Ainsi ai-je entendu : une fois leBienheureux séjournait dans le Kalandaka-nivāpa situé dans le boisde bambous, près de la ville de Rājagaha.
En ce temps-là, un jour, à la fin de l’après-midi, l’ĀyasmantaSāriputta, s’étant levé de son repos solitaire, s’approcha del’endroit où se trouvait le Bienheureux. S’étant approché, il luirendit hommage, puis s’assit à l’écart sur un côté. Lorsquel’Āyasmanta Sāriputta fut assis à l’écart sur un côté, leBienheureux lui dit : « Ô Sāriputta, vos facultés sensorielles sonttrès resplendissantes. La couleur de votre peau est pure etéclatante. Quelle est la demeure [spirituelle] dans laquelle vous vivez souvent en cetemps-ci, ô Sāriputta ? »
« Actuellement, Vénéré, je séjourne souvent dans la demeure devacuité. »
Le Bienheureux dit : « Très bien, ô Sāriputta, très bien !Actuellement, vous êtes souvent dans la demeure de vacuité qui estune demeure des Hommes exceptionnels. En effet, ô Sāriputta, lademeure de vacuité est vraiment une demeure des Hommesexceptionnels. C’est pourquoi, ô Sāriputta, si n’importe quelbhikkhu a ce souhait : “Que je séjourne souvent dans la demeure devacuité”, il doit réfléchir ainsi : “Dans le chemin que j’ai prispour aller au village afin de recevoir la nourriture (offerte dansle bol à aumône), ou dans la section du village où j’ai fait matournée d’aumône, ou dans le chemin que j’ai pris pour reveniraprès avoir fini ma tournée d’aumône, y avait-il chez moi un désir,ou un attachement ou une répugnance ou une illusion ou une aversionen ce qui concerne les formes matérielles connaissables par lesyeux ?”. Lorsqu’il réfléchit ainsi, s’il sait : “Dans le chemin quej’ai pris pour aller au village afin de recevoir la nourriture(offerte dans le bol à aumône), ou dans la section du village oùj’ai fait ma tournée d’aumône, ou dans le chemin que j’ai pris pourrevenir après avoir fini ma tournée d’aumône, il y avait chez moiun désir, ou un attachement ou une répugnance ou une illusion ouune aversion en ce qui concerne les formes matériellesconnaissables par les yeux”, alors il doit tenter d’éliminer cettesorte d’états mentaux négatifs et non efficaces. Cependant,lorsqu’il réfléchit ainsi, s’il sait : “Dans le chemin que j’aipris pour aller au village afin de recevoir la nourriture (offertedans le bol à aumône), ou dans la section du village où j’ai faitma tournée d’aumône, ou dans le chemin que j’ai pris pour reveniraprès avoir fini ma tournée d’aumône, il n’y avait pas chez moi undésir, ou un attachement ou une répugnance ou une illusion ou uneaversion en ce qui concerne les formes matérielles connaissablespar les yeux”, alors il peut demeurer dans le bonheur et dans lajoie, jour et nuit, s’entraînant dans ces états mentaux positifs etefficaces.
[Mêmedémonstration négative et positive à propos des sons connaissablespar les oreilles, des odeurs connaissables par le nez, des saveursconnaissables par la langue, des touchés connaissables par lecorps. Puis l’explication continue.]
Si n’importe quel bhikkhu a ce souhait : “Que je séjournesouvent dans la demeure de vacuité”, il doit réfléchir ainsi :“Dans le chemin que j’ai pris pour aller au village afin derecevoir la nourriture (offerte dans le bol à aumône), ou dans lasection du village où j’ai fait ma tournée d’aumône, ou dans lechemin que j’ai pris pour revenir après avoir fini ma tournéed’aumône, y avait-il chez moi un désir, ou un attachement ou unerépugnance ou une illusion ou une aversion en ce qui concerne lesobjets mentaux connaissables par le mental ?” Lorsqu’il réfléchitainsi, s’il sait : “Dans le chemin que j’ai pris pour aller auvillage afin de recevoir la nourriture (offerte dans le bol àaumône), ou dans la section du village où j’ai fait ma tournéed’aumône, ou dans le chemin que j’ai pris pour revenir après avoirfini ma tournée d’aumône, il y avait chez moi un désir, ou unattachement ou une répugnance ou une illusion ou une aversion en cequi concerne les objets mentaux connaissables par le mental”, alorsil doit tenter d’éliminer cette sorte d’états mentaux négatifs etnon efficaces. Cependant, ô Sāriputta, lorsqu’il réfléchit ainsi,s’il sait : “Dans le chemin que j’ai pris pour aller au villageafin de recevoir la nourriture (offerte dans le bol à aumône), oudans la section du village où j’ai fait ma tournée d’aumône, oudans le chemin que j’ai pris pour revenir après avoir fini matournée d’aumône, il n’y avait pas chez moi un désir, ou unattachement ou une répugnance ou une illusion ou une aversion en cequi concerne les objets mentaux connaissables par le mental”, alorsil doit demeurer dans le bonheur et dans la joie, jour et nuit,s’entraînant dans ces états mentaux positifs et efficaces.
