deux naissances, troisnaissances, quatre naissances, cinq naissances, dix naissances,vingt naissances, trente naissances, quarante naissances, cinquantenaissances, cent naissances, mille naissances, cent millenaissances [et il se rappelle] diversespériodes d’intégration, diverses périodes de désintégration et ilpeut se rappeler ses propres demeures antérieures avec leurstraits, avec le détail de faits de la manière suivante : “En cetemps-là, j’avais tel nom, telle famille, telle caste, tel mode denourriture, j’éprouvais tel plaisir et telle souffrance,j’atteignis tel âge. Alors étant sorti de cette existence-là,j’accédai à cette autre. Là encore j’avais tel nom, telle famille,telle caste, tel mode de nourriture, j’éprouvais tel plaisir ettelle souffrance, j’atteignis tel âge. Alors étant sorti de cetteexistence-là, j’accédai à cette autre, et ainsi de suite”. De cettefaçon, il se rappelle ses diverses demeures antérieures.
En outre, lorsque sa pensée est ainsi réglée, ainsi purifiée,sans défauts, sans souillures, bien souple, maniable, stable,arrivée à l’impassibilité, ce bhikkhu dirige sa pensée et l’orientevers le savoir-faire dit ‘la connaissance qui permet de voir ladisparition et l’apparition des êtres’. Ainsi, avec son œilsurhumain purifié qui dépasse la qualité humaine, il voit les êtresqui sortent d’ici et qui renaissent ailleurs, et il reconnaîtcomment les êtres sont bas ou élevés, beaux ou laids, heureux oumalheureux, d’après les actes qu’ils ont commis : “Ces honorablesêtres vivants ayant une mauvaise conduite par le corps, ayant unemauvaise conduite par la parole, ayant une mauvaise conduite par lapensée, ont insulté les êtres nobles, ont eu des opinions fausses,ont pratiqué des actes suivant ces opinions fausses et, parconséquent, après la dislocation du corps, après la mort, ils sontnés dans la déchéance, dans les destinations mauvaises, dans lesétats ruinés, dans l’état infernal. Cependant, ces honorables êtresayant une bonne conduite par le corps, ayant une bonne conduite parla parole, ayant une bonne conduite par la pensée, n’ont pasinsulté les êtres nobles, ont eu des opinions correctes, ontpratiqué des actes suivant ces opinions correctes et, parconséquent, après la dislocation du corps, après la mort, ils sontnés dans des destinations bonnes, dans des états célestes”. Decette façon, il reconnaît par l’œil surhumain purifié qui dépassela qualité humaine, comment les êtres sont bas ou élevés, beaux oulaids, heureux ou malheureux, d’après les actes qu’ils ontcommis.
En outre, lorsque sa pensée est ainsi réglée, ainsi purifiée,sans défaut, sans souillure, bien souple, maniable, stable, arrivéeà l’impassibilité, ce bhikkhu dirige sa pensée et l’oriente vers lesavoir-faire dit ‘la connaissance qui permet d’éliminer lesécoulements mentaux toxiques’. Ainsi il reconnaît selon laréalité : “Ceci est dukkha” ; ilreconnaît selon la réalité : “Ceci est l’apparition de dukkha” ; il reconnaît selon la réalité :“Ceci est la cessation de dukkha” ; il reconnaît selon la réalité : “Ceci est lavoie vers la cessation de dukkha”.Il reconnaît selon la réalité : “Ceci sont les écoulements mentauxtoxiques” ; il reconnaît selon la réalité : “Ceci est l’origine desécoulements mentaux toxiques” ; il reconnaît selon la réalité :“Ceci est la cessation des écoulements mentaux toxiques” ; ilreconnaît selon la réalité : “Ceci est la voie vers la cessationdes écoulements mentaux toxiques.
Lorsqu’il reconnaît lesdits éléments, lorsqu’il les voit, sapensée est libérée de l’écoulement mental toxique dit ‘désirsensuel’ ; de même sa pensée est libérée de l’écoulement mentaltoxique dit ‘la volonté de devenir’ ; sa pensée est libérée del’écoulement mental toxique dit ‘ignorance’. Lorsque la pensée estlibérée, la connaissance se produit : “Voici la libération”. Ilreconnaît : “Toute naissance nouvelle est anéantie. La conduitesublime est vécue. Ce qui doit être achevé est achevé ; plus rienne demeure à accomplir”.
Enfin, ce bhikkhu, est capable de supporter la chaleur, lefroid, la faim, la soif, les piqûres des moustiques, les piqûresdes taons, le vent, le soleil, les serpents venimeux, les parolesinsultantes venant d’autrui, les paroles méchantes venant d’autrui.Il est capable de supporter les sensations corporellesdouloureuses, aiguës, coupantes, insupportables, pénibles, et lessensations fatales. Délivré de toutes les scories et impuretés del’attachement [aux choses mondaines],délivré de la méchanceté et de l’illusion, ce bhikkhu est tout àfait digne de recevoir des dons, des offrandes, des marques derespect et d’hommage. Il est un des plus grands champs de méritespour le monde.
Ô Aggivessana, si un éléphant du roi, âgé, non dompté et nonentraîné, meurt, il est considéré comme un éléphant qui est mortdans un état non dompté. Également, ô Aggivessana, si un éléphantdu roi, d’âge moyen, non dompté et non entraîné, meurt, il estconsidéré comme un éléphant mort dans un état non dompté.Également, ô Aggivessana, si un éléphant du roi, jeune, non domptéet non entraîné, meurt, il est considéré comme un éléphant mortdans un état non dompté. De même, ô Aggivessana, si un bhikkhu,âgé, non dompté et non entraîné, meurt, il est considéré comme unindividu mort dans un état non dompté. Si un bhikkhu, d’âge moyen,non dompté et non entraîné, meurt, il est considéré comme unindividu mort dans un état non dompté. Si un bhikkhu, jeune, nondompté et non entraîné, meurt, il est considéré comme un individumort dans un état non dompté.
Par contre, ô Aggivessana, si un éléphant du roi, âgé, biendompté et bien entraîné, meurt, il est considéré comme un éléphantâgé du roi qui est mort dans un état dompté. Également, ôAggivessana, si un éléphant du roi, d’âge moyen, bien dompté etbien entraîné, meurt, il est considéré comme un éléphant d’âgemoyen du roi qui est mort dans un état dompté. Également, ôAggivessana, si un éléphant du roi, jeune, bien dompté et bienentraîné, meurt, il est considéré comme un éléphant jeune du roiqui est mort dans un état dompté. De même, ô Aggivessana, si unbhikkhu, âgé, ayant éliminé ses écoulements mentaux toxiques,meurt, il est considéré comme un bhikkhu âgé qui est mort dans unétat dompté. Si un bhikkhu, d’âge moyen, ayant éliminé sesécoulements mentaux toxiques, meurt, il est considéré comme unbhikkhu d’âge moyen qui est mort dans un état dompté. Si unbhikkhu, jeune, ayant éliminé ses écoulements mentaux toxiques,meurt, il est considéré comme un bhikkhu jeune qui est mort dans unétat dompté.
Ainsi parla le Bienheureux. Le novice Aciravata, heureux, seréjouit des paroles du Bienheureux.
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