En outre, ô Sāriputta, supposons que ce bhikkhu réfléchisse :“Est-ce que le désir pour les cinq plaisirs sensuels est éliminéchez moi ?” et qu’il sache : Le désir pour les cinq plaisirssensuels n’est pas éliminé chez moi”, alors il doit tenterd’éliminer le désir pour les cinq plaisirs sensuels. Cependant, ôSāriputta, lorsque ce bhikkhu réfléchit ainsi et sait : “Le désirpour les cinq plaisirs sensuels est éliminé chez moi”, alors ildoit demeurer dans le bonheur et dans la joie, jour et nuit,s’entraînant dans ces états mentaux positifs et efficaces.
En outre, ô Sāriputta, supposons que ce bhikkhu réfléchisse :“Est-ce que les cinq entraves sont éliminées chez moi ?” et qu’ilsache : “Les cinq entraves ne sont pas éliminées en moi”, alors ildoit tenter d’éliminer les entraves. Cependant, ô Sāriputta,lorsque ce bhikkhu réfléchit ainsi et sait : “Les cinq entravessont éliminées en moi”, alors il doit demeurer dans le bonheur etdans la joie, jour et nuit, s’entraînant dans ces états mentauxpositifs et efficaces.
En outre, ô Sāriputta, supposons que ce bhikkhu réfléchisse :“Est-ce que les cinq agrégats d’appropriation ont été compris parmoi ?” et qu’il sache : “Les cinq agrégats d’appropriation n’ontpas été compris par moi”, alors il doit tenter de comprendre lescinq agrégats d’appropriation. Cependant, ô Sāriputta, lorsque cebhikkhu réfléchit ainsi et sait : “Les cinq agrégatsd’appropriation ont été compris par moi”, alors il doit demeurerdans le bonheur et dans la joie, jour et nuit, s’entraînant dansces états mentaux positifs et efficaces.
En outre, ô Sāriputta, supposons que ce bhikkhu réfléchisse :“Est-ce que les quatre bases de l’attention ont été développées enmoi ?”, et qu’il sache : “Les quatre bases de l’attention n’ont pasété développées en moi”, alors il doit tenter de développer lesquatre bases de l’attention. Cependant, ô Sāriputta, lorsque cebhikkhu réfléchit ainsi et sait : “Les quatre bases de l’attentionont été développées en moi”, alors il doit demeurer dans le bonheuret dans la joie, jour et nuit, s’entraînant dans ces états mentauxpositifs et efficaces.
En outre, ô Sāriputta, supposons que ce bhikkhu réfléchisse :“Est-ce que les quatre efforts répétitifs corrects ont étédéveloppés en moi ?”, et qu’il sache : “Les quatre effortsrépétitifs corrects n’ont pas été développés en moi”, alors il doittenter de développer les quatre efforts répétitifs corrects.Cependant, ô Sāriputta, lorsque ce bhikkhu réfléchit ainsi etsait : “Les quatre efforts répétitifs corrects ont été développésen moi”, alors il doit demeurer dans le bonheur et dans la joie,jour et nuit, s’entraînant dans ces états mentaux positifs etefficaces.
En outre, ô Sāriputta, supposons que ce bhikkhu réfléchisse :“Est-ce que les quatre puissances surnaturelles ont été développéeschez moi ?”, et qu’il sache : “Les quatre puissances surnaturellesn’ont pas été développées en moi”, alors il doit tenter dedévelopper les quatre puissances surnaturelles. Cependant, ôSāriputta, lorsque ce bhikkhu réfléchit ainsi et sait : “Les quatrepuissances surnaturelles ont été développées en moi”, alors il doitdemeurer dans le bonheur et dans la joie, jour et nuit,s’entraînant dans ces états mentaux positifs et efficaces.
En outre, ô Sāriputta, supposons que ce bhikkhu réfléchisse :“Est-ce que les cinq facultés ont été développées chez moi ?”, etqu’il sache : “Les cinq facultés n’ont pas été développées en moi”,alors il doit tenter de développer les cinq facultés. Cependant, ôSāriputta, lorsque ce bhikkhu réfléchit ainsi et sait : “Les cinqfacultés ont été développées en moi”, alors il doit demeurer dansle bonheur et dans la joie, jour et nuit, s’entraînant dans cesétats mentaux positifs et efficaces.
En outre, ô Sāriputta, supposons que ce bhikkhu réfléchisse :“Est-ce que les cinq forces ont été développées en moi ?”, et qu’ilsache : “Les cinq pouvoirs n’ont pas été développés en moi”, alorsil doit tenter de développer les cinq pouvoirs. Cependant, ôSāriputta, lorsque ce bhikkhu réfléchit ainsi et sait : “Les cinqforces ont été développées en moi”, alors il doit demeurer dans lebonheur et dans la joie, jour et nuit, s’entraînant dans ces étatsmentaux positifs et efficaces.
En outre, ô Sāriputta, supposons que ce bhikkhu réfléchisse :“Est-ce que les sept facteurs d’Éveil ont été développés chezmoi ?”, et qu’il sache : “Les sept facteurs d’Éveil n’ont pas étédéveloppés en moi”, alors il doit tenter de développer les septfacteurs d’Éveil. Cependant, ô Sāriputta, lorsque ce bhikkhuréfléchit ainsi et sait : “Les sept facteurs d’Éveil ont étédéveloppés en moi”, alors il doit demeurer dans le bonheur et dansla joie, jour et nuit, s’entraînant dans ces états mentaux positifset efficaces.
En outre, ô Sāriputta, supposons que ce bhikkhu réfléchisse :“Est-ce que la Noble voie octuple a été développée chez moi ?”, etqu’il sache : “La Noble voie octuple n’a pas été développée enmoi”, alors il doit tenter de développer la Noble voie octuple.Cependant, ô Sāriputta, lorsque ce bhikkhu réfléchit ainsi etsait : “La Noble voie octuple a été développée en moi”, alors ildoit demeurer dans le bonheur et dans la joie, jour et nuit,s’entraînant dans ces états mentaux positifs et efficaces.
En outre, ô Sāriputta, supposons que ce bhikkhu réfléchisse :“Est-ce que la quiétude et l’introspection ont été développées enmoi ?”, et qu’il sache : “La quiétude et l’introspection n’ont pasété développées en moi”, alors il doit tenter de développer laquiétude et l’introspection. Cependant, ô Sāriputta, lorsque cebhikkhu réfléchit ainsi et sait : “La quiétude et l’introspection,ont été développées en moi”, alors il doit demeurer dans le bonheuret dans la joie, jour et nuit, s’entraînant dans ces états mentauxpositifs et efficaces.
En outre, ô Sāriputta, supposons que ce bhikkhu réfléchisse :“Est-ce que la sapience et la libération ont été atteintes parmoi ?”, et qu’il sache : “La sapience et la libération n’ont pasété atteintes par moi”, alors il doit tenter d’atteindre lasapience et la libération. Cependant, ô Sāriputta, lorsque cebhikkhu réfléchit ainsi et sait : “La sapience et la libération,ont été atteintes par moi”, alors il doit demeurer dans le bonheuret dans la joie, jour et nuit, s’entraînant dans ces états mentauxpositifs et efficaces.
Dans le passé lointain, ô Sāriputta, s’il y avait des samanas etdes brāhmanes qui avaient voulu maintenir la pureté de lanourriture reçue dans le bol à aumône, tous l’avaient fait enréfléchissant et en réfléchissant de la même façon mentionnée plushaut. Dans le futur lointain, ô Sāriputta, des samanas et desbrāhmanes qui voudront maintenir la pureté de la nourriture reçuedans le bol à aumône, tous le feront en réfléchissant et enréfléchissant de la même façon mentionnée plus haut. De nos jours,ô Sāriputta, des samanas et des brāhmanes qui veulent maintenir lapureté de la nourriture reçue dans le bol à aumône, tous le font enréfléchissant et en réfléchissant de la même façon mentionnée plushaut. Si bien, ô Sāriputta, qu’il faut que vous tous vousentraîniez en vous disant : “En réfléchissant et en réfléchissant,nous maintenons la pureté de la nourriture reçue dans le bol àaumône”. »
Ainsi parla le Bienheureux. L’Āyasmanta Sāriputta, heureux, seréjouit des paroles du Bienheureux.
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